– En pleine guerre menée par les Etats-Unis contre son allié iranien, le Burkina Faso du capitaine Ibrahim Traoré, qui s’érige en héraut de l’anti-impérialisme et affichait sa proximité avec l’ex-président vénézuélien Nicolas Maduro, jusqu’à sa capture par un commando américain à Caracas, dans la nuit du 2 au 3 janvier, s’apprête à recevoir la visite de Nick Checker, le chef du bureau des affaires africaines du département d’Etat américain.
Les équipes du diplomate ont annoncé, le 10 mars, qu’il se rendrait prochainement à Ouagadougou – sans plus de précisions sur la date de son déplacement. « Il entend réaffirmer le respect des Etats-Unis pour la souveraineté du Burkina Faso et discuter des prochaines étapes pour renforcer la coopération et la concertation sur les intérêts communs en matière de sécurité et d’économie », a détaillé son bureau sur X.
Depuis sa nomination, le 6 janvier, Nick Checker, qui a passé une décennie à la CIA, l’agence américaine de renseignement, avant de rejoindre le département d’Etat, travaille activement à un rapprochement avec les juntes souverainistes du Burkina Faso, du Mali et du Niger – qui forment l’Alliance des Etats du Sahel (AES). Avant l’annonce de sa visite à Ouagadougou, il s’était rendu à Bamako, le 2 février. Puis s’était entretenu par téléphone avec le premier ministre nigérien, Ali Mahamane Lamine Zeine.
Après leur prise de pouvoir par une succession de coups d’Etat, entre 2020 et 2023, les putschistes sahéliens ont pourtant pris leurs distances avec les Occidentaux, s’alliant avec la Russie de Vladimir Poutine. Ils nourrissaient des relations tendues avec l’administration de l’ancien président démocrate Joe Biden, qui contestait leur légitimité et réclamait le retour à l’ordre constitutionnel. Une défiance réciproque qui a mené au renvoi, en 2024, des soldats américains stationnés sur les bases permanentes au Niger – dont celle stratégique d’Agadez, dans le centre du pays, d’où décollaient des drones de surveillance ou pouvant mener des frappes à travers une bonne partie du Sahel.
Mais depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, en janvier 2025, les exigences américaines en matière de démocratie et de bonne gouvernance sont secondaires. Intérêts et pragmatisme priment. A Washington, plusieurs responsables se montrent préoccupés par la dégradation sécuritaire dans cette région qu’ils considèrent comme clé sur leur carte du terrorisme mondial, dont le délitement menace plusieurs pays côtiers d’Afrique de l’Ouest.
Les Etats-Unis estiment donc qu’il faut y reprendre pied, quitte à composer avec des juntes autoritaires alliées aux Russes. Le revirement géopolitique n’en serait que plus bénéfique aux yeux de Washington s’il permet de contrer l’influence de Moscou dans cette partie du monde, voire de profiter du potentiel minier dans la zone – or et lithium au Mali, uranium au Niger…
« Corriger les erreurs politiques »
La première étape de ce « come-back » américain a logiquement été Bamako, épicentre de la crise sahélienne depuis près de quinze ans. En juillet 2025, Rudolph Atallah, conseiller de Donald Trump pour la lutte antiterroriste, y a été reçu par le ministre des affaires étrangères malien, Abdoulaye Diop, afin de « renouer » le dialogue entre les deux parties, selon un communiqué malien. Le placement des trois pays de l’AES sur la liste de ceux dont les ressortissants sont interdits d’entrée aux Etats-Unis, en décembre 2025, n’a pas rompu la dynamique naissante.
Le 2 février, Nick Checker s’est à son tour rendu dans la capitale malienne pour rencontrer M. Diop. Le département d’Etat américain avait alors évoqué sa « volonté de donner une nouvelle orientation aux relations bilatérales et de corriger les erreurs politiques commises » par le passé. Dans la foulée de cette visite, le gouvernement américain a annoncé la levée de ses sanctions contre plusieurs officiers maliens accusés d’avoir permis l’implantation des mercenaires russes du Groupe Wagner dans leur pays, fin 2021, à commencer par le ministre de la défense, l’influent et russophile général Sadio Camara. « Le retrait de ces personnes de la liste facilite l’amélioration des relations de travail entre nos gouvernements », a justifié le département d’Etat auprès du Monde.
La junte du général malien Assimi Goïta trouve, elle aussi, ses intérêts à un rapprochement avec Washington. Sous pression croissante du Groupe de soutien de l’islam et des musulmans et pas pleinement satisfaite du travail des militaires russes de l’Africa Corps – le dispositif mis en place par le ministère de la défense russe pour remplacer le Groupe Wagner après la mort de son fondateur, Evgueni Prigojine, en août 2023 –, elle cherche à renforcer son dispositif sécuritaire.
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