Sénégal – « Un de nos gars »

EXCLUSIF SENEPLUS - Éviter l'embarras diplomatique valait-il plus que d'entendre une accusation de harcèlement ? La récente sortie d'un responsable de la FSF fait écho à une réalité que beaucoup préféreraient taire au Sénégal : celle de la culture du viol

SenePlus – De l’honneur nationale et de la sécurité des femmes

Un responsable de la fédération sénégalaise est intervenu à la télévision nationale pour expliquer qu’ils avaient dû faire sortir « un de leurs gars » pour éviter que la police américaine ne le menotte et pour épargner un embarras à notre pays. Ce monsieur a également déclaré que les cultures sénégalaise et américaine étaient différentes, qu’au Sénégal, les hommes pouvaient toucher les femmes, les tapoter, plaisanter et rire dans le cadre de cousinage.

En français facile, ce qu’il a dit, c’est qu’au Sénégal, les hommes ne se soucient pas du consentement : ils peuvent toucher les femmes au nom de la familiarité et autres prétextes. Ce qu’il a affirmé, c’est que la défense de leur « gars » et la préservation de l’honneur de la nation priment sur des accusations de harcèlement sexuel faites par une femme. Nous (lires féministes) l’avons dénoncé encore et encore : le harcèlement sexuel que nous subissons, partout, à tout âge, qu’il s’agisse de petites filles, d’adolescentes ou de femmes. Sur les réseaux sociaux, dans les rues, dans les transports publics, sur les lieux de travail, nous sommes confrontées au mépris, au « gaslighting », aux abus, à l’ostracisme, aux menaces de viol… On nous dit que nous ne sommes pas assez belles pour susciter le désir chez un homme, ou pas assez jeunes, et ainsi de suite.

Alors que cet homme exprime le sentiment général de nombre de ses homologues, alors que les agressions sexuelles constituent une véritable épidémie et que le dernier scandale en date (qui n’a pas suscité autant de réactions qu’il le devrait) concerne la pédophilie et le féminicide d’une fillette de deux ans, cette déclaration extrêmement regrettable n’en reste pas moins très choquante.

Comme nous l’avons dénoncé à maintes reprises, le Sénégal a tellement laissé prospérer la culture du viol et la pédophilie, qu’un prédicateur peut passer à la télévision et encourager les hommes à choisir parmi des petites filles de 4 ans pour en faire leurs futures épouses ; un professeur de philosophie renommé peut faire des blagues graveleuses à caractère sexuel a la télé encore ; un violeur condamné peut devenir analyste et apparaître tous les deux jours dans les médias, et la liste est longue ; celle d’hommes qui n’hésitent pas à nous dire en face qu’ils se moquent du consentement, que les sentiments des hommes sont plus importants que la sécurité des femmes.

Cette culture du viol et l’impunité qui en découle ont permis à un professeur de maths d’embrasser son élève devant toute la classe. Elles ont permis à des hommes adultes de harceler et de toucher les parties intimes de petites filles dans les transports en commun, en plein jour. Cette communication désastreuse et le climat toxique qui l’a favorisée soulignent, une fois de plus, le manque de considération dont font preuve les hommes sénégalais, en tant que groupe, envers les filles et les femmes, malgré leurs cris à tue-tête affirmant qu’ils ne nous feront pas de mal parce qu’ils ont eux-mêmes des filles, des sœurs et des mères.

 

 

Ndeye Debo Seck

 

 

 

Source : SenePlus (Sénégal)

 

 

 

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