Sénégal – Revue de la presse SenePlus du vendredi 10 juillet 2026

Les « 7 Sages » rebattent les cartes du pouvoir. La décision du Conseil constitutionnel déclarant contraire à la Constitution la loi de révision adoptée le 29 juin par l’Assemblée nationale écrase l’actualité dans la presse sénégalaise de ce vendredi

Seneplus – C’est une véritable déferlante. Ce vendredi 10 juillet 2026, presque toute la presse sénégalaise se réveille avec le Conseil constitutionnel en grand titre. Les journaux ont beau choisir des mots différents, ils racontent tous le même événement : la loi n°18/2026 portant révision de la Constitution, adoptée par l’Assemblée nationale le 29 juin dernier, a été déclarée contraire à la Constitution. La haute juridiction, saisie par le président de la République, a ainsi mis un coup d’arrêt à un texte qui avait ouvert un bras de fer entre les institutions. L’information est également confirmée par l’Agence de presse sénégalaise.

Sud Quotidien donne immédiatement la mesure du séisme avec un titre sans détour : « Le Conseil annule la loi de l’Assemblée ». La formule est sèche, presque définitive. Pour le journal, la révision constitutionnelle vient de se fracasser contre le contrôle des « 7 Sages ». Le quotidien place ainsi face à face deux institutions majeures de la République : d’un côté, l’Assemblée nationale qui avait voté le texte ; de l’autre, le Conseil constitutionnel qui en invalide l’aboutissement. La Une traduit toute la gravité de cette confrontation institutionnelle.

Walf Quotidien choisit une lecture plus directement politique. « Les Sages désavouent la majorité », titre le journal. Ici, le verdict ne frappe pas seulement un texte : il atteint la majorité qui l’a porté. Le quotidien souligne aussi le contraste des réactions. Le camp présidentiel, autour de Bassirou Diomaye Faye, crie victoire, tandis que le Premier ministre Ousmane Sonko répond : « Dont acte ! ». En quelques mots, Walf Quotidien résume donc le nouveau rapport de force : une majorité parlementaire stoppée dans son élan, un président conforté par le droit et un Premier ministre qui prend acte de la décision.

Le Quotidien enfonce le clou avec un titre encore plus offensif : « Les Sages recalent Pastef ». Le journal relève la jubilation de la coalition Diomaye et reprend la réaction d’Ousmane Sonko : « Cette décision s’impose à tous ». Mais l’histoire ne s’arrête pas au verdict du Conseil constitutionnel. Le Bureau de l’Assemblée nationale est convoqué, preuve que la majorité entend rapidement examiner les conséquences de la décision et définir la suite à donner à cette nouvelle situation.

À L’Observateur, le regard se déplace vers le président de la République. Le journal présente « Diomaye, la nouvelle soupape de sécurité ». Le titre suggère que le chef de l’État dispose désormais, à travers le contrôle de constitutionnalité, d’un moyen puissant pour contenir ou bloquer certaines initiatives parlementaires. Le quotidien estime que le vote bloqué devient une arme redoutable entre les mains du président face aux initiatives venues de l’Assemblée.

L’Observateur donne également la parole à Me Cheikh Ahmadou Ndiaye, avocat du président de la République, qui revient sur les violations majeures de la procédure de révision constitutionnelle. Sa conclusion, reprise en Une, ne laisse guère de place à l’ambiguïté : « La loi est invalidée, on ne peut plus la promulguer, encore moins la soumettre au référendum. » Le journal annonce en même temps la réaction politique d’Ousmane Sonko et la convocation du Bureau de l’Assemblée nationale ce vendredi à 15 heures.

Le même thème domine Populaire, qui préfère expliquer le fond du dossier : « Les arguments des 7 Sages pour censurer la révision constitutionnelle des députés de Pastef ». Le journal met en avant les motifs qui ont conduit à l’invalidation de la loi. Il insiste notamment sur la contrariété du texte à la Constitution et sur les questions de procédure qui ont entouré son adoption. Populaire rapporte aussi les réactions politiques : la coalition au pouvoir célèbre ce qu’elle considère comme une victoire du droit, tandis qu’Ousmane Sonko convoque les membres du Bureau de l’Assemblée « pour informations ».

Le Témoin résume la nouvelle donne par une formule devenue l’une des plus fortes de la journée : « Les 7 Sages freinent Sonko ». Pour le quotidien, le rejet des amendements du gouvernement a finalement été fatal à la majorité Pastef. Le journal met ainsi l’accent sur les conséquences politiques du verdict pour le Premier ministre et son camp.

Même tonalité à L’As, qui titre : « Les Sages freinent Sonko ». Le journal souligne que le Conseil constitutionnel a invalidé la réforme portée par Pastef pour violation de la procédure. Là encore, la réaction du Premier ministre est mise en exergue : « Cette décision s’impose à tous. Dont acte. » Derrière cette déclaration de respect de la décision, la presse entrevoit déjà la prochaine bataille politique.

Yoor-Yoor propose, lui, une lecture encore plus spectaculaire : « Le Conseil constitutionnel vole au secours du Palais ». Le quotidien estime qu’en censurant la révision constitutionnelle votée par les députés, les Sages ont donné un avantage décisif au président Bassirou Diomaye Faye dans le bras de fer institutionnel. Selon le journal, la décision vient garantir au chef de l’État l’intégrité de ses moyens de contrôle et consacrer le triomphe de l’hyperprésidentialisme face à une Assemblée nationale « mise au pas ».

Enfin, Le Soleil adopte le ton institutionnel qui caractérise le quotidien national : « Le Conseil constitutionnel retoque le texte ». Le journal rappelle que la juridiction, saisie par le président de la République pour violation de la procédure, a déclaré la loi contraire à la Constitution. Le Soleil cite également Ousmane Sonko — « Cette décision s’impose à tous. Dont acte ! » — tandis que la coalition « Diomaye Président » salue la « démarche démocratique » du chef de l’État.

À travers toutes ces Unes, une évidence s’impose : la décision du Conseil constitutionnel ne constitue pas seulement un épisode juridique. Elle reconfigure les rapports entre la Présidence, le gouvernement, l’Assemblée nationale et la majorité Pastef. Le vocabulaire choisi par les journaux est révélateur : les uns voient un désaveu, les autres un coup d’arrêt, certains un secours apporté au Palais, d’autres encore un renforcement des pouvoirs du chef de l’État. Une chose est certaine : la bataille autour de la révision constitutionnelle est loin d’être terminée.

Pendant que le pays commente ce séisme institutionnel, le front social se durcit. La grève générale de 24 heures lancée par les centrales syndicales constitue l’autre grand sujet de la journée.

Walf Quotidien titre : « Dianté brandit le bâton ». Le ministre hausse le ton face aux centrales syndicales et soutient qu’« une centrale syndicale ne peut pas déposer un préavis pour amener les gens en grève ». Il affirme également avoir reçu des « instructions fermes ». Le quotidien décrit ainsi un bras de fer qui s’est considérablement tendu entre le gouvernement et une partie du mouvement syndical.

Le Quotidien dramatise la situation avec cette formule : « Le Sénégal à l’arrêt aujourd’hui ». Pour le journal, la grève générale dépasse le simple conflit sectoriel et menace de paralyser une partie du pays.

Populaire confirme que les centrales syndicales maintiennent leur mot d’ordre après l’échec de leur rencontre avec le ministre du Travail. Le quotidien rapporte que le ministre appelle les syndicats à reporter le mouvement et à poursuivre les négociations. Mais le Front pour la défense du travail réclame de « véritables négociations » avec les centrales syndicales.

Libération va dans le même sens en annonçant que « le Front syndical pour la défense du travail maintient son mot d’ordre ». De son côté, L’As met en avant une fissure dans le mouvement en annonçant qu’« Alassane Ndoye et son syndicat se désolidarisent » de la grève.

Le climat social est donc lourd. Entre les appels au dialogue, les avertissements du gouvernement et la détermination des centrales, la journée de ce vendredi s’annonce comme un test majeur pour les relations entre l’État et les travailleurs.

Autre dossier douloureux largement repris par les journaux : la mort de l’étudiant Abdoulaye Ba. L’Observateur évoque la « colère des agents du COUD contre une enquête à charge ». Selon le journal, les travailleurs concernés dénoncent le sentiment d’être considérés comme des « coupables désignés » et s’interrogent sur la manière dont l’enquête a été conduite.

Populaire rapporte que « l’Intersyndicale du COUD vole au secours des agents inculpés et dénonce leur stigmatisation »Libération, de son côté, annonce que trois agents du COUD ont été placés sous contrôle judiciaire, une information également reprise par L’As. L’affaire continue donc d’alimenter les tensions, entre la nécessité de faire toute la lumière sur la mort de l’étudiant et le sentiment d’injustice exprimé par les représentants des travailleurs.

Mais le récit le plus bouleversant de la journée est sans doute celui livré par Libération sur la mort d’un enfant de deux ans à Kanel. Le journal barre sa Une d’un titre glaçant : « H.L.Y., l’enquête détaille une barbarie sans nom ».

Selon les éléments rapportés par le quotidien, l’enfant, qui dormait avec sa mère dans la cour de la maison à cause de la chaleur, aurait été enlevé pendant que celle-ci s’était rendue dans sa chambre pour récupérer son téléphone. La victime aurait ensuite été retrouvée ligotée et ensanglantée derrière une autre maison.

Libération rapporte que les suspects interpellés par les gendarmes auraient livré un récit particulièrement éprouvant. Le journal évoque des faits susceptibles de relever de l’association de malfaiteurs, du vol collectif et du meurtre sur une mineure de moins de trois ans. Cette affaire, par son extrême gravité, constitue l’un des faits divers les plus tragiques de cette édition.

Sur le terrain économique et social, les chiffres ne sont guère rassurants. Walf Quotidien, s’appuyant sur les statistiques annuelles du travail, annonce que plus de 800 entreprises ont fermé et que 1 653 emplois ont été perdus en 2025. Ces données dressent le tableau d’un tissu économique fragilisé.

Le Soleil, pour sa part, met en avant le rapport annuel des statistiques du travail et annonce 78 231 contrats enregistrés en 2025. Les deux Unes offrent ainsi deux lectures complémentaires du marché du travail : d’un côté, les contrats enregistrés ; de l’autre, les fermetures d’entreprises et les pertes d’emplois.

Toujours dans le domaine économique, Walf Quotidien évoque la « colère noire du secteur productif contre Serigne Guèye Diop » à propos de l’oignon, de la pomme de terre, du sucre et du riz. Le même journal signale que Baidy Agne plaide pour la relance du Programme spécial de désenclavement face aux chantiers bloqués.

Sud Quotidien s’intéresse au financement des projets d’énergie renouvelable et annonce que « le Parlement [est] en quête d’un nouveau pacte pour le développement durable ». Le journal rapporte également la colère des syndicats de la Compagnie sucrière sénégalaise, qui s’insurgent contre la délivrance massive des DIPAS à l’approche des fêtes religieuses.

La santé et l’accès aux médicaments s’invitent aussi dans les colonnes. L’As alerte sur les ruptures récurrentes de médicaments avec ce titre : « Le Sénégal veut en finir avec les pénuries ». Un sujet particulièrement sensible pour les populations, tant les difficultés d’approvisionnement en produits pharmaceutiques peuvent affecter directement la prise en charge des malades.

La justice n’est pas en reste. L’Observateur annonce que le procès d’Aïssatou Sophie Gladima devant la Haute Cour de Justice est fixé au 22 juillet. Le journal évoque notamment les 73,2 millions de francs CFA, le rôle de Dage Alassane Diallo et les principaux points d’un procès annoncé comme particulièrement suivi. Le Témoin confirme également que le procès de l’ancienne ministre s’ouvrira le 22 juillet.

Enfin, l’échec des Lions au Mondial continue de provoquer des remous. L’Observateur rapporte « le coup de gueule d’Édouard Mendy après le fiasco mondial ». Le gardien de l’équipe nationale prévient : « Pas de remise en question de façade ».

L’As affirme qu’Édouard Mendy « sermonne la Fédération », tandis que Populaire reprend cette déclaration sans concession : « Cette élimination est un échec, nous avions les qualités pour aller plus loin. Nous ne l’avons pas fait. » Au-delà de la déception sportive, les mots du gardien semblent ouvrir le débat sur les responsabilités et les changements à apporter autour de la sélection nationale.

Record, pour sa part, se projette vers la suite du Mondial avec son grand titre : « Les Diables rouges au défi de l’infranchissable Roja ». Le journal sportif annonce le quart de finale entre l’Espagne et la Belgique et souligne également que la France a assuré face au Maroc pour décrocher sa qualification en demi-finale.

Ainsi, la presse sénégalaise de ce vendredi 10 juillet 2026 offre l’image d’un pays traversé par plusieurs fronts à la fois. Le front institutionnel, d’abord, avec la décision spectaculaire du Conseil constitutionnel qui remet en cause une loi votée par la majorité. Le front social, ensuite, avec une grève générale maintenue malgré les appels du gouvernement. Le front judiciaire, encore, avec plusieurs affaires sensibles. Le front économique, enfin, marqué par les fermetures d’entreprises, les pertes d’emplois et les inquiétudes du secteur productif.

Mais de toutes ces actualités, une seule écrase véritablement les Unes : le coup d’arrêt porté à la révision constitutionnelle. Ce vendredi, les « 7 Sages » sont partout. Ils « annulent » pour Sud Quotidien, « désavouent » pour Walf Quotidien, « recalent » pour Le Quotidien, « freinent » pour Le Témoin et L’As, « retoquent » pour Le Soleil et « volent au secours du Palais » pour Yoor-Yoor. Rarement une décision de justice aura suscité une telle unanimité dans l’importance accordée par les journaux, tout en provoquant des interprétations aussi différentes.

Une nouvelle séquence politique s’ouvre désormais. Et au vu du ton des journaux de ce matin, elle promet d’être particulièrement mouvementée.

 

 

 

Source : Seneplus (Sénégal)

 

 

 

 

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