RFI – Nous vous emmenons à la découverte de deux sœurs : Marième et Néné Gaye, cofondatrices de la marque Néné Yaya. Une marque de maroquinerie de luxe sénégalaise qui propose des produits alliant artisanat traditionnel et design contemporain. Marième Gaye, co-fondatrice de Néné Yaya, veut changer la perception de la maroquinerie africaine et promouvoir le « Made in Sénégal » sur la scène internationale. Néné Yaya incarne le savoir-faire, la créativité et la fierté du continent africain.
Née à Dakar, Marième Gaye a parcouru le monde. Après des études aux États-Unis, un passage à Toronto où elle a travaillé dans le secteur du e-business, elle décide de revenir au Sénégal, motivée par une envie profonde de valoriser l’artisanat local avec sa sœur aînée, grande passionnée de maroquinerie de luxe depuis toujours. Comme sa grande sœur ne trouvait plus de sacs qui lui plaisaient, elles ont l’idée de fabriquer leurs créations au Sénégal. « Alors elle m’a dit : « Marième, je vais dessiner deux sacs que tu vas faire faire au Sénégal. Quand tu viens en vacances, tu les ramènes. » Ce que j’ai fait. En déballant les sacs à Toronto, on a vu le potentiel instantanément. C’est là, je crois, qu’on s’est dit en même temps : « Je crois qu’il est temps qu’on fasse notre marque de maroquinerie de luxe ». »
Diamond jaune Néné Yaya© Mythe People
Les deux sœurs fondent en 2012 la marque Néne Yaya. Leur processus créatif débute par des dessins, des idées qu’elles partagent lors de réunions avec des artisans sénégalais. Leur atelier, aujourd’hui propriété de la marque, rassemble une soixantaine d’artisans. « Avec les artisans, il faut de la patience. Au début, c’était difficile parce qu’ils avaient l’habitude de travailler juste pour la dépense quotidienne. Ils prenaient ton avance et tu ne livrais pas les sacs. Ils ne faisaient pas ce que tu voulais. Mais moi, ce que je dis à mes artisans, même en ce moment, même les plus renommés de Dakar, quand ils viennent à l’atelier : « Vous avez six mois, prenez le temps, je ne veux pas d’articles vite fait, je veux quelque chose fait avec qualité. Vous prenez le temps de bien faire les choses. » C’est comme cela que je les sélectionne. Je prends mon temps avec eux. Je leur donne six mois parce qu’ils ont tous un savoir-faire. C’est inné chez eux parce qu’ils apprennent dès le bas âge. Ils grandissent tous dans l’atelier de leurs parents, de leur père. Il faut savoir que la famille des artisans sénégalais est une grande famille. Ce sont les Houdé. Dans mon atelier, ils sont une soixantaine et pourtant ils sont tous de la même famille. »
Sacs, chaussures, ceintures, bracelets, bagagerie ou petite maroquinerie, la gamme Néné Yaya incarne la philosophie de la marque : intemporelle, moderne et pratique. Marième Gaye et sa sœur veillent à chaque étape. « C’est ma grande sœur. On travaille bien ensemble comme cela. Elle décide des lignes, mais après, elle me demande ce que l’on doit ajouter ou faire comme rectifications. Elle s’occupe de la direction artistique, mais c’est moi qui dirige les artisans et tout ce qui est choix des matériaux. Il y a beaucoup de couleurs, de matières dans chacune de nos pièces, on utilise au moins trois ou quatre matières. C’est moi qui choisis les matières, donc je dois être à l’atelier au moins trois fois par semaine. Je reste là-bas jusqu’à 20 heures parce qu’il faut que je gère cela. Je suis rarement à la boutique d’ailleurs, parce que je suis plus à l’atelier en train de gérer la sélection. »
Vénus Rose – Néné Yaya© Mythe People
Le choix du cuir est aussi important que la façon de produire localement. « Nous n’utilisons que du cuir. Nous avons aussi une collection en raphia pour l’été. Notre toute première collection, c’était seulement du cuir exotique et c’est excessivement cher. Notre vision était de faire de la maroquinerie de luxe depuis toujours, étant donné que le cuir était trop cher. Maintenant, on fait cela parallèlement sur commande, mais on utilise le cuir de veau, de mouton, sur presque tous nos sacs. Le cuir d’iguane, c’est notre petite signature. Pour le cuir exotique, on prend cela au Sénégal, dans la sous-région, en Afrique du Sud. Le cuir de veau et mouton vient d’Italie et de Turquie parce qu’en ce moment, on n’a pas de tannerie qui peut nous faire ce qu’on veut. On est en train d’y travailler. »
Marième Gaye et sa sœur s’appuient sur les réseaux sociaux mais aussi sur des ambassadeurs de prestige afin d’accroître leur visibilité à l’internationale. « Ce sont surtout les réseaux sociaux, de nos jours, par le biais des influenceurs. Il faut dire que nos deux premières dames – parce que notre président a deux femmes – mettent nos sacs en valeur, quelquefois même pour donner en cadeau. Ce sont nos ambassadrices. Ce sont des personnes comme cela qui amènent la marque au-delà de nos frontières, sans demander quoi que ce soit. Ce ne sont même pas vraiment les femmes sénégalaises qui ont été les premières à aider, c’étaient les Togolaises, les Congolaises et d’autres nationalités africaines. On se concentre sur l’Afrique et après je me dis que le monde va suivre. Il faut qu’on se valorise d’abord et puis les gens vont venir. Par exemple, la première dame ne met pas de marques occidentales, mais une marque sénégalaise. Elle montre qu’elle est fière de mettre cela. C’est ainsi que les autres premières dames découvrent et développent de l’intérêt aussi. Elles commandent. Elles aiment. Je dis : « Africa to the world », c’est nous et puis le reste du monde va venir vers nous. »
Les co-fondatrices de Néné Yaya produisent et valorisent le « made in Sénégal » (« fabriqué au Sénégal », en français), avec passion, détermination et sens du détail. « Les Africains en général ne savaient pas qu’on pouvait faire de la maroquinerie de luxe. Les Africains aiment les bonnes choses bien faites. Ils venaient tout le temps en me disant qu’ils voulaient mettre de la maroquinerie de luxe faite au Sénégal ou en Afrique, mais qu’ils ne trouvaient pas de bons produits. Maintenant que cela se développe de plus en plus, on fait attention aux détails. Les créations sont belles et les gens ont beaucoup de fierté à mettre les produits. Cela veut dire que leurs mentalités sont en train de changer et qu’ils adhèrent à nos produits « made in Sénégal, made in Africa ». »




