Sénégal : la succession des fêtes saigne les économies des familles

Vidéo - Égrener la succession des fêtes, notamment religieuses, revient à réciter un long chapelet de dépenses, de diversité religieuse et confrérique. Selon certaines coutumes locales, il faut s’acquitter du droit de péage sur le chemin de la cohésion sociale. Alors se pose la question de savoir si les fêtes font-elles le bonheur ou la précarité des ménages ?

Le 360.ma – Depuis décembre, de nombreuses familles sénégalaises retiennent leur souffle. À peine les fêtes de fin d’année terminées que le Ramadan se profile, suivi de la Korité, de la Tabaski, d’Achoura, du Grand Magal de Touba et du Maouloud. Une succession de célébrations qui pèse lourdement sur les budgets.

Fanta Sidibé, vendeuse, s’y prépare déjà, non sans inquiétude. Elle déplore une habitude devenue presque structurelle dans la société sénégalaise. «C’est vrai qu’il y a beaucoup de fêtes au Sénégal, et cela colle désormais à notre identité, presque comme une religion. On sort à peine des fêtes de fin d’année que le Ramadan arrive, puis commence un long cycle de célébrations et de grosses dépenses. On devrait vraiment limiter les fêtes», confie-t-elle.

Pour Pape Fall, menuisier-ébéniste, ces nombreuses célébrations trouvent pourtant une explication logique.

Il évoque la diversité religieuse et confrérique du pays, mais aussi l’existence de fêtes fédératrices, partagées bien au-delà des appartenances religieuses. «Chaque confrérie ou religion a sa journée de célébration. Mais il y a aussi des fêtes que nous partageons tous, dans la fraternité, comme Noël, le Nouvel An, le Magal, la Tabaski ou le Maouloud», explique-t-il.

Un point de vue que ne partage pas Matar, jeune ouvrier réparateur. Pour lui, ces célébrations répétées relèvent de l’incohérence dans un pays où la majorité des ménages peine à joindre les deux bouts. «Nous sommes un pays sous-développé. Les gens tirent le diable par la queue, mais veulent tout célébrer. Comment avancer avec un tel comportement? On devrait travailler davantage et limiter les fêtes, surtout dans un pays où beaucoup de choses ne fonctionnent pas», tranche-t-il, dénonçant un goût prononcé pour la ”belle vie” malgré des charges fixes écrasantes.

 

Plus âgé, fort de son expérience, Pape Fall défend toutefois une autre lecture. Pour lui, au-delà des coûts, ces célébrations constituent un pilier essentiel de la cohésion sociale. «Nous sommes un pays de paix. Les fêtes sont nombreuses, c’est vrai, mais elles renforcent le vivre-ensemble. Ce sont des célébrations de paix qui consolident nos liens et préviennent les conflits. Chacun dépense selon ses moyens. C’est difficile, certes, mais c’est aussi le prix de la bonne entente», soutient-il.

Entre traditions profondément ancrées et réalités économiques de plus en plus contraignantes, le Sénégal se retrouve face à une question de fond: faut-il continuer à célébrer coûte que coûte, ou apprendre à fêter autrement, sans mettre en péril l’équilibre des familles?

Source : Le 360.ma

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