Sénégal : Faye construit son propre camp face à Sonko, sur fond de réformes économiques

Agence Ecofin – Le Sénégal doit remettre de l’ordre dans ses finances, trouver de nouvelles ressources et continuer à financer ses investissements. Des choix importants doivent être faits rapidement, au moment même où la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko entre dans une nouvelle phase.

Dans quelles conditions Bassirou Diomaye Faye (photo) pourra-t-il mener son programme économique sans contrôler la majorité parlementaire ? La question prend une nouvelle importance depuis le lancement, le 25 juillet à Dakar, de son propre parti, « Kiiraay, les patriotes républicains ». Deux mois après avoir limogé Ousmane Sonko, le président sénégalais construit désormais son propre camp, tandis que le Pastef de son ancien allié conserve 130 des 165 sièges à l’Assemblée nationale.

Le nom « Kiiraay », qui signifie « protection » ou « bouclier » en wolof, résume l’identité que le chef de l’État entend donner à cette nouvelle formation. Celle-ci doit, selon lui, défendre la République, les institutions ainsi que les valeurs de fraternité, d’éthique et de transparence.

Ce lancement concrétise une annonce faite au début du mois de juillet, lors d’une rencontre avec plus de 300 maires de la coalition présidentielle. Bassirou Diomaye Faye avait alors présenté le futur parti comme un cadre destiné à fédérer les soutiens de l’exécutif et à accompagner les réformes, notamment dans les territoires.

Plusieurs élus locaux, responsables politiques et personnalités de la société civile ont depuis rejoint le camp présidentiel. Des départs ont également été enregistrés au sein du Pastef.

Un président, une majorité, deux centres de pouvoir

Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko avaient accédé ensemble au pouvoir en 2024. Écarté de la course présidentielle, le dirigeant du Pastef avait soutenu la candidature de son allié, avant d’être nommé Premier ministre après la victoire de ce dernier.

Deux ans plus tard, le pouvoir issu de cette alliance s’organise autour de deux centres distincts. Bassirou Diomaye Faye dirige l’exécutif. Ousmane Sonko demeure, lui, à la tête du Pastef et préside l’Assemblée nationale.

Le limogeage d’Ousmane Sonko, le 22 mai, a mis fin à leur alliance au sommet de l’État. En lançant « Kiiraay », Bassirou Diomaye Faye cherche désormais à rassembler autour de lui les élus, responsables et soutiens qui ne se reconnaissent plus dans le Pastef.

Entre ces deux événements, le différend s’est déplacé sur le terrain institutionnel. Une révision constitutionnelle portée par la majorité Pastef prévoyait notamment de renforcer les prérogatives du Parlement et d’interdire au président de la République d’exercer une fonction dirigeante au sein d’un parti politique. Saisi par Bassirou Diomaye Faye, le Conseil constitutionnel a invalidé, le 9 juillet, l’ensemble de la procédure, estimant que les règles prévues par la Constitution n’avaient pas été respectées.

Le Parlement au cœur des arbitrages économiques

La création d’un parti présidentiel ne modifie pas la composition de l’Assemblée nationale. En l’absence de ralliements importants ou de nouvelles élections législatives, Bassirou Diomaye Faye devra continuer à composer avec une majorité contrôlée par le Pastef.

Cette configuration place le Parlement au centre des prochains arbitrages. L’Assemblée vote le budget, examine les lois fiscales, contrôle l’action du gouvernement et intervient dans l’adoption de nombreuses réformes de gouvernance. Elle peut approuver les textes proposés par l’exécutif, les amender ou leur opposer d’autres priorités.

Ces pouvoirs prennent une importance particulière dans la période actuelle. Le gouvernement doit assainir les finances publiques, contenir le déficit, mobiliser davantage de recettes et clarifier sa stratégie de gestion de la dette. Il lui faut, dans le même temps, dégager de nouvelles ressources sans trop peser sur les ménages et les entreprises, réduire les déséquilibres et continuer à financer les infrastructures, les services publics et les programmes de développement.

Une partie de ces choix devra être traduite dans les Lois de finances, dans des mesures fiscales ou dans d’autres réformes soumises au Parlement. La capacité du gouvernement à les faire adopter dépendra donc aussi de l’attitude de la majorité Pastef.

Il serait toutefois prématuré de conclure que la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko compromet déjà ces chantiers. Aucun blocage systématique des textes économiques n’est, à ce stade, établi. Les prochaines discussions parlementaires permettront d’observer si la séparation politique se traduit par des divergences institutionnelles durables ou si les deux camps parviennent à préserver une base de coopération.

 

 

Louis-Nino Kansoun

 

 

Source : Agence Ecofin

 

 

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