
Masqué, couvert de fibres végétales et armé de deux coupe-coupe, le Kankourang surgit dans les rues de Mbour, ville côtière située sur la Petite-Côte au sud de Dakar. Sa présence impressionne et parfois inquiète. Mais derrière cette apparence spectaculaire se trouve un rôle bien plus profond: celui d’un esprit protecteur associé aux rites d’initiation et à la protection des jeunes circoncis.
À Mbour, son histoire remonterait au début du XXe siècle. Selon la tradition rapportée par les anciens, c’est en 1904 que le Kankourang aurait fait son apparition dans cette cité animée, dans un contexte marqué par des maladies et des événements considérés alors comme surnaturels.
«La première apparition du Kankourang à Mbour remonterait à 1904, dans un quartier appelé Mboulem. À cette époque, des maladies considérées comme mystérieuses et surnaturelles frappaient la population. C’est alors qu’un vieux sage, Pa Mamady Koté, aurait fait venir le Kankourang. Il était considéré comme un esprit protecteur chargé d’éloigner les mauvais esprits et de protéger la communauté.»
Depuis, le mois de septembre est devenu un rendez-vous incontournable car pour les habitants, le «septembre mandingue» transforme littéralement le visage de Mbour. Les rues s’animent, les familles accueillent des visiteurs et les manifestations se succèdent.
À Mbour, septembre est tellement associé au Kankourang que les habitants l’attendent comme une véritable fête populaire, au point de mettre les autres divertissements au second plan.
«C’est une très belle ambiance. Ici, à Mbour, nous avons surtout le mois de septembre, qui est le mois du Kankourang. Les habitants ne dorment presque pas: toute la ville est en fête. Les gens viennent de partout pour vivre ces moments. À cette période, même les stars de la musique ou les autres spectacles passent au second plan. À Mbour, septembre, c’est le mois du Kankourang.»
De Dakar et d’ailleurs, les visiteurs affluent pour assister aux festivités et participer à ce rendez-vous devenu, au fil des décennies, une véritable fierté pour les habitants.
«Je viens de Dakar pour suivre les festivités du Kankourang. C’est une tradition qui date de plusieurs décennies et qui est devenue un véritable patrimoine. C’est aussi une fierté pour nous. Les gens viennent de partout et, pendant cette période, les maisons sont remplies de visiteurs.»
Mais derrière les chants, les danses et l’effervescence populaire, les anciens rappellent une règle essentielle: le Kankourang n’est pas un simple spectacle. Dans la tradition mandingue, il est associé à l’initiation, à la protection des jeunes circoncis et au maintien de l’ordre communautaire.
L’UNESCO le décrit notamment comme un garant de l’ordre et de la justice et comme un exorciste des mauvais esprits. «Inscrit en 2008 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, le Kankurang est un rite initiatique pratiqué dans les provinces mandingues du Sénégal et de la Gambie et dans la ville de Mbour. Selon la tradition, le Kankurang serait issu du Komo, une société secrète de chasseurs dont l’organisation et les pratiques ésotériques ont contribué à l’émergence des Mandingues ».
Pour certains habitants, la popularité du Kankourang ne doit donc jamais faire oublier sa dimension sacrée et le respect qui doit entourer ses apparitions.
«Il ne faut surtout pas voir l’ambiance et penser qu’il s’agit simplement d’une distraction. C’est beaucoup plus sérieux que cela. Dans notre tradition, le Kankourang est un esprit protecteur transmis par nos ancêtres. Il joue notamment un rôle dans la protection des jeunes qui entrent dans la case d’initiation. Le Kankourang doit donc être respecté. Certains ont perdu le sens de cette tradition en la considérant comme un simple jeu ou en lui manquant de respect. Pour nous, c’est quelque chose de sérieux.»
Cette dimension initiatique explique aussi le mystère qui entoure encore le Kankourang. Certaines étapes du rituel restent réservées aux initiés et aux détenteurs de la tradition. Car au-delà de la fête, il s’agit aussi d’une transmission, celle des valeurs, des règles de comportement et des savoirs hérités des générations précédentes.
Et c’est justement cette alliance entre tradition, mystère et spectacle qui attire aujourd’hui des visiteurs venus parfois de très loin. Pour certains touristes, la découverte du Kankourang devient même l’un des moments forts d’un séjour au Sénégal.
Pour cette touriste, la découverte du Kankourang a donné une autre dimension à son séjour au Sénégal. «Je suis venue plusieurs fois au Sénégal, mais c’est cette année que j’ai découvert le Kankourang. C’est certainement l’un des moments forts de ma visite. J’ai beaucoup aimé cette découverte et je suis vraiment très contente d’être venue. Je ne regrette absolument pas d’avoir fait le déplacement.»
À Mbour, septembre passe, les tambours finissent par se taire et les rues retrouvent leur rythme habituel. Mais le Kankourang, lui, ne disparaît jamais vraiment. Il reste dans la mémoire des anciens, dans les récits transmis aux plus jeunes et dans l’identité d’une ville qui, chaque année, pendant quelques semaines, fait revivre son histoire.
À Mbour, le Kankourang n’est donc pas seulement un personnage que l’on regarde, mais une tradition que l’on vit, que l’on respecte et que l’on transmet.
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