Pour les esprits tordus, cette réflexion ne tente pas de donner raison à Thélyson Orélien ou de réfuter les analyses des outils technologiques. Il s’agit de méditer au confluent de l’esprit humain et de la logique algorithmique. Bien évidemment, nous soutenons l’auteur jusqu’à preuve du contraire, à savoir connaître comment l’outil est programmé ou l’aveu de Thélyson Orélien. Paul Valéry disait : « L’homme sait en général ce qu’il fait, mais il ne sait jamais ce que fait ce qu’il fait ». Il faut donc avoir conscience des conséquences de ce que nous faisons avec le numérique dans nos différentes sociétés. Pour ne jamais oublier qu’il existe toujours une marge d’erreur, posons-nous simplement cette question : combien de personnes ont été condamnées à mort à la suite d’erreurs judiciaires commises par des êtres humains qui maîtrisaient pourtant, jusqu’à la moelle épinière, les règles du droit ? Aujourd’hui, certains esprits restent voilés par la foule, au point de refuser de croire qu’un outil puisse se tromper. Dans quel monde vivons-nous pour refuser de réfléchir en profondeur à certaines situations ? Certains esprits, dépourvus de discernement, ont préféré croire aveuglément à l’IA plutôt qu’au comité de lecture de la maison d’édition Grasset. Ainsi, cette foule a contribué à pousser les dirigeants du Prix Goncourt à retirer Mr Orélien de la liste. Tant que nous pouvons légitimer notre violence avec la foule, nous pensons être puissants. Parce que, comme disait l’autre : « La foule ne pense pas ». Faut-il vraiment rappeler à certains esprits que des détecteurs d’IA ont déjà accusé des écrivains d’avoir utilisé l’intelligence artificielle pour des œuvres publiées en 2009 ? Une question pourtant simple s’impose. Quelles IA génératives ces auteurs auraient-ils donc utilisées en 2009, alors que les technologies génératives actuelles n’existaient pas encore sous leur forme contemporaine ? Ce simple constat devrait suffire à rappeler une évidence. Un outil capable de produire une accusation avec un pourcentage de confiance n’est pas pour autant capable de produire une vérité. Oui, ce que les non-informaticiens ignorent parfois, c’est qu’un système informatique peut être paramétré pour exécuter certaines tâches selon des règles préalablement définies. Dans le cas d’un outil d’IA, il faut également comprendre qu’un détecteur n’établit pas une preuve certaine de l’origine d’un texte. Il produit une classification statistique, fondée sur des caractéristiques apprises lors de son entraînement. Par conséquent, même un modèle très performant reste susceptible de produire des faux positifs ou des faux négatifs. Son résultat dépend notamment de son architecture, de ses données d’entraînement, de sa calibration et de son seuil de décision. Il nous semble qu’avant de condamner un écrivain sur la seule base du résultat d’un outil algorithmique, il convient de s’interroger sur la fiabilité du modèle, ses conditions d’utilisation, ses marges d’erreur et les éléments indépendants permettant de confirmer son résultat. Le numérique nous donne une puissance considérable. Mais cette puissance exige une responsabilité à la hauteur de ce que nous en faisons. Comprendra qui pourra. @Yoo Alla Faabo !!!
Abdoul GUISSÉ (Informaticien)
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