Un commissaire-poète, ce doit être comme un général pacifiste. On en rencontre. Tel l’amiral Antoine Sanguinetti, l’officier multi- décoré, qui conseillait au philosophe de se méfier du « Vertige de la force ». Sacré front renversé. Mais pas aussi souvent qu’on aurait voulu. Et si, en définitive, l’admirable Djibril Sall avait été davantage un poète-commissaire qu’un commissaire-poète ?
Car, poète, il le sera resté jusqu’au bout alors que commissaire, seulement ce que dure un parcours professionnel. Poète-commissaire, sacré et inédit attelage ! L’univers du clos et celui de l’évasion. Le cadre et l’horizon. Jeune, j’entendais déjà parler du chef policier qui écrivait des poèmes comme d’un original, d’une singularité.
En fait, l’homme était simplement atypique au sein d’une société « typée » sous toutes ses coutures, où chacun reste à sa place. Certes, sous toutes les latitudes, les commissariats ne sont a priori des lieux de poésie. Il faut d’autant plus de personnalité pour créer quand on ferraille au quotidien avec le réel, souvent banal, et encore plus souvent lugubre. Il faut beaucoup d’optimisme pour écrire depuis certains lieux, réels ou symboliques. Et beaucoup de courage à partir d’un certain statut.
« Les paroles du poète sont déjà ses actions ». Raison de plus pour les écouter avec attention et s’en souvenir dans l’absence. Reposez en paix
Tijane BAL pour Kassataya.com



