Sadio Mané mise plus de 20 millions $ sur la transformation de la mangue sénégalaise

Agence Ecofin – Au Sénégal, la mangue est le principal fruit exporté et l’un des plus affectés par les pertes post-récolte. Pendant ce temps, le segment de la transformation reste encore peu développé.

Le 19 septembre dernier, le footballeur sénégalais Sadio Mané a lancé les travaux de construction d’un complexe dédié à la transformation de mangues à Bambali, son village natal situé dans la région de Sédhiou, dans le sud du Sénégal.

Dénommé « SM10 Agro », ce projet agro-industriel nécessitera un investissement global de 11,7 milliards FCFA (20,4 millions $).

Il comprend, entre autres, la mise sur pied d’une unité d’une capacité annuelle de transformation de 8 500 tonnes de mangues en pulpe, fruits séchés et beurre de mangue, ainsi qu’une plantation de 500 hectares de la variété Kent.

« Je ne veux pas que l’on se souvienne de moi uniquement pour les buts que j’ai marqués. Avant les stades, les lumières, les victoires, il y avait bien sûr Bambali. C’est ici que mes rêves ont commencé… Nous voulons contribuer à créer de l’emploi et à développer l’agriculture », a déclaré M. Mané.

Un coup de pouce attendu dans une région stratégique

Le projet revêt une portée particulière en Casamance. Cette zone constitue le premier bassin de production de mangues du Sénégal, mais les capacités locales de transformation y demeurent limitées et inégalement réparties.

L’implantation de l’unité dans la région de Sédhiou pourrait ainsi contribuer à mieux valoriser sur place les volumes de mangues qui ne trouvent pas de débouchés à l’exportation vers l’Union européenne (UE), principalement aux Pays-Bas, en France et en Espagne, en raison des exigences phytosanitaires.

Elle pourrait également réduire les pertes post-récolte et créer davantage de valeur ajoutée au plus près des producteurs.

Selon une étude publiée en mai 2023 par le think tank Initiative prospective agricole et rurale (IPAR), les unités de transformation de mangues existantes en Casamance sont principalement concentrées dans la région de Ziguinchor. Les régions de Sédhiou et de Kolda, pourtant orientées vers la production de variétés locales, restent peu équipées.

« Les rares unités de transformation qui existent dans ces zones sont confrontées surtout aux difficultés d’accès aux fournitures de services d’emballage et d’étiquetage qui sont absentes de la Casamance. Cette situation crée ainsi une dépendance vis-à-vis de Dakar qui les en fournit, sans oublier les surcoûts de production qui impactent négativement la compétitivité des produits transformés », souligne le rapport.

Plus largement, à l’échelle nationale, les estimations officielles indiquent que 30 % à 45 % des fruits récoltés sont perdus chaque année, en raison notamment de pratiques culturales insuffisantes, du manque d’entretien des vergers, de problèmes de récolte et de transport, ainsi que de débouchés de transformation encore limités. Un casse-tête pour une filière qui constitue l’un des piliers de l’horticulture nationale, aux côtés notamment de la pastèque, et représente près de 20 000 emplois.

Une filière qui reprend des couleurs à l’export

Cette initiative intervient dans un contexte plus favorable pour la filière sénégalaise de la mangue, qui semble amorcer un rebond après plusieurs campagnes difficiles.

Fragilisés par les infestations de mouches des fruits, organismes nuisibles particulièrement surveillés par l’UE à l’entrée du marché commun, les producteurs et exportateurs ont subi ces dernières années des rejets de cargaisons, des restrictions d’accès au marché européen et une baisse sensible des volumes expédiés. La filière, qui avait atteint environ 27 000 tonnes d’exportations en 2021, a notamment été pénalisée par la recrudescence des problèmes phytosanitaires et par le raccourcissement de la fenêtre commerciale vers l’Europe.

La campagne 2026 marque toutefois une amélioration. Les exportations sénégalaises de mangues vers l’Europe auraient dépassé 19 000 tonnes, contre environ 14 000 tonnes lors de la saison précédente. Cette progression s’explique par un meilleur encadrement phytosanitaire des vergers, notamment le renforcement de la lutte contre la mouche des fruits.

Espoir Olodo

Source : Agence Ecofin

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