Sur les réseaux sociaux, dans le sport ou encore dans l’entrepreneuriat, certains descendants d’immigrés algériens affichent un lien croissant avec le pays de leurs grands-parents. Pour certains, ce rapprochement va jusqu’à envisager une installation en Algérie. Entre héritage familial, recherche d’opportunités et sentiment de stigmatisation en France, plusieurs facteurs peuvent éclairer ces parcours.

Ces dernières années, des témoignages de membres de la diaspora, notamment algérienne, mettent en lumière cette volonté de renouer avec le pays d’origine de leurs parents ou de leurs grands-parents. Sur les réseaux sociaux, certains racontent leur installation en Algérie, les raisons de leur départ de France et, parfois, les difficultés qu’ils rencontrent sur place.

Il reste toutefois difficile de mesurer l’ampleur de ce phénomène à partir de ces seuls témoignages. Mais la tendance observée invite à s’interroger sur la place qu’occupe aujourd’hui l’Algérie dans les projets de certains descendants d’immigrés.

“Mythe du retour”

Pour comprendre cette relation, il faut remonter à l’histoire des générations précédentes, dont une partie était partie en France avec l’idée d’y travailler temporairement avant de retourner au pays.

Qu’ils soient algériens, marocains ou encore sénégalais, de nombreux travailleurs sont partis en France après la Seconde Guerre mondiale, attirés par les besoins en main-d’œuvre d’un pays en pleine reconstruction. Employés dans des secteurs difficiles, notamment les mines, beaucoup envisageaient de repartir un jour dans leur pays d’origine. Pour nombre d’entre eux, ce retour n’a finalement pas eu lieu.

Ce phénomène sociologique est souvent désigné sous le nom de “mythe du retour”. Dans un article anglophone de la journaliste franco-tunisienne Maya Elboudrari, repris par la revue Ballast sous le titre “Les chibanis et le mythe du retour au pays”, un Marocain de 83 ans témoigne de cette évolution : “Personne n’est venu pour rester. Et puis c’est ce qui s’est passé. Nous avons eu des enfants, et voilà. Maintenant, j’ai vécu plus souvent ici que là-bas.”

“Je n’ai plus d’amis au Maroc. Je ne connais même plus ma famille.”

Le même article revient sur les travaux de la sociologue et anthropologue Nacira Guénif. L’idée du retour ne relevait pas nécessairement d’un simple espoir pour les travailleurs immigrés : elle constituait également un horizon qui accompagnait leur départ et s’inscrivait dans les conditions de leur venue en France. “Pour la France, il s’agissait d’un objectif tangible, l’une des conditions pour importer cette main-d’œuvre flexible. […] Pour les migrants, il s’agissait d’une aspiration qui les poussait à quitter leur pays d’origine”, explique Nacira Guénif.

Au fil des années, ces travailleurs africains ont fondé des familles en France. Leurs enfants y sont nés, y ont été scolarisés et y ont construit leurs propres vies. Pour une partie de ces générations, la culture du pays d’origine s’est transmise au sein du foyer familial, tandis que la France constituait leur principal environnement social et culturel. À leur tour, ces enfants se sont mariés, ont eu des enfants et ont construit leur avenir en France. Le retour envisagé par leurs parents ou leurs grands-parents n’a donc pas nécessairement constitué leur propre projet de vie.

Aujourd’hui, certains de leurs descendants cherchent néanmoins à renouer avec le pays de leurs ancêtres. Les raisons de ce rapprochement sont diverses : attachement familial, recherche identitaire, opportunités professionnelles ou encore rapport au climat politique et social français.

Climat de racisme

Le contexte politique français constitue une piste pour comprendre le rapport qu’entretiennent certains descendants d’immigrés avec leur pays d’origine. La progression électorale de l’extrême droite et les débats sur l’immigration, l’islam et l’identité nationale participent à un climat dans lequel des personnes issues de l’immigration disent se sentir stigmatisées.

Les expressions visant à distinguer les Français selon leurs origines alimentent également ces débats. En octobre 2023, Nadine Morano avait notamment tenu des propos concernant Karim Benzema, célèbre footballeur français d’origine algérienne, sur le plateau de CNews, dans le contexte de la prise de position publique du joueur au sujet de Gaza. Celle-ci l’avait qualifié de “Français de papier”.

Ce contexte peut contribuer à nourrir, chez certains, une réflexion sur leur place dans la société française et sur leur rapport au pays de leurs origines. Il ne suffit toutefois pas, à lui seul, à expliquer les choix de celles et ceux qui se rapprochent de l’Algérie.

Les motivations peuvent également être familiales, culturelles, sportives ou économiques. Le sport offre justement plusieurs exemples de personnalités ayant choisi de représenter l’Algérie, alors même qu’elles ont grandi, en partie ou en totalité, dans un autre environnement national.

“Les gens de l’extérieur peuvent penser qu’on a vécu en France toute notre vie, ma famille surtout, moi j’ai vécu en Espagne, mais l’attachement qu’on a envers l’Algérie, il ne peut pas se décrire”, a déclaré Luca Zidane en mars dernier. Le fils du sélectionneur de l’équipe de France Zinédine Zidane Luca joue désormais pour l’équipe nationale algérienne, déclarant son amour au pays de ses grands-parents.

Kaylia Nemour, gymnaste née en France de père algérien et de mère française, représente elle aussi l’Algérie dans les compétitions internationales, lui faisant honneur avec deux médailles d’or aux Championnats du monde de gymnastique artistique 2026, à Rotterdam. Son parcours témoigne de la place que peut occuper l’identité familiale dans le choix d’une sélection sportive.