
Un nouveau modèle de la migration sud-nord.
Le 20 janvier 2026, je me suis rendu à la bibliothèque l’harmattan pour acheter Rêves Brisés, Vies Retrouvées, édité chez L’Harmattan dans Paris, soit 5 jours après sa sortie. L’auteur ce bel ouvrage, Makha Koréra déploie une fiction stratégique où l’exil devient levier. Il refuse les clichés et propose une autre voie : celle d’une migration qui sait enseigner, soigner, éduquer et bâtir.
Briser le carcan du « boulotmétrododo »
Le roman s’ouvre sur une tension : des rêves qui se brisent, mais des vies qui se recomposent. L’exil n’est pas présenté comme une fuite, mais comme une insurrection douce contre l’inertie. Les jeunes wagolais ne partent pas pour se dissoudre dans le quotidien monotone des sociétés d’accueil. Ils refusent de se réduire au « boulotmétrododo ». Leur présence est une force de proposition : co-opérer, contribuer, co-développer, valoriser, co-construire, Wagadustan et Uberlande : miroirs du réel
Le Wagadustan est une métaphore de tout pays africain qui refuse de se développer, prisonnier de la mauvaise gouvernance, du clientélisme et de la corruption. Un pays qui expulse ses enfants vers l’aventure migratoire en passant par les cimetières liquides des mers et des océans sans pitié.
L’Uberlande, elle, incarne l’Occident. Mais Koréra refuse les caricatures : Uberlande n’est pas un eldorado, c’est un espace de recomposition. Le migrant n’y est pas un fardeau, mais un acteur de dignité partagée. On ne doit pas y aller pour être régularisé uniquement mais aussi pour s’intégrer pleinement.
Une écriture enracinée et pluridisciplinaire
Makha Koréra, homme de cultures et de savoirs, convoque littérature, sociologie, anthropologie et poésie fluide pour bâtir une fiction stratégique. Son attachement à l’identité soninké se lit dans les concepts de Wagadu, Kumbi, Tunka, Faabanka, Kafo: autant de racines culturelles qui nourrissent une vision universelle.
Du cri à l’action douce
Le roman progresse vers un climax : la rencontre avec Maria, mémoire vivante, qui accueille les jeunes wagolais comme des vecteurs de changement. De cette rencontre naît Mutamec : Mutation, Mémoire Collective. En lisant, ce livre, je réalise que Maria oriente, approuve et conseille mais ce sont les jeunes du Wagadustan qui proposent et agissent.
Je vous exhorte à lire ce roman pour vous rendre compte d’une infrastructure du commun, un pont entre Wagadustan et Uberlande qui surgit entre le sud et le nord, d’où le sous-titre du livre «Un nouveau modèle de la migration sud-nord ».
Ce pont n’est pas seulement symbolique. Il est fait de savoirs partagés, de solidarités inventées, de structures bâties et des transferts de compétence. Les migrants collaborent avec leurs hôtes, mais aussi avec ceux restés au pays : ONG, fondations, radios communautaires. Ensemble, ils imposent une nouvelle réalité face aux dirigeants en place. Non par cris, mais par évidence.
Une invitation à la diaspora
Ce roman est dédié « à celles et ceux qui marchent, traversent, espèrent ». Il est une arme poétique qui sabote les récits figés et invente une nouvelle grammaire de l’espoir. À la diaspora, il lance un appel : ne pas se contenter d’intégrer, mais transformer. Refuser le carcan du quotidien, et bâtir des ponts entre ici et làbas. Faire de chaque rêve brisé une vie retrouvée.
Pour conclure, je vous partage cette citation qui m’inspire et fait inspirer, tirée de l’introduction du livre : « Il faut parfois laisser mourir certains rêves pour vivre certaines vies. Et parfois, il faut retrouver une vie pour raviver un rêve qu’on croyait éteint. »

Kaou Cissé
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