Relations internationales : le crépuscule du multilatéralisme face à l’unilatéralisme trumpien

Le monde s’est réveillé en ce 03 janvier 2026 sous le choc d’un événement aux allures de rupture historique. Dans la nuit du 2 janvier, à Caracas, une opération des forces spéciales américaines a conduit à la capture du président vénézuélien. Un acte rare, pour ne pas dire inédit, qui ouvre la voie à une remise en cause profonde et dangereuse des règles qui régissent les relations internationales contemporaines.

Au-delà du Venezuela, c’est l’idée même de souveraineté nationale qui se trouve, une fois encore, piétinée. Lorsqu’une puissance s’arroge le droit d’intervenir unilatéralement sur le territoire d’un État, d’y arrêter un chef d’État en exercice et d’imposer sa volonté par la force, elle envoie un message sans ambiguïté : le droit international est devenu optionnel, et le multilatéralisme une façade vidée de son sens. Les mécanismes censés réguler les conflits, à commencer par l’ONU, apparaissent de plus en plus dépouillés de toute substance.

En réalité, cette dériven’est pas nouvelle. De l’Amérique latine au Moyen-Orient en passant par l’Afrique, les États-Unis et leurs alliés occidentaux ont bâti une longue tradition d’ingérences, presque toujours justifiées au nom de la démocratie, de la sécurité ou des droits humains. Aujourd’hui encore, Washington tente de légitimer cette intervention en la présentant comme une opération de lutte contre le trafic de drogue et le narcoterrorisme. Mais cette justification peine à masquer des intérêts bien plus prosaïques : derrière la rhétorique sécuritaire, l’odeur de l’or noir est plus perceptible que celle de la poudre blanche.

Cette dissonance entre les discours de principe et des pratiques politiques nauséabondes ne résiste plus au regard des peuples du Sud global, désormais conscients que derrière les sermons moralisateurs se cachent des logiques de prédation, de domination et de contrôle des ressources, au mépris du droit international et de la souveraineté des nations.

Le Venezuela aujourd’hui, hier l’Irak, la Libye, l’Afghanistan… et demain ? N’importe quel État du Sud disposant de ressources stratégiques d’intérêt majeur pour l’Occident, ou refusant de se soumettre au diktat des puissances occidentales voraces, peut désormais se savoir menacé.

Car, en vérité, cet acte illégal s’inscrit dans une longue histoire de domination, d’ingérence et de violence politique exercée par un monde occidental qui, malgré son goût prononcé pour les leçons de morale, demeure la seule civilisation moderne qui, chaque fois qu’elle rencontre une autre, cherche à la dominer, à la neutraliser, voire à l’anéantir. Des razzias économiques aux rapts négriers, en passant par l’aliénation culturelle, l’Occident s’inscrit dans une continuité historique de domination, de prédation et de négation de l’Autre.

Les États-Unis et la France, comme le soulignait le sociologue Pierre Bourdieu, sont les deux seuls pays au monde à porter un impérialisme de l’universel, imposant, quoi qu’il en coûte, leur vision du monde au reste de l’humanité.

Nous assistons ainsi à un retour assumé à la loi du plus fort, à une forme de barbarie moderne où la puissance militaire et politique supplante le dialogue, la négociation et les mécanismes collectifs de règlements des différends.

Dès lors, quand les grandes démocraties elles-mêmes violent les règles qu’elles prétendent défendre, quel crédit reste-t-il à l’ordre international ?

Quel signal est envoyé aujourd’hui à la Russie face à l’Ukraine, à la Chine face à Taïwan ? Et demain, si l’allié américain s’attaquait au Groenland, que dirait une Europe dont le silence, face au rapt du président vénézuélien, est déjà assourdissant et lourd de complicité ?

Cette dérive marque le crépuscule du multilatéralisme, progressivement remplacé par un unilatéralisme brutal où le droit international n’est plus une règle commune, mais un instrument à géométrie variable. Lorsque les grandes puissances violent ouvertement les principes qu’elles imposent aux autres, elles sapent les fondements mêmes de la coexistence pacifique entre les nations.

Il devient alors urgent de poser les bases d’un monde nouveau, dans lequel le Sud global propose une autre lecture et une autre pratique des relations internationales face au monde occidental.

Le silence ou la complaisance — comme celle de la France de Macron — face à ces dérives équivaut à une forme de complicité. Défendre la souveraineté des États et le respect du droit international n’est pas un luxe idéologique : c’est une condition minimale pour éviter que le monde ne sombre dans l’arbitraire permanent.

Car un monde gouverné par la force et l’arbitraire n’est pas un monde sûr. C’est un monde qui prépare, lentement mais sûrement, sa propre barbarie.

Il faut savoir que quand les démocraties se comportent comme des empires, elles cessent d’être un modèle et deviennent un danger. Pour le monde, et pour elles-mêmes.

 

 

Diallo Saidou Dit Thierno

 

 

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