Quelle affaire ! / Par Tijane Bal

Tout compte fait, M. Gadio aurait dû s’abstenir au vu du caractère inflammable du sujet. Le souriant diplomate sénégalais (il a continué à appeler l’ambassadeur mauritanien mon frère malgré le tumulte) avait-il imaginé une telle réaction? Peut-être s’est-il cru prudent en convoquant un imaginaire collectif situant un Maroc imaginaire aux confins du Sénégal. Mon Larousse me dit en effet que l’ imaginaire n’existe que dans l’esprit et pas dans la réalité.

Peut-être que, de son côté, le diplomate mauritanien aurait pu réagir avec plus de diplomatie, ironiser par exemple sur le couple imaginaire-fantasme. Fantasme dont mon dico me dit que c’est une représentation imaginaire traduisant des désirs inconscients. À supposer qu’il s’agisse du désir de M. Gadio. Rien n’est moins sûr. Le Mauritanien aurait même pu évoquer les « li-mythes » du Maroc, moqués dans un livre (le Front polisario, l’âme d’un peuple) par une grande figure politique de son pays qui se rapprocha un moment du Polisario.

Convenons par ailleurs que la situation était quand même ironique. Soucieux, à juste titre, de la souveraineté de son pays, le diplomate mauritanien n’en a pas moins assisté à une manifestation de promotion du livre à thèse de « son ami », l’ambassadeur du Maroc au Sénégal proclamant la « marocanité » du Sahara. Territoire contesté, un temps revendiqué d’ailleurs par la Mauritanie avant d’être rétrocédé au Maroc à la faveur de mutations politiques en Mauritanie. De la relativité des choses.

Retour à l’imaginaire, un autre. Quoique ! Sauf erreur, le métaversien de base se souvient avoir lu il y a bien longtemps dans Le défi, sous la plume du roi Hassan II, que ce dernier avait hérité de ses ancêtres un territoire s’étendant jusqu’à N’Dar en territoire sénégalais (Ndar est le nom sénégalais de Saint-Louis choisi par le roi). Ville où, selon l’ambassadeur mauritanien, les Mauritaniens auraient combattu les colons dans les années 1800.

Alors, relativisons. Le temps a fait son oeuvre. Espérons-le du moins. Il n’existe plus guère, Dieu merci, de ministère marocain des affaires mauritaniennes depuis 1969. Donnons acte à M. Gadio que son propos, comme il a tenu à le préciser, n’a pas pour but de remuer l’histoire! En toute hypothèse, cela ne sera pas en son pouvoir. Et ceux qui pourraient détenir ce pouvoir ne lui demanderont pas, le cas échéant, son avis pour l’exercer. Zen !

 

 

Tijane BAL pour Kassataya.com

 

 

 

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