
So Foot – Paris et Barcelone se retrouvent pour la 14e fois en 14 ans en Ligue des champions. Si les Parisiens ont pris le contrôle du continent ces deux dernières années, la vie récente de la Ligue des champions pousse pour raconter la rivalité existante des deux clubs. Une histoire de jeu collectif, de sous et d’influence sur le reste du football européen.
Dans le monde d’avant celui de la Gen Z, Barcelone était un synonyme de traumatisme pour le PSG. Avant le Covid, le Barça était un truc grand, très grand, coincé entre la Sagrada Familia et l’hôtel Arts. Paris y perdait sa respiration en quarts de finale, comme le Lyon des années 2000. Pour se mesurer à ce grand d’Europe, le PSG s’est mis à l’imiter, à aller le chercher à Montjuïc, la colline des sommets olympiques, et au porte-monnaie, où il n’a pas de hauteur. Les deux se retrouvent ce mardi soir (coup d’envoi à 21 heures). S’affronter aussi régulièrement permet de jauger leur écart et de rappeler qu’ils sont plus proches entre eux que de Clermont-Ferrand ou d’Eibar. Paris et Barcelone se redécouvrent pour la quatorzième fois en quatorze ans, signe que le football européen donne beaucoup en qualité mais peu en rareté, mais chiffre suffisant pour entretenir une rivalité. Qui raconte déjà la hauteur prise par ce PSG.
Hégémonie culturelle
Depuis l’aller-retour de mars 1995, le bilan est parfaitement équilibré. La confrontation la plus récente, en octobre 2025, avait donné à voir deux équipes en rodage, convaincues, comme les grands d’Europe, que l’automne sert à répéter plutôt qu’à se faire molester. Elle rappelle surtout que le PSG entretient avec le Barça une rivalité supérieure à son adversité avec les clubs anglais, soit concassée (Aston Villa), soit trop récente (Arsenal), trop occupée avec ses rivalités domestiques (Liverpool), ou trop proche, tout simplement (Manchester City). Le Bayern Munich, affronté plus de fois que le Barça, n’entretient pas cette histoire.

Paris, qui voit son statut de nouveau riche s’effacer à mesure que se remplit son palmarès, s’est inspiré des Blaugrana. Comme Manchester City, Paris a construit sa domination en lui empruntant (des idées) et en achetant (des joueurs). Des stars, d’abord, de Thiago Motta à Ferran Torres, en passant par Lucas Digne et Ousmane Dembélé, pas tous directement allés de l’un vers l’autre. Le PSG a versé au moins 340 millions d’euros aux Catalans. Du dernier, Luis Enrique a été élogieux après Strasbourg, ce samedi. « Il a été dans la meilleure école de football, à Barcelone, a-t-il glissé, rapporté par L’Équipe. Il sait déjà tout. Un joueur qui vient de Barcelone s’adapte à ce que j’aime dans le foot. […] La compréhension du jeu, c’est fondamental pour nous. »
Arnau Tenas, Dro Fernández et Rafinha sont dans cette liste, signe que les architectes sont aussi importants que les maçons. Les bruits de couloir autour de Marco Verratti, Marquinhos et d’autres, souvent alimentés par la presse barcelonaise, prouvent qu’ils vivent désormais dans le même palais. Joan Laporta, président du Barça, l’a compris, dans une belle interview dans L’Équipe. « La dynamique footballistique de ses équipes possède quelque chose du style originel du Barça. Le succès du PSG est arrivé avec Luis Enrique et il a gagné parce qu’il lui a donné sa personnalité. Et quand il a décidé de faire bouger les choses, tac (il tape sur son bureau) ! »
On se ressemble beaucoup.
Dans le récit de cette rivalité, Luis Enrique évolue en seigneur, tant il a été un des artisans de la Remontada, œuvre d’art aujourd’hui, et du grand PSG. Il représente le style de jeu des deux clubs, gardé par l’un et adopté par l’autre, non sans aménités tactiques : « J’adore voir tous ces matchs contre le Barça et la manière dont cette équipe joue, a commenté l’Asturien en conférence de presse de veille de match. On doit affronter le Barça tous les ans. Au début, ça me faisait bizarre. Je m’y suis habitué. C’est l’équipe qui ressemble le plus au PSG. » Il est trop tôt pour savoir si son PSG laissera un héritage comparable au Barça de Pep Guardiola, mais il y a fort à parier qu’il marche dans ses empreintes.
Traces et écarts
Comme son homologue Hansi Flick, Luis Enrique cherche à faire évoluer le football vers encore plus d’intensité, de pressing, d’ailiers qui vont à 1 000 à l’heure et dans un management baskettisé de son équipe. « On verra ce qu’il faut faire pour casser le pressing, on a très bien réussi à faire ça à City, a d’ailleurs projeté Vitinha ce lundi. Ce sera très intéressant de voir qui va réussir à dominer le milieu. Les deux équipes vont vouloir mettre la pression sans ballon. »

Le règne du milieu.
Pour Joan Laporta, le curseur des antagonismes ne va pas plus loin que dans le jeu, en attendant que Lamine Yamal ou Ousmane Dembélé le poussent dans les gestes ou dans les mots. Alors que son prédécesseur Josep Bartomeu évoquait auprès du Figaro cet « argent qui ne provient pas du football », Laporta est plus posé. La rivalité ? « Elle est très bonne. Avec Nasser, je crois que je peux dire que notre relation est une relation d’amitié, glisse-t-il dans L’Équipe. Il y a beaucoup de respect. Il gère de manière sensationnelle l’ECA (l’Association européenne des clubs). Le PSG aussi. Et je le félicite. Aujourd’hui, le PSG est champion d’Europe. Et le match qui arrive entre nos deux équipes nous donnera la confirmation que nous sommes des clubs de référence dans le monde et, en ce qui nous concerne, ce match nous donnera des indications sur notre authentique niveau. » Signe que la guerre fraîche post-Remontada, qui avait atteint son acmé avec le transfert de Neymar, est révolue. Être dans la même cour, c’est bien ce qui compte.
Loriane Pereira
Source : So Foot (France)
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