Pourquoi la Chine est en train de tourner le dos à l’anglais

Sur les réseaux sociaux, un appel à rendre l'apprentissage de l'anglais facultatif suscite un vif émoi au sein de l'Empire du Milieu. Alors que l'intelligence artificielle permet de traduire des conversations en temps réel, la place de la langue la plus parlée au monde dans le système éducatif chinois est remise en question.

Slate – En Chine, la polémique autour de l’apprentissage de l’anglais est relancée. Tout a commencé au début du mois, avec une publication sur les réseaux sociaux d’un professeur de mathématiques devenue virale. Ce dernier lançait un appel à rendre l’enseignement de la langue de Shakespeare facultatif dans toutes les écoles du pays. Il s’en est pris à l’«adoration aveugle des importations étrangères» des Chinois.

Alors que les traducteurs dopés à l’intelligence artificielle (IA) ne cessent de progresser, la publication de cet enseignant, nommé Tang Jiafeng, a fait grand bruit. En ligne, le débat s’est enflammé autour d’une question a priori simple: les écoles devraient-elles réduire le temps consacré aux cours d’anglais obligatoires?

Depuis la fin des années 1970, l’anglais fait partie des trois matières fondamentales (avec les mathématiques et le chinois) du système éducatif de l’Empire du Milieu. La langue de Shakespeare est décisive pour l’obtention du gaokao, le concours national d’entrée à l’université, rapporte le New York Times.

Mais certains pointent les limites du programme : les cours mettent l’accent sur la grammaire et les évaluations. Résultat: de nombreux élèves terminent leur scolarité sans réellement maîtriser l’anglais. Déjà surchargés de travail, ceux-ci feraient mieux de consacrer leur temps à d’autres matières, argumentent les détracteurs.

Une forme de nationalisme?

Pour Hu Xijin, ancien rédacteur en chef du quotidien Global Times, le journal du Parti communiste, la question serait politisée par des personnes qui veulent mettre en avant leur chauvinisme. «Le public ne doit pas se laisser berner par eux, et j’espère que le ministère de l’Éducation ne tiendra pas compte de leurs propos», souligne-t-il.

Alors que les jeunes sont touchés de plein fouet par le chômage et que l’IA bouleverse de nombreux secteurs, les spécialistes s’interrogent sur les compétences dont les étudiants auront besoin pour leur avenir professionnel. «À l’heure où les jeunes se sentent particulièrement précaires sur le plan économique, la capacité à communiquer en anglais avec un public international sera-t-elle une compétence recherchée? Ou deviendra-t-elle superflue?», questionne Gina Tam, professeure d’histoire à l’université Trinity, au Texas.

Objectifs scolaires revus à la baisse

Certains acteurs du système éducatif n’ont pas attendu le feu vert de Pékin pour agir. Discrètement, plusieurs écoles ont commencé à revoir à la baisse leurs objectifs d’apprentissage. En 2021, Shanghai a interdit les examens finaux d’anglais pour les élèves de primaire, avec l’ambition de réduire la pression subie par les enfants. En juillet de cette année, une université de Shenzhen a annoncé la suppression progressive des cours d’anglais, estimant que l’IA permet désormais de traduire des conversations en temps réel.

Les premiers effets de ce désamour pour la langue de Shakespeare se font déjà sentir: selon le classement 2025 d’English First, mastodonte de l’apprentissage linguistique, la Chine pointe à la 86ᵉ place sur 123 pays pour la maîtrise de l’anglais. En 2020, elle occupait la 38ᵉ place, soit une chute de quarante-huit rangs en cinq ans.

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Laura Perren

 

 

 

Source : Slate (France) – Le 17 septembre 2026

 

 

 

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