PISA 2025 : le décrochage inédit des résultats des élèves en France, comme dans l’ensemble de l’OCDE

Les scores en compréhension de l’écrit et en mathématiques des élèves de 15 ans n’ont jamais été aussi bas en France depuis 2000, comme dans les pays comparables. Parmi les raisons invoquées pour expliquer ce phénomène mondial, le rapport aux apprentissages, la place du numérique, les effets durables de la crise du Covid-19 et le désinvestissement des parents. En France, les fortes inégalités sociales et de genre persistent.

Le Monde  – L’édition 2022 du Programme international pour le suivi des acquis des élèves de 15 ans, dit PISA, avait sonné comme un signal d’alarme sur le décrochage des résultats des élèves en France et dans le monde. Les nouvelles conclusions de cette enquête phare de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), publiée mardi 8 septembre, ne font que le renforcer. Les moyennes de la France et de l’OCDE atteignent leur niveau le plus bas jamais enregistré en vingt ans en culture scientifique, culture mathématique et compréhension de l’écrit.

« On avait déjà observé une chute entre 2018 et 2022 que nous avions expliquée en partie par les effets de la crise sanitaire, contextualise Eric Charbonnier, analyste à la direction de l’éducation de l’OCDE. Cette nouvelle baisse doit nous interroger sur ce qu’il se passe, et pas seulement en France. »

L’étude a été menée en 2025 auprès de 760 000 adolescents dans 91 pays. Un échantillon de 6 501 élèves français a participé à cette enquête qui teste les élèves de 15 ans, quelle que soit la classe dans laquelle ils se trouvent, non pas sur leur maîtrise du programme scolaire, mais sur leur capacité à mobiliser leurs compétences dans des situations de la vie quotidienne.

En mathématiques, le score moyen des élèves français (458) perd 16 points par rapport à 2022, et près de 30 points depuis 2018, alors qu’il était resté stable auparavant. Depuis 2006, les résultats des élèves français ont baissé de 35 points, une érosion considérable puisque l’OCDE estime que les apprentissages d’une année scolaire correspondent à un score de 20 à 30 points dans PISA.

Infographie : Le Monde

Même trajectoire en compréhension de l’écrit : la moyenne baisse de 18 points et décroche de plus de 40 points en dix ans. Les résultats ne fléchissent, en revanche, que légèrement en culture scientifique, thème majeur de PISA 2025.

Dans les trois domaines, la France reste cependant, comme elle l’a toujours été, dans la moyenne des 37 pays de l’OCDE ayant participé à l’enquête, et qui enregistrent un décrochage comparable de leurs résultats globaux.

L’affaissement moyen des résultats s’accompagne d’une augmentation de la part des élèves en grande difficulté, notamment en mathématiques et en compréhension de l’écrit, où ils représentent désormais plus d’un tiers des adolescents soumis aux tests. Dans le même temps, la proportion de ceux ayant les résultats les plus élevés ne cesse de diminuer. En France, la contraction la plus nette concerne la culture mathématique, pour laquelle la part des élèves en difficulté atteint 36 % tandis que celle des adolescents les plus performants tombe à 4 % (contre 7 % dans l’OCDE). En 2003, les élèves français étaient 15 % à être parmi les meilleurs élèves testés.

En France, les résultats moyens masquent cependant des réalités très contrastées parmi les élèves de 15 ans, qui n’étaient pas tous au même niveau de scolarité au moment de la passation du test en mai 2025. Les élèves de 2de générale (65 % des adolescents ayant participé à PISA) obtiennent ainsi des scores comparables à la moyenne des pays européens les plus performants dans les trois thématiques, tandis que leurs homologues de 2de professionnelle (20 %) apparaissent à l’autre extrémité du spectre des pays de PISA, parmi ceux ayant les plus faibles résultats.

Infographie : Le Monde

L’origine sociale pèse également très lourd sur les résultats des élèves français, même si les inégalités entre les adolescents les plus favorisés et les plus défavorisés se sont légèrement tassées. « C’est presque une bonne nouvelle », salue Eric Charbonnier, avant de nuancer : « Entre 2015 et 2025, on assiste à une forte baisse des résultats des élèves les plus favorisés, signe que les difficultés se sont généralisées et amplifiées. » L’écart entre les élèves de différents milieux sociaux dépasse encore les 90 points dans les trois domaines et reste l’un des plus importants de l’OCDE.

A ces inégalités sociales s’ajoutent des disparités de genre. Si les filles et les garçons obtiennent des résultats similaires en culture scientifique, les adolescentes sont bien meilleures en compréhension de l’écrit. Leur avantage s’est même creusé depuis 2012, du fait de l’attrition des scores des garçons, et est devenu l’un des plus élevés de l’OCDE. A l’inverse, les garçons obtiennent toujours de meilleurs résultats en culture mathématique.

Le collège, « angle mort des réformes »

Comment expliquer ces résultats ? Au niveau national, alors que les candidats à l’élection présidentielle de 2027 commencent à égrener leurs mesures pour l’éducation, l’analyse politique est quasi impossible. Les élèves de 15 ans en 2025 ont successivement connu un rythme de 4,5 jours d’école en primaire puis 4 jours. Ils n’ont pas bénéficié du dédoublement des classes en primaire en éducation prioritaire ni des éphémères groupes de besoin au collège. « Tout au plus peut-on constater que la France a manqué de cohérence ces dix dernières années et que le collège est resté l’angle mort des réformes », commente Eric Charbonnier.

Les pistes d’explications sont à chercher dans des causes plus systémiques, au sujet desquelles l’OCDE n’émet que des hypothèses. « Le rapport des élèves aux apprentissages a changé », juge Eric Charbonnier. En compréhension de l’écrit, par exemple, les exercices pour lesquels les difficultés des élèves de l’OCDE augmentent le plus sont ceux impliquant les tâches les plus complexes, le croisement de plusieurs sources ou la lecture de textes longs. La proportion de « lecteurs pressés », qui vont trop vite et se trompent, a presque doublé depuis 2018.

Infographie : Le Monde

Parmi les facteurs explicatifs communs à tous les pays de l’OCDE, Eric Charbonnier cite les effets durables de la crise sanitaire du Covid-19 qui a affecté les élèves de cette cohorte à l’entrée au collège, mais aussi la place croissante du numérique dans la vie des adolescents. « Il y a des éléments en dehors de l’école qui contribuent à ces résultats », estime l’analyste. Si la France utilise peu le numérique en classe et que le temps d’écran des jeunes Français est considérable, il est moins élevé que la moyenne de l’OCDE. Les adolescents âgés de 15 ans déclarent passer en moyenne 4,9 heures par jour, hors week-end et vacances scolaires, sur des appareils numériques, dont 3 heures pour leurs loisirs. Quant à l’intelligence artificielle, elle n’avait pas encore totalement déferlé dans la vie des élèves français en 2025.

Autre résultat marquant de cette édition : l’implication des parents s’est affaiblie dans l’ensemble des pays de l’OCDE. Seul un élève sur deux affirme que son père ou sa mère montre un intérêt à ce qu’il apprend à l’école, quand un tiers des adolescents parlent avec ses parents des problèmes rencontrés à l’école. « L’éducation est parfois perçue comme un bien de consommation par les parents. Or, ces derniers ont un rôle à jouer dans les apprentissages », interpelle Eric Charbonnier.

Infographie : Le Monde

S’ajoutent à ces phénomènes communs des spécificités françaises. Au premier chef : le climat scolaire. S’il n’a pas subi de grande dégradation entre les deux dernières éditions de PISA, il reste problématique, avec des moyennes plus élevées que celles de l’OCDE. Près d’un quart des élèves français indiquent ainsi ne pas pouvoir bien travailler en classe et près de la moitié que le bruit et l’agitation perturbent les cours. Le soutien des enseignants s’en trouve affecté. Seul un élève sur deux déclare que les professeurs s’intéressent à l’apprentissage de chaque élève, un élément à mettre en regard d’autres enquêtes témoignant du manque de formation et de préparation des enseignants à gérer l’hétérogénéité.

En matière de conditions d’études, l’enseignement français se distingue également par un manque de matériel pédagogique qui touche un établissement sur cinq. Près d’un chef d’établissement sur deux signale, en outre, un manque de personnels. C’est moins qu’en 2022 (67 %) mais bien plus qu’en 2018 (17 %), et l’un des niveaux les plus élevés de toute l’OCDE.

 

 

Source : Le Monde

 

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