Il est des hommes dont la trajectoire semble avoir été dessinée bien avant qu’ils n’en prennent eux-mêmes conscience. Des hommes pour lesquels le destin professionnel apparaît, avec le recul du temps, comme le prolongement naturel d’une histoire familiale, d’un territoire, d’une mémoire et de quelques images fondatrices de l’enfance. Ibra Abdoul Touré, dit Baboye, appartient à cette belle catégorie.
Son parcours pourrait se lire comme une longue traversée des espaces sahéliens : une trajectoire faite de déplacements, de rencontres, de frontières franchies, de territoires observés, de savoirs accumulés et d’horizons sans cesse renouvelés. Il y a, dans son itinéraire, quelque chose de la transhumance qu’il allait plus tard étudier avec les instruments de la science : partir sans jamais vraiment quitter ses racines, aller vers l’ailleurs sans renier l’ici, changer de paysage sans perdre le sens de l’orientation. Car chez Ibra, la géographie n’est pas seulement une discipline universitaire. Elle est presque une manière d’être au monde.
Les racines d’un homme des grands espaces
Ibra est issu d’une famille qui a donné à la Mauritanie et au Sénégal plusieurs personnalités remarquables dans les domaines de l’administration, de l’enseignement, de l’économie et de la science. Son père, Abdoul Touré, fut instituteur, directeur d’école puis économe du lycée de Kaédi. Il appartenait à cette génération d’hommes pour lesquels servir l’État, transmettre le savoir et contribuer à l’élévation de la jeunesse constituaient moins une profession qu’une véritable vocation. Il a laissé un souvenir indélébile partout où il est passé. Sa rigueur, son intégrité, son patriotisme et son amour du savoir ont profondément marqué des générations d’élèves mauritaniens, dont beaucoup sont devenus, à leur tour, de hauts cadres de la Mauritanie postindépendance. Abdoul Touré était également le frère de Mamoudou Touré, ancien fonctionnaire de l’AOF et de la Mauritanie, grand économiste et figure éminente des finances publiques du Sénégal ; du docteur Racine Touré, comptant parmi les premiers médecins mauritaniens avec le docteur Ba Bocar Alpha ; d’Abdoul Wahab Touré, brillant géologue et professeur talentueux, fin connaisseur des territoires ; ainsi que de deux femmes qui occupèrent une place singulière dans la vie de la fratrie : Couro, l’aînée, grande sœur protectrice et figure tutélaire, et Polel, épouse de Mohamed Ba, autre personnalité profondément attachée à Kaédi. Du côté maternel, Ibra reçoit un autre héritage, tout aussi précieux. Sa mère, Néné Diagana, fille de l’aristocratie soninké de Kaédi, fut une femme de caractère, de dignité et de courage. De cette femme au tempérament olympien, il héritera probablement cette faculté de demeurer debout lorsque les circonstances invitent à plier, cette élégance intérieure qui ne s’affiche pas mais se reconnaît dans la manière de traverser les épreuves. De ses origines pulaar et soninké, Ibra gardera ainsi le meilleur d’un double héritage culturel. Chez lui, le métissage n’est pas une simple coexistence d’identités : il est une richesse, une ouverture, une manière de comprendre que les différences peuvent être moins des frontières que des passerelles. Puis il y a Kaédi. Kaédi, avec ses terres, ses eaux, ses hommes, ses troupeaux, ses saisons et ses horizons. Kaédi, où l’espace n’est jamais tout à fait immobile et où les déplacements font partie de la vie. Très jeune, Ibra accompagne son père dans ses pérégrinations et découvre ces « grands espaces des paysages semi-arides et arides » qui deviendront, quelques décennies plus tard, son véritable laboratoire à ciel ouvert. Il ne le sait pas encore, mais le petit garçon qui observe les paysages est déjà en train de devenir géographe.
De Kaédi à Nice : quand la vocation rencontre la science
Après ses études primaires et secondaires à Kaédi, jusqu’au baccalauréat, Ibra rejoint l’Université de Nouakchott, à la Faculté des lettres et sciences humaines, où il obtient une maîtrise en géographie physique en 1989. Puis vient le temps de l’ailleurs. En 1989, il entreprend des études doctorales à l’Université de Nice-Sophia Antipolis. C’est là qu’il approfondit une question qui allait désormais structurer une grande partie de son existence scientifique : comment observer, comprendre et représenter les transformations des écosystèmes sahéliens ? En avril 1994, il soutient une thèse de doctorat en géographie intitulée « Contribution à l’analyse et à la cartographie de divers écosystèmes sahéliens par l’utilisation de la télédétection et des systèmes d’information géographiques », sous la codirection d’André Dauphiné, professeur renommé de géographie à l’Université de Nice, spécialiste des modèles systémiques et de l’analyse spatiale, et de Marie-Françoise Courel, géographe émérite, grande spécialiste des dynamiques environnementales et de la désertification dans les régions sahéliennes. Cette recherche s’inscrit dans une histoire intellectuelle plus large, marquée notamment par les travaux de Charles Toupet, dont la thèse de doctorat d’État, soutenue à l’Université Paris VII en avril 1975, portait sur « La sédentarisation des nomades en Mauritanie centrale sahélienne ». Le jeune chercheur se trouve alors à la rencontre de plusieurs mondes : celui de la géographie traditionnelle, celui de l’observation de terrain et celui, encore émergent, des technologies spatiales. À l’époque, l’utilisation conjointe de l’imagerie satellite, de la télédétection et des premiers systèmes d’information géographique appliqués à l’Afrique de l’Ouest demeure largement pionnière. Ibra appartient ainsi à cette génération de chercheurs qui vont contribuer à transformer le regard porté sur les territoires sahéliens. Le paysage cesse progressivement d’être seulement une étendue à décrire. Il devient une donnée à analyser, une dynamique à comprendre, une réalité à cartographier. La carte devient alors une nouvelle manière de raconter le territoire.
Du chercheur au bâtisseur de projets
Après son doctorat, Ibra enseigne comme assistant à l’Université de Nice jusqu’en 1996. Puis vient le CIRAD. À Montpellier, au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement, il trouve un environnement qui correspond profondément à sa sensibilité : une institution où la recherche scientifique est appelée à dialoguer avec les réalités du terrain et les grands enjeux du développement des Suds. Commence alors une longue carrière de chercheur, d’expert, d’administrateur et de dirigeant. En 1999, il part au Sénégal pour une première expatriation qui durera jusqu’en 2011. Il participe activement avec ses collègues du CIRAD de l’ISRA, du CSE et de l’UCAD à la création d’un collectif de recherche et de formation en partenariat destinée à rapprocher les scientifiques des organisations d’éleveurs, à travers notamment le Pôle pastoralisme et zones sèches (PPZS). Il y a formé et encadré plusieurs chercheurs aujourd’hui hauts cadres scientifiques au Sénégal et dans les autres pays du Sahel.
Puis, de 2011 à 2017, il séjourne au Burkina Faso, détaché auprès du CILSS à Ouagadougou. Ces années africaines ne sont pas de simples parenthèses professionnelles. Elles constituent le prolongement naturel de son parcours. Ibra retourne sur des territoires qu’il connaît intimement, mais avec un autre regard : celui du scientifique devenu acteur des politiques publiques. Il participe notamment à la conception et à l’animation du PRAPS — Projet régional d’appui au pastoralisme au Sahel, initiative internationale d’envergure financée par la Banque mondiale. Le pastoralisme cesse alors d’être pour lui uniquement un objet d’étude. Il devient un enjeu de développement, de sécurité alimentaire, de mobilité, de cohésion sociale et d’avenir pour les populations sahéliennes.
Une science qui écoute les hommes
L’une des originalités du parcours d’Ibra tient précisément à cette évolution. Le jeune géographe qui cartographiait les écosystèmes s’intéresse progressivement davantage aux hommes qui les parcourent. Il ne s’agit plus seulement de savoir où se trouvent les ressources, mais de comprendre qui les utilise, comment, à quel moment et selon quelles règles. La cartographie des sols et de la végétation devient aussi celle des troupeaux, des points d’eau, des couloirs de transhumance et des usages du territoire. Cette évolution le conduit à contribuer à la mise en place de plateformes de recherche partenariales au Sénégal, notamment à travers le Pôle pastoral zones sèches (PPZS), destinées à faire dialoguer chercheurs, décideurs et organisations d’éleveurs. C’est sans doute là que se trouve l’une des dimensions les plus attachantes de sa démarche : la science n’a de sens que si elle accepte de rencontrer ceux dont elle prétend comprendre la réalité. Ibra n’est donc pas seulement un cartographe du Sahel. Il en est devenu, au fil du temps, un observateur attentif des sociétés, des mobilités et des équilibres fragiles. À une époque où l’utilisation des outils mathématiques et informatiques dans l’étude des systèmes naturels en était encore à ses débuts, Ibra Touré contribue à développer des approches nouvelles pour analyser le comportement complexe des écosystèmes.
Le retour à Montpellier, puis Dakar
En 2017, Ibra revient à Montpellier, la « maison mère », où il demeure jusqu’en 2022 tout en poursuivant l’animation et la coordination de projets de recherche/développement au Maghreb et en Afrique de l’ouest sahélienne. Puis le Sahel le rappelle. Il effectue une troisième expatriation au Sénégal et prend la direction régionale du CIRAD pour l’Afrique de l’Ouest – Zone sèche, avec Dakar comme point d’ancrage. À ce poste, il travaille, en partenariat avec les institutions de recherche et de formation sur certaines des grandes questions qui détermineront l’avenir de la région : souveraineté alimentaire, transition agroécologique, foncier rural, adaptation des systèmes d’élevage au changement climatique et gestion durable des territoires pastoraux. Son itinéraire scientifique épouse ainsi les grandes transformations du Sahel. Il avait commencé par observer les paysages. Il s’est ensuite intéressé aux systèmes de production. Puis aux hommes. Et enfin aux interactions complexes entre environnement, économie, politique et société. La géographie physique s’est peu à peu enrichie d’une géographie humaine et politique. C’est probablement cette capacité à élargir constamment son regard qui explique la longévité et la fécondité de son parcours.
Un visionnaire avant l’heure
Ibra a été, à bien des égards, un visionnaire. Dès les années 1990, il travaillait à l’intersection de la géographie physique, de la géomatique, de la télédétection et de l’étude des systèmes pastoraux. Aujourd’hui, ces outils sont devenus incontournables. À l’époque, ils relevaient encore, pour une large part, de l’innovation. Ses travaux ont porté sur l’étude, la cartographie et l’accompagnement à la durabilité des systèmes de production pastoraux et de l’élevage au Sahel et en Afrique de l’Ouest. Plusieurs publications et projets majeurs jalonnent cette trajectoire. Sur ces thématiques, il a également formé et co-encadré plusieurs étudiants en Master et en Thèses en Afrique et en Europe. Il capitalise plus d’une centaine de publications scientifiques, de documents stratégiques, de rapports techniques et d’atlas thématiques. On peut notamment citer « Atlas des évolutions des systèmes pastoraux au Sahel : 1970-2012 », coédité avec la FAO en 2012 ; les travaux consacrés aux mares de la zone sylvopastorale du Sénégal ; ou encore les recherches sur l’hydraulique pastorale, les points d’eau et l’aménagement durable de l’espace sahélien. Ses travaux plus récents sur la modélisation et la gestion collective des espaces pastoraux témoignent de cette même volonté : comprendre les mécanismes complexes pour permettre aux acteurs de mieux décider ensemble. Mais au-delà des publications, des responsabilités et des titres, il y a une idée simple qui semble traverser son parcours : comprendre le territoire pour mieux accompagner ceux qui y vivent. Son parcours est ainsi celui d’un géographe rigoureux, solidement ancré dans les réalités régionales ouest-africaines, mais dont la science n’a jamais perdu le contact avec les hommes.
Dakar, une terre d’attaches et de mémoire
Son retour à Dakar n’a d’ailleurs rien d’un simple hasard géographique. Le Sénégal est une terre de travail, certes, mais aussi une terre de mémoire et d’attaches familiales. Il porte notamment une résonance particulière pour une famille qui a connu les douloureux événements de 1989 entre la Mauritanie et le Sénégal, avec leur cortège de déplacements, de ruptures et d’exils forcés. Pour Ibra, la notion de mobilité ne peut donc être réduite à une donnée statistique ou à une ligne tracée sur une carte. Derrière chaque déplacement, il y a une histoire. Derrière chaque frontière, une mémoire. Derrière chaque troupeau en mouvement, une famille, une économie, une culture et parfois une nécessité vitale. Cette expérience personnelle donne peut-être à son regard scientifique cette profondeur particulière qui distingue le chercheur simplement compétent de celui qui comprend intimement son objet. Ibra avait compris une chose que les cartes et les hommes oublient parfois : une frontière n’est jamais seulement une ligne, « maayo wona keerol » pour paraphaser le sociologue Ndiawar Kane
Et puis, il y a Baboye
Mais il serait injuste de raconter Ibra Abdoul Touré uniquement à travers ses diplômes, ses responsabilités et ses publications. Car derrière le chercheur, le directeur régional et l’expert international, il y a Baboye. Et Baboye, c’est autre chose. C’est la bonhomie. C’est l’humour. C’est cette façon de prendre les choses au sérieux sans jamais se prendre tout à fait au sérieux soi-même. C’est cette capacité à rire lorsque la vie devient trop sérieuse, à plaisanter lorsque les circonstances deviennent pesantes et à conserver, même dans les moments difficiles, cette petite lumière dans le regard qui dit que rien n’est jamais définitivement perdu. Cette disposition est sans doute un héritage familial. Mais elle est aussi le fruit d’une vie qui lui a appris que l’on ne gagne rien à laisser les épreuves vous voler votre humanité. Ibra possède cette qualité rare : la résilience sans dureté. Il sait encaisser sans s’endurcir, recommencer sans se plaindre et avancer sans oublier ceux qui ont partagé les étapes précédentes. Au fond, il ressemble encore une fois à ces territoires qu’il a tant étudiés : soumis aux saisons, aux sécheresses, aux changements et parfois aux tempêtes, mais capables de renaître dès que revient la pluie.
Valérie, l’autre versant de la trajectoire
Aucun parcours ne se construit totalement seul. Le périple universitaire d’Ibra le conduira notamment à rencontrer la Corse, où il découvre, à travers l’élue de son cœur, une terre et un univers qui semblent avoir éveillé en lui une vocation encore difficile à formuler. Cette rencontre rappelle qu’une existence se construit aussi à travers les lieux, les rencontres et les affinités inattendues qui, parfois, changent discrètement le cours d’une vie. Il serait surtout impossible de raconter cette aventure sans évoquer Valérie Medori, son épouse et sa compagne de route. Car derrière les grandes carrières, il existe souvent des présences discrètes qui rendent les grandes aventures possibles. Valérie est de celles-là. Française d’origine corse, elle a partagé avec Ibra les expatriations, les changements de pays, les responsabilités professionnelles, les joies familiales, l’éducation de leurs enfants et les épreuves. Elle a été ce point fixe autour duquel pouvait s’organiser une vie constamment en mouvement. Elle a pris soin de leur famille, soutenu et accompagné les différentes étapes de la carrière d’Ibra, tout en poursuivant son propre chemin intellectuel et universitaire, jusqu’à soutenir une thèse de doctorat en sociologie durant leur séjour au Burkina Faso. Au fil des années, leur maison est devenue une sorte d’« auberge espagnole », ouverte aux amis, aux collègues, aux membres de la famille et aux voyageurs de passage. Une maison à l’image de leur histoire : plurielle, généreuse, cosmopolite et chaleureuse. Valérie aura donc été bien plus qu’une compagne dans un parcours professionnel exigeant. Elle en aura été l’une des forces silencieuses, une présence constante dans une vie où les paysages changeaient souvent, mais où certains liens demeuraient. À cette femme pétillante, attentive et profondément présente, on pourrait adresser une formule simple, mais qui résume peut-être beaucoup : On ne se fabrique pas toujours un partenaire de vie ; parfois, on le reconnaît.
Une trajectoire, une fidélité
Au terme de cette traversée, le parcours d’Ibra Abdoul Touré apparaît dans toute sa cohérence. De Kaédi à Nouakchott, de Nouakchott à Nice, de Nice à Montpellier, puis de Montpellier à Dakar, avec des étapes importantes au Sénégal et au Burkina Faso, son existence professionnelle ressemble à une longue ligne de transhumance. Mais une transhumance particulière : celle d’un homme qui a beaucoup voyagé sans jamais perdre son nord. Le petit garçon qui accompagnait son père dans les grands espaces sahéliens est devenu le géographe qui étudie les mouvements des troupeaux. L’enfant de Kaédi est devenu un scientifique international. Le fils d’Abdoul Touré et de Néné Diagana est devenu un homme de dialogue entre plusieurs cultures. Et le chercheur spécialisé dans la cartographie des écosystèmes est devenu, au fil des années, un observateur attentif des sociétés qui habitent ces mêmes territoires. Il y a là une belle fidélité du destin. Car parfois, la vie professionnelle n’est pas une rupture avec l’enfance. Elle en est simplement la traduction savante. Ibra a grandi dans les grands espaces. Il les a parcourus. Il les a étudiés. Il les a cartographiés. Il en a accompagné les transformations. Et il continue, aujourd’hui encore, à y chercher des chemins d’avenir.
Épilogue : que la route continue
À Ibra Abdoul Touré, nous souhaitons donc encore de longues années de recherche, de transmission, de responsabilités et de rencontres. Que son regard continue de porter loin, que sa curiosité demeure intacte, que son humour ne prenne surtout pas sa retraite. Et que Baboye conserve cette précieuse capacité à transformer les chemins difficiles en chemins praticables. Dans un Sahel où les hommes, les troupeaux et les territoires sont constamment appelés à s’adapter, son parcours rappelle une vérité essentielle : la mobilité n’est pas toujours un déracinement ; elle peut aussi être une manière de rester vivant. Alors, cher Ibra, que la transhumance continue. Qu’elle soit scientifique, humaine, familiale ou simplement joyeuse. Que les chemins restent ouverts, que les horizons demeurent vastes et que les rencontres soient encore nombreuses. Après avoir tant étudié les pistes du Sahel, il reste peut-être à Baboye une dernière mission : continuer à les parcourir avec le même sourire. Bon vent, Baboye. Et surtout, bonne route — car pour les hommes des grands espaces, la plus belle destination reste souvent celle qui se trouve encore devant soi. Dans son parcours d’excellence, Ibra Abdoul pourrait nous rappeler, dans le sillage d’Yves Lacoste, que la géographie ne saurait séparer artificiellement les phénomènes physiques des réalités humaines : sur le terrain, ils s’enchevêtrent et c’est dans cet enchevêtrement que les hommes vivent, agissent et se déplacent. Aujourd’hui, le temps a poursuivi son vol et les choses sont ce qu’elles sont. Il faut donc regarder devant soi, avancer avec sérénité et garder confiance dans l’avenir. Car, au regard des transformations qui traversent la région, la question géopolitique demeure plus que jamais d’actualité. Naguère creuset de civilisations et lieu de brassage des cultures, la zone sahélo-saharienne peut-elle devenir un espace où les hommes et les femmes auront la sagesse de construire leur bonheur d’héritiers de cette terre, en bonne intelligence les uns avec les autres et dans une relation harmonieuse avec la nature ? La réponse appartient sans doute aux générations à venir. Mais elle appartient aussi à ceux qui, comme Ibra Abdoul Touré, ont consacré leur vie à comprendre ces territoires, à écouter ceux qui les habitent et à chercher, avec patience et intelligence, les chemins qui permettront de mieux y vivre ensemble. Et peut-être est-ce là, finalement, la plus belle définition de Baboye : un homme des grands espaces qui a fait de la connaissance une boussole, de la mobilité une richesse et de la fidélité à ses racines une manière d’aller toujours plus loin.
Daouda Sow
Tunis septembre 2026
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