The Conversation – Une personne qui dévore des romans et des classiques est d’emblée considérée comme un lecteur ou une lectrice. Mais n’est-ce pas aussi le cas de celle qui ne lit que des magazines ou des mangas ? Pour donner aux enfants le goût de lire, peut-être faut-il d’abord en finir avec les catégories figées et avec les critères datés sur les « bonnes » ou « mauvaises lectures » pour partir des centres d’intérêts de chacun.
2026 a été décrétée Année nationale de la lecture au Royaume-Uni et, cet été, la manifestation s’associe à des personnalités du monde du sport comme Joe Wicks, Clare Balding et Georgia Stanway, afin d’encourager le public à lire. Cette initiative, qui s’inscrit dans le programme « Summer of Sport » (L’été du sport) de la campagne, associe la lecture aux grands événements sportifs tels que Wimbledon, la Coupe du monde de football de la FIFA, des tournois de cricket ou des championnats de Formule 1.
Les capitaines d’équipe tels que Wicks, Balding et Stanway partageront leurs recommandations de lecture, discuteront de la manière dont la lecture a façonné leurs intérêts sportifs et encourageront le public à s’adonner à la lecture sous diverses formes.
Le principe est simple. Des millions de personnes sont déjà passionnées par le sport. Plutôt que de demander aux gens de s’intéresser à la lecture en tant que telle, la campagne cherche à associer la lecture à leurs centres d’intérêt personnels. C’est une approche judicieuse, mais elle soulève également une question qui est au cœur de nombreux débats actuels sur la lecture : qu’est-ce qui est considéré comme une bonne lecture ?
Les débats publics sur la lecture portent souvent sur la qualité des textes. Les discussions concernant l’utilisation des écrans, les réseaux sociaux et les habitudes de lecture soulèvent fréquemment des inquiétudes quant au temps que les gens consacrent à la lecture de textes longs. Nous nous demandons si les écrans sont en train de remplacer les livres. Nous discutons de la capacité d’attention et de la « lecture approfondie » (où on lit de manière active et réfléchie).
Derrière bon nombre de ces débats se cache l’hypothèse selon laquelle certaines formes de lecture auraient plus d’importance que d’autres. Mais avant de nous demander si les gens lisent bien, nous devrions peut-être nous poser une question plus fondamentale : comment devient-on lecteur, au juste ?
Devenir lecteur
L’intérêt pour lecture peut prendre des chemins inattendus : un annuaire de football, une série de mangas, les mémoires d’une célébrité empruntées à un ami. L’envie de lire ne naît généralement pas d’un discours théorique sur les vertus de la lecture. Elle vient de la rencontre avec quelque chose qui capte notre attention et nous donne envie de tourner les pages. Pour un enfant, ce seront peut-être des statistiques de football. Pour un autre, des romans fantastiques, des romans d’amour ou des magazines de jeux vidéo. La lecture commence souvent par des sujets qui nous tiennent déjà à cœur.
C’est une réalité que les chercheurs en lecture reconnaissent depuis longtemps : la motivation joue un rôle essentiel. Les gens sont bien plus enclins à lire lorsqu’ils perçoivent un lien entre ce qu’ils lisent et leurs propres centres d’intérêt, leur identité ou leurs expériences.
Pourtant, ces formes de lecture sont parfois considérées comme de moindre valeur. Il existe d’ailleurs une longue tradition consistant à établir des distinctions entre « bons » et « mauvais » lecteurs, le plus souvent en fonction de ce que les gens lisent et de leur manière de lire.
Les bandes dessinées, la littérature populaire, les romans d’amour et la littérature de genre ont tous, à différentes époques, été considérés comme inférieurs à la littérature dite « sérieuse ». Il en résulte que certains lecteurs en viennent à penser que ce qu’ils aiment lire ne compte pas vraiment. Si un adolescent passe l’été à lire des magazines de football, des comptes rendus de matchs et des biographies de joueurs parce qu’il suit une saison sportive, est-il pour autant devenu un meilleur lecteur ?
La réponse dépend de ce que nous attendons de la lecture.
Si l’objectif est l’acquisition de connaissances culturelles, on peut accorder plus d’importance à certains textes qu’à d’autres. Si l’objectif est la concentration, on peut privilégier la lecture d’ouvrages volumineux. Si l’objectif est l’empathie, on peut se tourner vers la fiction littéraire. Mais si l’objectif est de développer une habitude de lecture, de renforcer la confiance en soi, de découvrir le plaisir de lire ou de se forger une identité de lecteur, la situation est tout autre.
Un adolescent qui choisit de consacrer du temps à lire des ouvrages sur le football est bel et bien en train de lire. Plus important encore, il est peut-être en train de nouer avec la lecture une relation qui perdurera bien au-delà d’une seule saison sportive.
Ce que les non-lecteurs peuvent nous apprendre
Une grande partie du débat public sur la lecture est menée par des personnes qui ont toujours été des lectrices et des lecteurs. L’accent est souvent mis sur la préservation d’une pratique considérée comme précieuse. Mes propres recherches et mes rencontres avec des auteurs m’ont conduit dans une direction légèrement différente. En travaillant sur l’engagement en faveur de la lecture, notamment dans les prisons, je m’intéresse de plus en plus aux personnes qui ne se considèrent absolument pas comme des lecteurs.
Reader in Creative Writing, University of Hull
Source : The Conversation
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