La politique est un jeu dans la théorie, mais dans la pratique, elle est un mode d’organisation des hommes et des sociétés qui tourne autour de deux mouvements : conquérir le pouvoir et maintenir le pouvoir. Le caractère universel de la politique fait qu’il est essentiel de convoquer l’histoire pour appréhender les phénomènes qui s’y rattachent.
Dans son ouvrage La République, Platon soutenait que la cité idéale devrait être dirigée par des philosophes-rois, car seuls ceux qui possèdent la sagesse et la connaissance du bien commun sont aptes à gouverner. Cependant, la politique contemporaine, avec des présidents avançant des fake news et violant les chartes du droit international, nous a démontré que la construction de l’esprit de Platon n’est applicable qu’à la cité idéale.
L’homme politique n’est pas forcément sage, or son travail est de répondre aux problèmes passés, actuels et futurs de ses compatriotes avec des marges d’erreur qui peuvent affecter les générations à naître. D’où l’intérêt pour l’homme politique de s’inscrire dans une dynamique d’élève du passé et de maître du futur pour réussir sa mission.
L’espoir PASTEF face à la réalité du pouvoir
Depuis maintenant 648 jours que le parti PASTEF, locomotive d’un changement ayant ému le monde et redonné à l’Afrique l’espoir quant à sa capacité à donner des leçons au monde, est au pouvoir, les engagements du parti semblent être confrontés à la réalité du pouvoir. Des critiques se font entendre, alors qu’une certaine opinion avance que le président du parti PASTEF est un populiste avec plus de promesses que de réalisations. Des organisations de la société civile et des acteurs politiques se sont organisés autour de mouvements tels que “Rappel à l’ordre” pour ramener le parti au pouvoir dans les rails de ses engagements.
Pourtant, le phénomène que vit le parti au pouvoir au Sénégal – une vision, un engagement et un changement qui peinent à être concrétisés – n’est pas nouveau. Il est commun à plusieurs États qui ont connu des changements de régime ou des révolutions.
Pour mieux comprendre ce qui se passe au Sénégal, nous avons étudié en Afrique et dans le monde, des cas de changement de régime dans lesquels le nouveau pouvoir avait rencontré les mêmes difficultés que celles que vit aujourd’hui le parti PASTEF, afin de dégager des recommandations pour le Sénégal.
Des promesses aux résistances : le cas sénégalais
À son arrivée au pouvoir, le PASTEF avait généré beaucoup d’espoir. Cela avait aussi affecté l’imaginaire des Sénégalais par rapport au régime nouvellement installé. Beaucoup disaient que l’enrichissement sans cause, « tok mouy dokh », avait pris fin. Après des instructions du Premier ministre Ousmane Sonko, les travailleurs de l’État et des agences parapubliques s’empressaient d’arriver au bureau à 8 heures pour rompre d’avec la présence au bureau après l’heure conventionnelle.
Cependant, des mois après ces changements d’attitude provoqués par l’arrivée de PASTEF au pouvoir, le projet de société que ce parti avait présenté aux Sénégalais semble avoir du mal à s’opérationnaliser. Le président du parti PASTEF, Ousmane Sonko, lui-même a affirmé que le projet que son parti porte se heurte à des résistances, surtout dans l’administration de la justice.
D’autres promesses non tenues concernent la rationalisation des dépenses publiques. En février 2025, le Premier ministre avait annoncé qu’en juin 2025, l’État procéderait à la fusion ou à la suppression d’agences. Jusqu’à présent, cela n’a pas eu lieu, laissant dire à beaucoup que le parti au pouvoir n’a pas tenu ses engagements.
Morsi face à l’armée : une leçon de pouvoir de l’Egypte
En Égypte, les Forces armées ont longtemps été un acteur incontournable du régime politique. Cette emprise militaire sur l’État s’est traduite par des postes clés et un pouvoir financier et social. Un levier clé ayant permis à l’institution militaire égyptienne de maintenir son pouvoir est le corporatisme.
En 2012, à l’élection de Mohamed Morsi après le départ d’Hosni Moubarak, le peuple égyptien nourrissait de grandes aspirations. On parlait du printemps arabe. Cependant, le changement voulu et porté par le peuple ne s’est pas concrétisé. Une contre-révolution était parallèlement conduite en Égypte.
L’armée s’est alliée avec les autorités du régime précédent et a utilisé quatre moyens pour faire avorter la révolution : 1/l’ordre politique et économique (contrôle des ressources et des institutions), 2/les réseaux de pouvoir organisés de l’ancien régime, 3/l’inexpérience du régime démocratique élu, 4/les contestations des opposants du régime.
Etats-Unis : Trump et la bataille pour imposer son projet politique
Au cours de son premier mandat, Donald Trump rencontrait des résistances qui l’empêchaient de mener certaines de ses politiques. Ces oppositions portaient sur deux domaines clés de son projet Make America Great Again (MAGA): la politique étrangère et l’armée. Des analyses révèlent que le président américain n’avait pas de contrôle sur le Département de la Défense et sur le Département d’État. L’ancien secrétaire à la Défense, Mark Esper, a confirmé s’être opposé contre au Président à propos de l’usage de missiles contre des cartels mexicains.
Ces oppositions avaient causé chez Trump une frustration. À son retour à la Maison Blanche, il a fait de la loyauté à son projet politique un critère de recrutement et de promotion pour l’accès aux postes diplomatiques et à l’administration militaire.
Un point central de la rhétorique de l’administration Trump est qu’il est presque impossible de changer une culture avec les mêmes personnes qui ont aidé à la créer ou en ont bénéficié. En conséquence, Trump s’est entouré de loyalistes qui mettent en œuvre dont la seule boussole est l’efficience dans l’implémentation de politiques alignées au projet MAGA.
Leçons pour le Sénégal
Ce qui demeure constant, c’est que le régime aujourd’hui au pouvoir au Sénégal doit, lui aussi, s’entourer de loyalistes acquis au projet de transformation systémique du Sénégal pour mener efficacement le changement qu’il a promis aux Sénégalais.
Les réformes annoncées par le président Bassirou Diomaye Faye (révision de la Constitution, réforme du Conseil constitutionnel, du Conseil supérieur de la magistrature, de la CENI et du Code électoral) resteront des vœux pieux si les décideurs politiques, nommés aux plus hauts emplois civils et militaires, ne sont pas alignés au projet de société PASTEF, bâti autour de cinq engagements : Renouveau institutionnel et engagement africain, Endogénéisation de l’économie et souveraineté alimentaire, Capital humain et qualité de vie, Innovation, technologie et infrastructures durables, Sécurité nationale et rayonnement international.
TRAORE Cheikh Tourad
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