«Non à la guerre» : Pedro Sánchez, le nouvel ennemi juré de Donald Trump en Europe

Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez se distingue des autres dirigeants européens par son rejet en bloc de l'attaque israélo-américaine en Iran. Au point d'attirer des sanctions du président américain sur son pays ?

Slate  – Une attaque «illégale» qui risque de déclencher une spirale de violence. Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a dénoncé les frappes israélo-américaines sur l’Iran comme aucun autre dirigeant européen. Pour traiter Donald Trump, les chancelleries du Vieux continent hésitent et alternent souvent entre la flatterie, le mimétisme idéologique et la minimisation des désaccords. Pedro Sánchez est le seul à montrer les crocs face au président américain.

Lors d’une allocution, le leader socialiste le plus expérimenté de l’Union européenne a rappelé que le but des responsables politiques est théoriquement d’améliorer la vie des gens : «Il est absolument inacceptable que des dirigeants incapables d’atteindre cet objectif utilisent la guerre pour masquer leurs échecs et, ce faisant, remplir les poches d’une petite élite –les seuls qui gagnent quand le monde arrête de construire des hôpitaux pour fabriquer des missiles.»

Voilà plus d’un an que Pedro Sánchez et Donald Trump s’envoient des piques. L’Espagnol était devenu l’archétype du «woke» qui obsède le mouvement MAGA : laxiste selon eux sur le militaire, la Chine et l’immigration. La guerre en Iran a consommé la rupture entre les deux hommes. Non seulement Pedro Sánchez la compare à l’invasion «injuste» de l’Irak en 2003, mais il refuse aussi que les bases militaires espagnoles cogérées avec l’armée américaine servent à frapper l’Iran. Donald Trump a en retour menacé la «terrible» Espagne de sanctions économiques, laissant planer l’idée d’un «embargo».

Le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent a botté en touche sur la question sur la chaîne CNBC, ce mercredi 4 mars. «Les Espagnols mettent des vies américaines en danger», a-t-il ajouté. Si les menaces restent verbales pour l’instant, Juan Luis Manfredi, maître de conférences en relations internationales à l’université de Castilla-La Mancha (Espagne), estime que «l’Iran représente un mauvais calcul pour l’Espagne. Les États-Unis trouveront d’autres ports et bases militaires à utiliser. L’Espagne ne gagnera rien dans cette équation et risque de paraître encore plus hostile dans un moment particulièrement sensible.»

Une position plus morale qu’intéressée?

L’efficacité (ou même la possibilité) d’un embargo sur un pays membre du marché unique européen n’est pas évidente. L’Espagne n’est par ailleurs pas un gros fournisseur des États-Unis : l’oncle Sam n’a reçu que 4,6% des exportations espagnoles en 2025, selon la Banque d’Espagne. Il s’agit principalement d’huile d’olive, de vin, de céramique, d’équipements électriques et de machines. C’est bien en-deçà des quelque 20% en moyenne émanant de l’Union européenne.

En revanche, la dépendance de l’Espagne aux importations de gaz américain pourrait davantage inquiéter. En 2025, 31% de son gaz naturel liquéfié était importé des États-Unis. Un chiffre qui monte même à 44% sur le mois de janvier, selon l’opérateur national Enagás. «Les prix de l’énergie pourraient, au bout d’un moment, se retourner contre le gouvernement espagnol», analyse Juan Luis Manfredi.

 

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Matthias Troude

 

 

 

Source : Slate (France) – Le 05 mars 2026

 

 

 

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