New York : vingt-cinq ans après le 11-Septembre, les musulmans gagnent en visibilité

AFP – Un quart de siècle après le 11-Septembre, New York offre le visage d’une communauté musulmane plus visible, mieux organisée et désormais représentée au sommet de la ville. Le parcours d’Asad Dandia, autrefois surveillé par la police avant de devenir historien officiel de Brooklyn, incarne cette transformation, sans faire oublier les blessures du passé ni la persistance de l’islamophobie.
 

Asad Dandia avait huit ans lorsqu’il a vu à la télévision les attentats du 11 septembre 2001, depuis le domicile new-yorkais de ses parents, des immigrés pakistanais.

Il a ensuite vécu le contrecoup des attaques perpétrées par le groupe jihadiste Al-Qaïda: des années de méfiance, d’animosité et parfois de violences envers les musulmans.

À 19 ans, Asad Dandia a découvert qu’un informateur de la police, qui se faisait passer pour un ami, s’était infiltré jusque dans le domicile familial, dans le cadre du vaste dispositif de surveillance mis en place au nom de la lutte contre l’extrémisme islamiste. L’unité de la police new-yorkaise chargée de cartographier les communautés musulmanes a été dissoute en avril 2014. Un accord judiciaire approuvé en 2017 a ensuite encadré plus strictement le recours aux informateurs et instauré un contrôle civil de ces pratiques.

Aujourd’hui, cet historien de 33 ans, nommé en avril historien officiel du borough de Brooklyn, constate une ville transformée: elle a élu son premier maire musulman, des prières publiques sont organisées à Times Square et de nouvelles mosquées voient le jour dans les différents quartiers.

«Vingt-cinq ans après le 11-Septembre, nous pleurons et sommes en deuil de ce qui s’est passé. Mais, dans le même temps, nous reconnaissons que nous n’en sommes pas responsables», résume-t-il auprès de l’AFP.

Surveillance

Après 2001, les actes anti-musulmans ont fortement augmenté aux États-Unis. Face à la multiplication des agressions et du harcèlement dans l’espace public, certains musulmans ont cessé de porter des signes religieux visibles, comme le hijab, afin de dissimuler leur appartenance religieuse.

Dans le même temps, les autorités américaines ont commencé à surveiller étroitement les communautés musulmanes, au nom de la lutte contre l’extrémisme islamiste.

«Tout le monde était plongé dans la peur», raconte Mohammed Razvi, un Américain d’origine pakistanaise qui a fondé une association pour venir en aide à sa communauté à New York après le 11-Septembre.

Après les attentats, il explique avoir commencé à se présenter sous le diminutif de «Mo» afin d’éviter la stigmatisation qu’il subissait lorsqu’il disait s’appeler Mohammed.

«Les musulmans, qui cherchaient simplement à vivre le rêve américain, étaient rendus responsables de quelque chose auquel ils n’étaient pour rien et sur lequel ils n’avaient aucune prise», déplore-t-il.

À New York, la police s’est mise à surveiller des centaines de musulmans dans le cadre de sa stratégie antiterroriste, y compris des personnes qui n’étaient soupçonnées du moindre délit.

Asad Dandia en a fait l’expérience alors qu’il était étudiant à l’université. Un jeune Bangladais avait alors rejoint l’association d’entraide qu’il avait créée.

Les deux hommes étaient devenus proches. Ils partageaient leurs repas, faisaient du sport ensemble et le jeune homme avait même dormi chez lui.

«Terrifiant»

Mais, sept mois plus tard, celui-ci lui a révélé qu’il était un informateur de la police de New York, chargé de le surveiller, ainsi que les membres de sa communauté.

«C’était terrifiant», se souvient Asad Dandia. «Ma relation avec le monde qui m’entourait a volé en éclats».

À la suite de cette expérience, Asad Dandia et plusieurs organisations de défense des droits civiques ont obtenu un accord judiciaire historique. Celui-ci a interdit l’ouverture d’enquêtes motivées par la religion, l’origine ethnique ou l’appartenance politique, limité l’utilisation d’informateurs aux situations dans lesquelles des moyens moins intrusifs se révéleraient insuffisants et créé une instance civile chargée de contrôler le respect de ces garanties.

Pour Gadier Abbas, avocat au sein du Conseil des relations américano-musulmanes, le programme de surveillance de la police new-yorkaise représente l’un des exemples les plus emblématiques de «l’hystérie anti-musulmane» ayant suivi les attentats du 11 septembre 2001.

Mais aujourd’hui, affirme-t-il, «il y a beaucoup d’espoir».

«On voit des musulmans américains dans tous les secteurs de la société, presque à tous les niveaux, et c’est un témoignage du dynamisme de la communauté», souligne-t-il.

Une visibilité accrue

Les musulmans constituent désormais une force culturelle, sociale et politique beaucoup plus visible à New York. Une étude fondée sur des données de 2016 estimait leur nombre à 768.767 dans la ville, soit 8,96% de la population new-yorkaise. Ce chiffre, souvent arrondi à 9%, reste toutefois une estimation ancienne et non un recensement religieux actualisé, les États-Unis ne collectant pas cette information dans leur recensement fédéral.

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Source : Le 360.ma avec AFP

 

 

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