
BBC Afrique – Ils sont nés en Gambie où ils ont grandi, ils parlent les langues locales et n’ont parfois jamais foulé le sol ghanéen d’où sont partis leurs parents il y a 76 ans. Et pourtant, ils restent des étrangers aux yeux de l’administration. À Ghana Town, une communauté issue de pêcheurs ghanéens installés depuis les années 1950 vit dans un inquiétant vide juridique.
Privés de nationalité reconnue et souvent dépourvus de documents d’identité, ces hommes et ces femmes dénoncent une situation qui les exclut de droits fondamentaux et les expose quotidiennement aux contrôles et aux tracasseries des services de l’immigration.
« En ce moment, je ne suis ni Gambienne, ni ghanéenne. Je n’ai pas de documents. Voilà ma situation », a confié Balkis Oumar, une femme âgée d’une cinquantaine d’années, et qui est née à Ghana Town.
Obligés de fuir de père en fils
Emmanuel Dassen est un père de famille âgé d’une trentaine d’années. Dans un ton empreint d’émotions, il raconte à Frédéric Tendeng, le correspondant de BBC News Afrique à Banjul, comment dans sa famille, de père en fils, ils se voient transmettre malgré eux, la triste stratégie de devoir toujours fuir la police de l’immigration.
« J’ai vu mon père fuir la police de l’immigration. Aujourd’hui, mes enfants me voient fuir lorsqu’ils arrivent. Quand ils auront 18 ans, ils devront fuir à leur tour. Nous n’avons pas choisi de naître en Gambie. C’est la volonté divine », indique M. Dassen.
Benjamin Amwah fait partie de ces Ghanéens qui sont les plus adaptés à la société gambienne. Pour preuve, il s’exprime en mandingue, la langue la plus parlée du pays. Son cri de détresse par rapport à leur situation d’apatridie est le signe qu’ils sont poussés à leur dernier retranchement.
« Quand vous appuyez trop fort sur le cou d’un chien et qu’il finit par s’échapper, il vous attaque la prochaine fois que vous le rencontrez. Nous n’en pouvons plus de cette mauvaise expérience », dit-il d’un ton ferme.
Nés et vivant en Gambie sans être reconnus comme des Gambiens, ces milliers de Ghanéens sans papiers vivent une situation très difficile. Ils sont régulièrement pris pour cible par les services de l’immigration qui leur réclament chaque année le paiement d’une carte de séjour.

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Que fait le HCR face à cette situation ?
Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et les autorités gambiennes ne sont pas insensibles à la situation de la communauté de Ghana Town.
L’Assemblée nationale gambienne et le HCR ont commandité une évaluation de la situation des habitants de Ghana Town.
« Sans document, leurs droits fondamentaux sont violés. Ils ne peuvent même pas accéder à un emploi, ni même aux hôpitaux publics. Tant que la loi ne changera pas, ils risquent de vivre cette situation encore pendant des années », explique Omar Camara, point focal du HCR pour les réfugiés et les apatrides en Gambie.
La Gambie a signé deux conventions relatives au statut des apatrides, sans toutefois les ratifier. La domestication de ces conventions constituerait un premier pas vers une amélioration de la situation des habitants de Ghana Town.
La BBC a contacté les autorités ghanéennes pour un commentaire.
Qu’est-ce que l’apatridie ?
La Convention des Nations Unies de 1954 relative au statut des apatrides définit un apatride comme « une personne qu’aucun État ne considère comme son ressortissant par application de sa législation ».
Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), l’apatridie peut résulter de discriminations, de lacunes juridiques, et de bouleversements géopolitiques empêchant une personne d’être reconnue comme citoyenne par quelque État que ce soit.

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Dans son article 25 de la Convention relative au statut des apatrides, le HCR a recommandé aux Etats contractants sur lesquels résident ces derniers de leur fournir un soutien nécessaire lorsque l’exercice d’un droit par ceux-ci nécessiterait normalement le concours d’autorités étrangères auxquelles ils ne peuvent recourir.
Les autorités des Etats devront également délivrer ou faire délivrer aux apatrides les documents ou certificats qui, normalement, seraient délivrés à un étranger par ses autorités nationales ou par leur intermédiaire.
Selon le HCR, les documents ou certificats ainsi délivrés remplaceront les actes officiels délivrés à des étrangers par leurs autorités nationales ou par leur intermédiaire et feront foi jusqu’à preuve du contraire.
Dans l’article 26 de la même convention, il est indiqué dans le cadre de la liberté de circulation, que tout Etat contractant devra accorder aux apatrides se trouvant régulièrement sur son territoire le droit de choisir leur lieu de résidence et d’y circuler librement, sous les réserves instituées par la réglementation applicable aux étrangers en général, dans les mêmes circonstances.
Les Etats contractants devront également délivrer des pièces d’identité à tout apatride se trouvant sur leur territoire et qui ne possède pas un titre de voyage valable, a recommandé la convention à l’article 27.
Des titres de voyage devront également être délivrés aux apatrides résidant régulièrement sur leur territoire pour leur permettre de voyager hors de ce territoire, à moins que des raisons impérieuses de sécurité nationale ou d’ordre public ne s’y opposent, stipule l’article 28.
Mamadou Faye
BBC Afrique
Source : BBC Afrique
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