Vingt-quatre ans après le naufrage du Joola, survenu dans la nuit du 26 au 27 septembre 2002 au large des côtes gambiennes, le Sénégal se recueille à la mémoire des 1 863 victimes officiellement recensées.
À Ziguinchor, ce samedi 26 septembre 2026, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô préside la cérémonie officielle de commémoration. Au-delà de l’hommage aux disparus, cette journée ravive le souvenir d’une tragédie nationale, les souffrances des familles et les questions toujours liées à la sécurité du transport maritime.
Une tragédie gravée dans la mémoire nationale
Il y a 24 ans, le Joola disparaissait dans les eaux de l’Atlantique, emportant avec lui des centaines de familles, des enfants, des étudiants, des travailleurs et des voyageurs qui avaient embarqué pour rallier Dakar depuis la Casamance. Le naufrage de ce ferry, qui assurait la liaison maritime entre Dakar et Ziguinchor, reste l’une des catastrophes les plus meurtrières de l’histoire du Sénégal.
Dans la nuit du 26 au 27 septembre 2002, le bateau chavire au large des côtes gambiennes. Le bilan officiel fait état de 1 863 victimes. Seuls quelques dizaines de passagers ont survécu. Derrière ces chiffres, il y a des vies brisées, des familles endeuillées et une douleur qui, deux décennies plus tard, demeure vive.
Les souvenirs de cette nuit tragique restent profondément ancrés dans la mémoire des rescapés. Le vent violent, la pluie, l’inclinaison brutale du navire, puis le chavirement ont plongé les passagers dans la panique. Les cris, les appels au secours et l’attente des secours ont marqué durablement ceux qui ont vécu le drame.
Al Aminou Lô à Ziguinchor
Ce samedi 26 septembre 2026, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô s’est rendu à Ziguinchor pour présider la cérémonie officielle marquant le 24e anniversaire du naufrage. Accueilli par les autorités locales à sa descente d’avion, il a entamé une journée de recueillement ponctuée par un dépôt de gerbe de fleurs au cimetière de Kanténe et des prières en mémoire des disparus.
La mobilisation des communautés religieuses et coutumières a également marqué cette commémoration. Les imams de Ziguinchor avaient lancé un appel à des prières collectives, tandis que l’Église avait annoncé des offices dédiés aux victimes. Cette convergence des voix spirituelles témoigne de la volonté des différentes confessions de maintenir vivante la mémoire du drame et de soutenir les familles endeuillées.
L’État face à la douleur des familles
Au lendemain du naufrage, les autorités sénégalaises ont annoncé plusieurs mesures d’accompagnement en faveur des familles des victimes et des rescapés. Un dispositif d’indemnisation a été mis en place, avec la création d’une commission chargée d’établir les titres d’indemnisation et d’un fonds dédié aux victimes et à leurs ayants droit.
D’autres mesures ont été annoncées, notamment des aides aux familles, des dispositifs de soutien aux orphelins et des projets destinés à accompagner la Casamance. Toutefois, les modalités et le niveau des indemnisations ont suscité des contestations. Au fil des années, des familles ont continué à réclamer une meilleure prise en charge, la vérité sur les circonstances du naufrage et la reconnaissance de leur préjudice.
L’Aline Sitoé Diatta, symbole de la reprise de la liaison maritime
Le naufrage a également profondément marqué l’organisation du transport maritime entre Dakar et Ziguinchor. Pour assurer la continuité de la desserte, le Sénégal s’est doté d’un nouveau ferry, l’Aline Sitoé Diatta, entré en service en 2008. Ce navire a repris la liaison maritime entre la capitale et la Casamance, devenue essentielle pour les échanges économiques, les déplacements des populations et le désenclavement de la région.
Son arrivée a symbolisé la volonté de rétablir cette connexion entre le Nord et le Sud du pays, tout en inscrivant la sécurité des passagers au cœur des préoccupations liées au transport maritime.
Des leçons qui restent à préserver
Vingt-quatre ans après le drame, le naufrage du Joola rappelle l’importance du respect des règles de sécurité, du contrôle des capacités d’embarquement, de la maintenance des navires et de l’efficacité des dispositifs de secours. La catastrophe avait notamment mis en lumière la surcharge du ferry et les retards dans les opérations de sauvetage.
Mais le devoir de mémoire ne se limite pas à rappeler les circonstances du naufrage. Il consiste aussi à préserver la dignité des victimes, à accompagner les familles et à transmettre aux jeunes générations les enseignements de cette tragédie.
En ce 26 septembre, le Sénégal se souvient. À Ziguinchor, à Dakar et dans les foyers endeuillés, les prières et les hommages rappellent que les 1 863 disparus du Joola ne sont pas de simples chiffres. Ils restent des visages, des histoires et des absences qui traversent le temps. Vingt-quatre ans après, la mémoire demeure, et avec elle, l’exigence de ne jamais oublier.
Cheikh Gora DIOP
Source : Le Soleil (Sénégal)
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