
Agence de Presse Sénégalaise – Le Franco-iranien Morad Montazami, désigné en avril dernier comme directeur artistique de la 16e édition de la Biennale de l’art africain contemporain de Dakar (Dak’art), prévue du 19 novembre au 19 décembre 2026, incarne le symbole d’un pont lancé entre le continent africain et le monde arabe, de par sa double nationalité et sa trajectoire intellectuelle.
Spécialiste de l’histoire de l’art et de la théorie de l’art, ce Franco-Iranien – il est issu du quartier du Pont-de-Sèvres, dans les Hauts-de-Seine, en banlieue parisienne -, considère sa double culture comme un atout lui permettant d’être un relais entre ses deux mondes.
Il ne cache pas sa joie de diriger la direction artistique du Dak’art 2026, pour lequel il est désormais appelé à jouer un rôle de connecteur et d’intermédiaire.
“J’ai travaillé pendant cinq ans à la +Tate Modern+ de Londres (le musée d’art moderne le plus important du Royaume Uni), où j’occupais un poste dédié au Moyen-Orient et à l’Afrique du Nord entre 2014 et 2019. Cela m’a permis d’effectuer beaucoup de voyages entre les deux continents”, confie-t-il dans un entretien avec l’APS, en marge du lancement officiel de cette édition du Dak’art 2026, au Musée des civilisations noires.
Initiateur de la plateforme éditoriale et curatoriale dénommée “Zamân Books et Curanting”, dédiée à l’étude des arts modernes et contemporains africains, arabes et asiatiques et à l’histoire de l’art postcolonial, le commissaire Morad Montazami a dit avoir fait l’option de devenir indépendant pour mieux se connecter avec plusieurs pays et développer une activité consacrée aux livres et aux expositions.
Il a par exemple été co-commissaire de l’exposition “Casablanca Art School”, que la Schirn Kunsthale Frankfurt a abrité en Allemagne en 2023-2024, et des expositions “Présences Arabes”, “Art moderne et décolonisation” et “Paris 1908-1988” au Musée d’art moderne de Paris en 2024, lit-on sur sa biographie publiée sur le site de la biennale de Dakar.
Il prépare actuellement l’exposition “Soleil noir”, consacrée aux rapports entre art contemporain et pétrole, à la Villa Médicis – Académie de France à Rome, pour la période 2026-2027.
En attendant, Morad Montazami ne cache pas sa joie, mais surtout la “grande responsabilité” qui lui incombe de diriger pour la première fois une biennale internationale.
Apporter une petite contribution
“J’ai réalisé des projets avec des musées dans différents pays, mais c’est la première fois qu’on me donne cette opportunité de diriger une biennale. C’est un grand signe d’ouverture”, dit-il.
Il considère que “les liens très forts” qu’il a développés avec des artistes et institutions culturelles d’Afrique lui valent certainement cette “ouverture”.
Mais surtout, il ne tarit pas d’éloges pour le Dak’Art, dont il dit que la notoriété traverse les continents depuis son lancement en 1989.
La biennale de Dakar, dit-il, va lui permet d’apporter sa “modeste contribution” dans “un mouvement plus large” de promotion de l’art et de la culture, en particulier sur le continent africain.
“C’est juste une question d’apporter un petit peu ma touche. C’est aussi une façon pour moi de renouveler la biennale de Dakar, mais surtout d’assurer sa pérennité et de donner envie à tout le monde de continuer à s’inspirer de cette rencontre”, explique le directeur artistique. Sa proposition thématique, intitulée “(Anti) fragilité : arts de la réparation et stratégies du contrecoup”, a été naturellement retenue pour cette édition du Dak’art 2026 dont la République démocratique du Congo est le pays invité d’honneur.
Morad Montazami considère que la biennale de l’art africain contemporain de Dakar a beaucoup résisté pour sa pérennisation, en comparaison d’autres manifestation de même type organisées sur le continent africain, comme la biennale de Johannesburg en Afrique du Sud.
“Je suis surtout un admirateur de cette biennale de Dakar que j’avais visitée il y a déjà une dizaine d’années et qui m’avait beaucoup inspiré, car j’avais senti une biennale ancrée dans la société, dans laquelle il n’y a pas de notion d’élitisme et où les artistes sont proches du public, où les publics sont très variés, des enfants jusqu’aux adultes”, indique-t-il.
La dimension “inclusive, populaire, rassembleuse et fédératrice” de Dak’art le distingue de nombreuses autres manifestations organisées en Occident par exemple, ajoute-t-il.
“Ce qui est surtout intéressant, c’est de pouvoir participer à ce mouvement, et surtout d’apporter ma contribution en faisant en sorte que la biennale de Dakar soit de plus en plus pérenne”, insiste Morad Montazami.
Une touche écologique
Pour ce faire, le directeur artistique du Dak’art 2026 a l’ambition de laisser ses empreintes à tous les niveaux de cette rencontre internationale.
Tout est réfléchi pour atteindre les objectifs fixés avec son équipe curatoriale comprenant des commissaires associés et de chercheurs spécialisés chargés d’accompagner les réflexions théoriques, la scénographie et le suivi des artistes de la sélection officielle.
Il s’agit de la Française Madeleine de Colnet, qui co-dirige avec Morad Montazami la plateforme éditoriale et curatoriale ‘’Zamân Books et Curating’’, de la Sénégalaise Oulimata Guèye, critique d’art, curatrice indépendante et enseignante.
Il y a aussi au sein de l’équipe de Mourad, la Française Delphine Lopez, commissaire d’exposition, historienne de l’art et critique d’art basée à Dakar, la Sénégalaise Fatima Bintou Rassoul Sy, commissaire d’exposition basée à Dakar, et du Franco-Sénégalais Youssouf Fofana, entrepreneur, designer et directeur artistique de la section design du Dak’art 2026.
L’équipe a déjà proposé les 54 artistes visuels sélectionnés pour l’Exposition internationale du Dak’art 2026 et les 21 artistes retenus pour la section design.
Le directeur artistique a aussi dévoilé, le 24 septembre dernier, le nom du “Grand témoin” du Dak’Art 2026, le Marocain Faouzi Laatiris, figure majeure de l’art contemporain et de la pédagogie artistique dans son pays.
L’édition 2026 du Dak’art va également rendre hommage au peintre et sculpteur sénégalais Abdoulaye Niokhor Bob dit “Ngoor”, décédé en 2017.
“On va travailler sur les notions d’écologie, dans des espaces verts de l’ancien palais de justice, où l’on va essayer de transformer cette architecture très imposante et très massive, en apportant un peu de douceur, de paix, d’atmosphère fédératrice […]”, explique-t-il.
Au-delà des notions écologiques, le directeur artistique de Dak’art 2026 prévoit également d’occuper des abris et refuges à travers “l’art-thérapie”, une manière de mettre en exergue comment les artistes créent des refuges et comment l’art peut être un refuge.
“On va aussi travailler avec les hôpitaux psychiatriques de Dakar sur l’art-thérapie. Dans ce projet, nous aurons des enfants, des patients, des hôpitaux comme l’hôpital Principal ou le Centre national hospitalier de Fann”, note-t-il, avant de préciser qu’il s’agira d’ouvrir la biennale à une catégorie déjà prise en compte lors des précédentes éditions.
Pour mener à bien la mission confiée à la direction artistique du Dak’art 2026, Morad Montazami et son équipe curatoriale comptent également s’inspirer du “dialogue diasporique”, ce qui permettra de “relier des espaces insulaires, des archipels”, ou encore “des territoires d’outre-mer”.
Une telle démarche vise avant tout à fédérer des artistes dont les œuvres sont “invisibles”.
Créer des espaces de dialogue
“Il y aura de la peinture, la vidéo, l’installation, la performance, le dessin, des installations immersives, beaucoup de rapports à la nature, des artistes qui travaillent avec la nature, des éléments naturels et organiques qui pensent aussi la terre, au sens organique, géologique”, fait-il valoir, en parlant de la composition artistique attendue de la prochaine Biennale de Dakar.
Au terme du Dak’Art, Morad Montazami veut continuer à travailler avec sa plateforme pour essayer de continuer à relier le monde arabe et l’Afrique.
“Ma perspective, c’est de continuer à créer ces dialogues et à collaborer avec des artistes innovants, inspirants qui peuvent être d’Afrique du Sud, du Sénégal, du Maroc, etc.”, poursuit-il.
Il se considère comme un “connecteur”, qui relie non seulement les artistes et les maisons d’éditions, mais aussi les plateformes culturelles, les associations et la société civile.
AMN/FKS/BK
Source : Agence de Presse Sénégalaise (APS)
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