
L’initiative de Ould Ghazouani d’un forum des communautés mauritaniennes de la diaspora à Nouakchott, est perçue par les observateurs comme un espace de vérité, un lieu où les Mauritaniens de l’extérieur prennent enfin la parole sur leur vécu, leurs luttes, leurs humiliations administratives, leurs fractures identitaires, leurs espoirs politiques.
Dans la réalité, cette rencontre à Nouakchott qui devait réunir travailleurs, étudiants, professeurs, réfugiés, militants et des acteurs politiques toutes tendances confondues, est considérée comme un événement calibré pour la communication. Au-delà c’est un rituel où l’État se donne bonne conscience sans jamais affronter les réalités que la diaspora porte sur ses épaules depuis des décennies. Un forum qui ne parle pas des discriminations structurelles, des violences de 1989–1991, de la marginalisation des composantes négro-africaines et harratines et des arrestations arbitraires, n’est pas un forum de la diaspora. Ce qu’elle demande c’est une reconnaissance politique, une place dans la décision, un État qui respecte ses citoyens où qu’ils soient. Les vraies questions pourraient être évitées : citoyenneté, droits, représentativité parlementaire toujours symbolique, services consulaires défaillants, parfois humiliants. C’est un forum qui dévoile la fragilité de la gouvernance de Ould Ghazouani. Pour neutraliser l’instrumentalisation, la diaspora doit organiser son propre forum qui concurrence directement les événements officiels.
Cherif Kane
Coordinateur journaliste
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