Depuis 2019, le président Ould Ghazouani a vendu l’idée d’une transition vers un État civil, apaisé, démocratique. A la place, sept ans de continuité sous camouflage civil.
En effet, Ould Ghazouani n’a jamais rompu avec l’ADN militaire. Héritier de ce pouvoir militaire en succédant au général Ould Aziz, il est élu en juin 2019 avec 52 % des voix dès le premier tour et réélu en juin 2024 dès le premier tour avec 56 % des suffrages. Le septennat Ghazouani n’a pas brisé cette logique. Il l’a institutionnalisée. Le cœur du système c’est une armée qui gouverne sans apparaître mais laissant apparaître des inégalités avec moins de bruit et plus de contrôle sans la confrontation en anesthésiant l’opposition avec une normalisation progressive depuis 2019. Le septennat Ghazouani n’a pas démilitarisé le pouvoir qui procède par des nominations monocolores aux plus hautes fonctions des hauts gradés. Les Mauritaniens restent toujours durablement installés dans la pauvreté qui a augmenté de plus de 2 points entre 2019 et 2023 pour atteindre plus de 34 pour cent durant le premier mandat. La croissance ne profite qu’à une minorité et les inégalités se creusent. La corruption est structurelle. Elle se manifeste depuis 2019 par des nominations stratégiques basées sur des loyautés, des budgets opaques impossibles à auditer et des marchés publics sécuritaires attribués sans concurrence indexés par l’IGE et la cour des comptes sans suite judiciaire. Après un septennat au pouvoir, Ould Ghazouani a institutionnalisé les promotions pour récompenser la fidélité, pas la compétence. Les grandes fortunes bénéficient d’une protection sécuritaire. Certains secteurs comme les hydrocarbures, le gaz, la pêche industrielle et le foncier urbain, sont tellement sensibles qu’ils sont sous influence directe ou indirecte des réseaux militaires. Ghazouani n’a pas cherché à redistribuer les cartes. Il a cherché à stabiliser les alliances notamment tribales. Le pouvoir réel n’a jamais quitté les casernes : il s’est juste habillé en costume républicain.
Cherif Kane
Coordinateur journaliste
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