La diaspora – La Mauritanie doit apprendre à additionner toutes ses forces

L’annonce faite ce mercredi [16 septembre] en Conseil des ministres mérite que l’on s’y arrête. Du 29 au 31 octobre prochain, Nouakchott accueillera le Forum des communautés mauritaniennes établies à l’étranger, avec une ambition large, renouer et structurer le dialogue avec nos compatriotes vivant hors du pays, entendre directement leurs préoccupations, mieux coordonner leur accompagnement, valoriser leur potentiel économique, social et culturel et, surtout, mobiliser leurs compétences au service du développement national. Il faut saluer cette initiative, simplement, sans emphase et sans calcul partisan. Une bonne orientation reste une bonne orientation, qu’elle vienne du pouvoir que l’on soutient, de celui que l’on critique ou d’une administration dont on attend davantage.

Nous avons trop souvent réduit la diaspora à quelques images commodes, les transferts d’argent, les demandes de passeports, les difficultés consulaires. Elle est pourtant infiniment plus que cela. Elle est faite de médecins, d’ingénieurs, d’enseignants et de chercheurs, de juristes, d’entrepreneurs, de cadres internationaux et d’étudiants qui seront demain tout cela à leur tour, des femmes et des hommes qui continuent, souvent sans bruit, à regarder vers leur pays, à y investir, à y accompagner un projet, et à se demander quelle place la Mauritanie souhaite réellement leur donner. Cette richesse existe déjà, nous n’avons pas à la créer, nous avons seulement à apprendre à l’organiser. C’est peut-être là, au fond, l’opportunité offerte par ce Forum, passer progressivement d’une diaspora que l’administration gère à une diaspora que la nation associe.

Cela demande évidemment davantage que trois journées de discussions. Les discours auront leur utilité, les doléances devront être entendues. Mais lorsque les micros seront éteints et que les salles se seront vidées, une question restera entière, qu’allons-nous construire? Il faudra savoir qui sont réellement les Mauritaniens capables et désireux de contribuer, où se trouvent nos médecins spécialistes, nos ingénieurs, nos chercheurs, nos experts du numérique, de l’énergie, de l’agriculture ou du droit, et qui parmi eux est prêt à transmettre une compétence, à ouvrir un réseau, à investir, ou à revenir, quelques mois ou définitivement. Voilà le vrai chantier, celui qui commence précisément là où s’arrêtent les discours. Cette question, je la porte depuis longtemps dans mes réflexions sur le dialogue national et notre doctrine diplomatique, la diaspora est aussi une réserve de compétences, d’influence et de crédibilité. Il ne suffit plus de maintenir avec elle le lien affectif, il faut désormais organiser le lien utile, avec des procédures lisibles et des interlocuteurs identifiés, pour qu’un médecin, un chercheur ou un entrepreneur sache à quelle porte frapper.

Il faudra aussi regarder sans complexe la question du retour. Le retour ne doit plus être imaginé comme le grand saut définitif où l’on fermerait une vie à Paris, Dakar ou Montréal pour en recommencer une autre à Nouakchott. On peut revenir pour enseigner un semestre, monter une entreprise, accompagner un projet, ou investir dans sa région d’origine sans quitter son activité à l’étranger. Un ingénieur de Paris peut travailler sur un projet à Nouadhibou, un médecin de Bruxelles peut accompagner une équipe à Kiffa, un entrepreneur d’Abidjan peut investir à Rosso, un chercheur de Dakar peut collaborer avec Nouakchott.

Le pays ne s’arrête plus à ses frontières administratives dès lors que ses citoyens restent reliés à lui. Mais cette responsabilité ne repose pas uniquement sur l’État. Il est facile de regarder le pays de loin et de le commenter. Si nous voulons être considérés comme une force du projet national, nous devons aussi transmettre ce que nous avons appris, ouvrir nos carnets d’adresses, soutenir les jeunes et prendre notre part de responsabilité. Le pays doit faire une place à sa diaspora, et la diaspora doit à son tour prendre sa place dans le pays.

De Nouakchott à Néma, de Rosso à Nouadhibou, de Kaédi à Kiffa, et bien au-delà de nos frontières, la Mauritanie doit apprendre à additionner toutes ses forces. Ce Forum peut être une étape dans cette direction, à condition qu’on lui donne une suite, car un Forum réussit moins par le nombre de discours qui y sont prononcés que par ce qu’il rend possible après sa fermeture. Partir ne doit jamais signifier sortir du projet national. Et revenir, sous quelque forme que ce soit, ne devrait jamais devenir un parcours du combattant.

 

Mansour LY

 

 

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