Mauritanie – Le syndrome du 3ème mandat : Au secours, il revient !

Le Calame – Depuis quelque temps, le syndrome du troisième mandat refait surface en Mauritanie. Les observateurs et bloggeurs sérieux en parlent comme avec certitude. Un diplomate a même mis les pieds dans le plat. Les questions que l’on se pose est de savoir qui sont derrière cette vente de mèche et quelles sont leurs véritables intentions ? Sur la première question, on pense tout d’abord à ceux qui tentent de brouiller le second et dernier mandat d’Ould Ghazouani. Dès le lendemain de son investiture pour le second et dernier mandat, certaines voix ont en effet vendu sa succession ; des noms de potentiels successeurs ont même circulé, au point que le président de la République a dû siffler comme la fin de la récréation, lors de sa tournée au Hodh ech-Charghi.

Face à des déclarations de citoyens, mais aussi de certains cadres mettant en avant de hauts responsables locaux, avec surtout un accent tribal préoccupant, Ould Ghazouani a laissé entendre que ceux qui s’engagent dans une campagne prématurée n’ont pas de place à ses côtés, sa préoccupation étant de parachever son mandat par la mise en œuvre de ses engagements électoraux envers le peuple mauritanien qui lui a renouvelé sa confiance en le réélisant pour un second mandat en Juin 2024. Il était parti au Hodh ech-Charghi pour justement inaugurer et poser les premières pierres de divers projets structurants.

Nombre d’observateurs avaient alors cru que des têtes allaient tomber, sanctionnant ceux qui avaient la témérité de cautionner lesdits errements au Hodh. Le Président avait mis en garde les ministres et hauts responsables du pays de tenir des propos et poser des actes à caractère tribal, régional, népotique…  réitérant, en quelque sorte, ses discours de Ouadane et de Djéol sur l’unité nationale et la cohésion sociale. Rien ne fut pourtant fait. Ceux qui nourrissent des ambitions présidentielles continuent à tirer les ficelles dans une sorte d’ombre en clair-obscur. Comme si de rien n’était. Pourrait alors croire que le palais cautionne ces gesticulations ?

C’est également dans un contexte politique marqué par les préparatifs d’un dialogue national qu’intervient le syndrome du 3ème mandat. Un symptôme qui avait déjà agité la fin du mandat de l’ex-président Mohamed ould Abdel Aziz, à ces différences près que celui-là était intervenu à la fin dudit mandat et que c’étaient probablement ses compagnons d’armes qui l’avaient lâché en plein vol. Ceux qui ne juraient que par lui avaient fini par retourner leur veste pour entrer dans la grâce des généraux à la retraite ou en activité. Un match rapidement plié. Ghazouani fut coopté par son ami de quarante ans qui finira par lâcher, lors d’une interpellation de journaliste que celui-là n’était pas son candidat… En tous les cas, les deux amis joueront le jeu jusqu’à l’investiture, devant les caméras et en présence des chefs d’État et de délégations venus d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Europe, saluant tous l’expérience mauritanienne et le respect de la Constitution, dans un contexte africain marqué par la tentation de tripoter celle-ci et de faire sauter les limitations de mandat, quitte à parjurer.

Tenez-bon, Président !

Pourtant les mauritaniens patriotes ne manquent pas de mesurer les risques au bout d’une telle aventure. Car il s’agit bien, en vérité, d’une aventure, surtout dans notre pays où certains se croient élus et attendent leur tour au soleil. Au lendemain de son élection puis réélection, le président Ghazouani a entrepris de décrisper la tension politique de dix ans entre son prédécesseur et l’opposition, réussissant à normaliser, en quelque sorte, les rapports avec celle-ci. Certes, quelques crispations demeurent, mais on a noté des progrès sur ce point. Et c’est dans cet esprit qu’il a convoqué un dialogue politique national, en vue justement de régler des problèmes majeurs du pays, dans un consensus entre les acteurs politiques. Une initiative saluée et encouragée par la classe politique, exceptés les faucons du système qui chercheraient à torpiller le processus préparatoire…

Sinon, comment comprendre les lenteurs observées depuis le début du processus ? Plus de six mois de concertations et plus de quatre pour décortiquer le rapport du facilitateur du dialogue, avec, à l’arrivée, un congrès du principal parti de la majorité qui s’est doté d’un nouveau président et de nouvelles instances. Alors que l’opinion s’attendait à un calendrier annonçant le lancement du dialogue, l’INSAF s’est lancé dans une vaste campagne d’explication des résultats de son congrès et se prépare pour une campagne de réimplantation, ce qui pourrait lui servir de prétexte pour traîner les pieds au dialogue. À en croire des informations au sortir de la rencontre entre les pôles politiques et le facilitateur de celui-ci, la majorité aurait expliqué qu’elle ne serait pas prête pour le démarrage des débats, alors que l’opposition s’y est estimée fin prête. Du coup, le facilitateur aurait signifié aux uns et aux autres qu’il leur ferait une proposition de calendrier pour aller vite, et la leur soumettrait… le lundi 2 Février.

Sommes-nous en train de voir tout le processus tomber à l’eau ? Le président Ghazouani, qui avait décidé de convoquer le dialogue sans pression aucune et s’était fortement impliqué pour ses préparatifs et sa réussite, pourrait-il accepter de voir tous ses efforts sabordés, comme en 2023, sur l’autel des intérêts de groupuscules opposés à toute idée d’une Mauritanie apaisée ? Une Mauritanie où tout un chacun aura sa place, comme l’a dit récemment le Premier ministre, à l’occasion du banquet qu’il a organisé en l’honneur des députés ? Ces questions taraudent tous les patriotes soucieux de la stabilité du pays et de ses institutions. S’aventurer dans un débat pour un 3ème mandat ou tout autre modification d’articles relatifs à la limitation de celui-ci pourrait faire planer de gros nuages sur le pays. On sait qu’en Mauritanie, il y a toujours eu des thuriféraires prêts à justifier et défendre l’indéfendable pour des intérêts idéologiques, politiques, tribaux, régionaux ou communautaires.

Pour l’opposition, disait Sidi Ould El Kory, porte-parole de l’Assemblée générale de l’opposition, tout projet de discussion sur le nombre ou la durée du mandat constitue une ligne rouge et, au cours d’une de ses conférences de presse, Lô Gourmo Abdoul, vice-président de l’UFP, avait averti que l’opposition n’acceptera pas d’en parler, le sujet est clos ; Samba Thiam, président des FPC, affirmait pour sa part qu’une fois la question avancée par la majorité, l’opposition s’y opposera. Une condition que les partisans du 3ème mandat pourraient cependant agiter pour bloquer davantage le processus de dialogue que Ghazouani voudrait inclusif et sans sujet tabou. C’est peut-être ce qui a poussé certains à vouloir introduire cette question de modification de la Constitution dans les sujets à débattre au cours du dialogue.

Lorsque ce problème s’est posé avec Ould Abdel Aziz, de grands juristes, politologues, idéologues de tout acabit, voire oulémas, sont montés sur leurs grands chevaux pour soutenir la modification de la Constitution. Le VAR est encore disponible. Méfiance alors ! Espérons que le président Ghazouani, quelles que soit les tentations et les pressions, ne succombera pas aux visiteurs de nuit…

 

 

 

Dalay Lam

 

 

Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

 

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