Mauritanie : le paradoxe de la politique oasienne et tensions foncières au Sud

Après une semaine de campagne de pulvérisation des palmiers dattiers au Tagant, les observateurs reviennent cette semaine sur le paradoxe de la politique oasienne menée depuis 2019 suscitant des interrogations par rapport aux tensions foncières au Sud.

Ce paradoxe remonte sous la présidence de Mokhtar Ould Daddah dès les premières heures de l’indépendance. Le chef de l’Etat va s’inspirer des atouts de la conquête française en Afrique et notamment au Sénégal et en Mauritanie sur les peuls de la vallée au service de l’Etat et non de leur communauté ethnique pour asseoir la domination politique et économique des Maures comme en témoigne Bah Mamadou Alassane, le président du parti PLEJ (Parti pour la liberté l’égalité et la justice). L’ancien ministre confie à un écrivain que Ould Daddah les avait utilisés comme Nègres de service, en préparant en douceur ses frères maures pour assoir leur domination politique et économique. Selon l’ancien diplomate, des sources sûres avaient révélé à l’époque que les prêts bancaires étaient accordés aux paysans et éleveurs. Et de poursuivre que ceux qui cultivaient les palmiers et les éleveurs de chameaux devaient recevoir d’ailleurs un prêt supérieur ou égal à 500 000 UM. P

our ceux dont l’agriculture dépendaient de crues pluviales et pour les éleveurs de moutons et de vaches, leur prêt bancaire serait évalué au maximum à 100 000 UM. C’est clair, ce système de déséquilibre territorial est toujours d’actualité avec un État qui investit massivement dans les oasis tout en poursuivant une politique d’appropriation des terres fertiles de la vallée du fleuve Sénégal. Il s’agit donc de deux politiques agricoles opposées mais complémentaires pour l’Etat. Des prêts internationaux, systèmes d’irrigation, réhabilitation des oasis de l’Adrar, du Tagant et des Hodhs. À l’inverse, dans la vallée du fleuve Sénégal, l’État utilise la réforme foncière de 1983, qui lui permet de saisir les terres jugées « non mises en valeur », pour les redistribuer à des investisseurs et hommes d’affaires. En renforçant les oasis et en fragilisant les terres agricoles de la vallée, l’État accentue les lignes de la fracture sociale et en même fragilise la sécurité alimentaire. L’objectif d’autosuffisance alimentaire d’ici 2029 n’est qu’un simple vœu pieux.

 

 

Cherif Kane

Coordinateur journaliste

 

 

 

(Reçu à Kassataya.com le 10 mars 2026)

 

 

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