Il y a des nations qui parlent beaucoup pour éviter de penser juste. La polémique autour du troisième mandat en est, en ce moment, l’illustration presque parfaite.
Depuis quelques jours, la suspicion s’est installée. Une partie de l’opposition a cru lire dans le dialogue national une tentative masquée d’introduire la question. D’autres ont démenti. Le Président lui-même a levé l’ambiguïté, au moins indirectement. Et pourtant le débat persiste, comme s’il avait besoin de vivre indépendamment des faits. Alors posons la question clairement. Pourquoi continuer à débattre de ce qui, juridiquement et politiquement, ne peut pas advenir ?
La Constitution mauritanienne a verrouillé cette question avec une rigueur rare. La limitation du nombre de mandats figure parmi les dispositions explicitement sanctuarisées, que nul processus ordinaire ne peut remettre en cause. C’est l’un des acquis institutionnels les plus solides du pays, et les conditions politiques actuelles n’autorisent aucun glissement en ce sens. Insister sur ce sujet n’est pas de la vigilance. C’est du bruit. Et le bruit a toujours un coût. il détourne du réel.
Ce que cette polémique révèle est, au fond, plus préoccupant que son objet apparent. Elle dit la méfiance persistante entre les acteurs politiques. Elle dit la difficulté à hiérarchiser les priorités dans un moment qui exige l’inverse. Elle dit, surtout, cette vieille habitude de se réfugier dans les débats symboliques pour ne pas regarder les vrais chantiers en face. Pendant que nous débattons d’un scénario verrouillé, le pays avance sous tension. Les fragilités économiques s’approfondissent. Les pressions sociales s’accumulent. Et l’environnement sahélien, lui, n’attend pas. C’est là que se joue l’avenir. Pas ailleurs. Le dialogue national ne peut pas être un espace de soupçons permanents. Il ne peut pas être le théâtre où chacun vient rejouer ses peurs ou consolider ses lignes de front. Pour être utile, il doit être autre chose . Un moment de vérité, un moment de responsabilité, un espace où l’on accepte enfin de parler du fond.
La vraie question est celle de la jeunesse une génération qui n’a plus la patience d’attendre des discours et qui regarde ailleurs avec responsabilité que nous devrions trouver inquiétante. Derrière elle, les questions s’enchaînent naturellement. Comment construire une économie qui résiste, comment préserver une cohésion nationale que les tensions silencieuses grignotent, comment tenir dans une région sahélienne qui, autour de nous, continue de basculer vers le chaos ? Voilà les questions. Le reste est diversion.
Quand un pays s’acharne à débattre de ce qui est verrouillé, c’est souvent qu’il préfère ne pas regarder ce qui se fragilise. La vraie épreuve n’est pas constitutionnelle. Elle est politique, dans le sens le plus exigeant du terme . Sommes-nous capables de dépasser nos réflexes pour construire quelque chose qui dure ? L’histoire ne retiendra pas nos soupçons. Elle retiendra notre capacité, ou notre incapacité, à avoir été à la hauteur du moment. Ce pays n’a pas besoin de plus de bruit. Il a besoin de lucidité, de courage et d’une intelligence collective qui accepte de regarder l’essentiel en face. Ce choix nous appartient. Il est urgent.
Mansour LY
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