
La vague de départs à la retraite qui s’annonce dans la fonction publique n’est pas un simple rendez-vous administratif. Elle constitue un révélateur des fragilités accumulées au fil des années et pose une question fondamentale : l’État a-t-il préparé sa relève ?
La réponse, au regard de la situation actuelle, suscite des interrogations. Pendant trop longtemps, le renouvellement des compétences a été repoussé, tandis que de nombreux jeunes diplômés restaient aux portes de l’administration. Faute d’une politique de transmission des savoirs et d’intégration progressive des nouvelles générations, le départ de nombreux cadres risque aujourd’hui de créer un vide que l’urgence ne saurait combler.
Cette transition intervient dans un contexte particulièrement exigeant. Les citoyens font face à des difficultés d’approvisionnement, à des coupures récurrentes d’eau et d’électricité, à des ruptures de médicaments essentiels, à une offre de soins qui peine à inspirer confiance, ainsi qu’à une gestion du foncier souvent source de conflits et d’insécurité juridique. À cela s’ajoutent des infrastructures défaillantes, des problèmes d’assainissement persistants et des inondations qui reviennent chaque hivernage, faute d’anticipation suffisante.
Pris isolément, chacun de ces dysfonctionnements appelle une réponse. Réunis, ils dessinent une réalité plus préoccupante : celle d’un appareil administratif qui peine à répondre avec efficacité aux attentes des citoyens. Au-delà des difficultés quotidiennes qu’ils engendrent, ces problèmes affectent l’image de l’État, fragilisent la confiance dans les institutions et interrogent la capacité de l’administration à assurer pleinement ses missions.
La vague des retraites offre pourtant une opportunité rare : celle d’engager un véritable renouvellement. Encore faut-il que les nominations répondent à des critères de compétence, d’intégrité, de mérite et de performance. Cette transition ne devrait pas se limiter à remplacer des hommes par d’autres ; elle devrait être l’occasion de moderniser les méthodes de gestion, de valoriser les résultats et de renforcer la culture de la responsabilité.
La Mauritanie dispose d’une jeunesse compétente, formée dans les universités nationales et à l’étranger. Pendant des années, cette jeunesse est restée insuffisamment associée à la conduite des affaires publiques. Aujourd’hui, elle représente un potentiel qu’il serait difficile d’ignorer. Lui offrir sa place dans l’administration, tout en assurant la transmission de l’expérience des générations qui partent, constitue un enjeu majeur pour la continuité de l’État.
Les citoyens n’attendent plus seulement des annonces. Ils attendent des résultats : des services publics plus efficaces, un accès régulier à l’eau et à l’électricité, des médicaments disponibles, un système de santé crédible, une gestion foncière transparente et une administration capable d’anticiper plutôt que de subir.
La retraite des anciens marque la fin d’un cycle. Elle peut aussi ouvrir celui du renouveau. À condition que cette transition soit guidée par une vision, le sens de l’intérêt général et la volonté de restaurer la confiance entre l’État et les citoyens. C’est à cette aune que sera jugée l’action publique dans les années à venir.
Hamada Bneijara
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