Mauritanie – La coexistence entre l’arabe, le français et les autres langues nationales.

Cette chronique du brillant journaliste sénégalais Charles Faye interpelle, à bien des égards, tant elle fait écho au contexte mauritanien. Elle renvoie à un débat qui continue de traverser notre société : celui de la coexistence entre l’arabe, le français et les autres langues nationales.

Notre Constitution consacre l’arabe comme langue officielle de l’État. C’est un choix souverain, parfaitement légitime, qui s’inscrit dans notre histoire, notre identité et notre héritage culturel. Mais cette réalité institutionnelle ne saurait justifier une hostilité envers le français, encore moins envers l’anglais, devenu aujourd’hui la langue de la science, de la technologie, de l’innovation et des échanges internationaux.

Les langues ne sont pas des adversaires ; elles sont des instruments de savoir, d’ouverture et de développement. Opposer les langues, c’est s’infliger des barrières inutiles dans un monde où le multilinguisme constitue un atout stratégique. Les nations qui réussissent sont précisément celles qui ont compris qu’il est possible de préserver leur identité tout en maîtrisant les langues étrangères.

La Mauritanie gagnerait à dépasser les querelles idéologiques pour promouvoir une véritable culture de la complémentarité linguistique. Défendre l’arabe ne signifie pas combattre le français ou ignorer l’anglais. Au contraire, la maîtrise de plusieurs langues est une richesse qui renforce la compétitivité de notre jeunesse, favorise l’accès au savoir et ouvre les portes du monde.

En définitive, la véritable question n’est pas de savoir quelle langue il faut rejeter, mais comment faire de chacune d’elles un levier au service de l’intelligence, de la connaissance et du progrès national.

 

Moussa Khairy

 

 

 

Suggestion Kassataya.com

 

CHRONIQUE D’UN CONTEMPORAIN – PENSER LE SENEGAL A HAUTE VOIX

Certes, le français n’est pas notre identité, mais l’ignorance ne sera jamais notre souveraineté Il est des débats qui en disent davantage sur une nation que tous les discours politiques réunis.  Le rejet grandissant du français au Sénégal est de ceux-là. Il ne s’agit plus seulement d’une question de langue. Il est devenu un marqueur idéologique, un acte militant, parfois même un brevet de patriotisme.

À écouter certains, parler un français correct serait presque une faute morale. Une trahison de ses racines. Comme si la qualité de notre pensée se mesurait désormais à notre capacité à mal parler la langue dans laquelle nous avons pourtant été instruits pendant treize longues années avant le cycle universitaire.

Treize ans. Treize années d’école primaire et secondaire. Treize années à apprendre les mathématiques, la physique, la chimie, la biologie, l’histoire, la philosophie, le droit, l’économie, la littérature… en français. Puis l’université. Des mémoires. Des thèses. Des diplômes.

Et pourtant… Combien de diplômés sont aujourd’hui incapables de soutenir une argumentation cohérente dans cette langue ? Combien peinent à rédiger une lettre administrative, un rapport professionnel ou à défendre une idée sans que les mots ne leur échappent ?

La question est dérangeante. Elle est pourtant incontournable.

Soyons clairs. Le français n’est pas notre langue maternelle. Il n’est pas notre identité. Il n’est pas notre histoire profonde. Mais il est, aujourd’hui encore, l’un des principaux outils de transmission du savoir, de l’administration, de la recherche, de la diplomatie et de la coopération internationale.

Confondre l’outil avec le maître est une erreur. Refuser l’outil est une faute. Le Japon enseigne en japonais et maîtrise parfaitement l’anglais lorsqu’il faut commercer avec le monde. La Chine forme en mandarin tout en exigeant l’anglais dans ses universités. Le Rwanda a changé de langue d’enseignement sans jamais renoncer à l’excellence linguistique.

Les grandes puissances n’opposent jamais identité et compétence. Elles accumulent les deux. Pourquoi voudrions-nous choisir entre le wolof et le français ? Pourquoi opposer le pulaar aux sciences ? Pourquoi faire croire qu’aimer nos langues impose de mal maîtriser celle dans laquelle fonctionne encore une grande partie de nos institutions ?

Le véritable patriotisme ne consiste pas à remplacer une ignorance par une autre. Notre tragédie n’est pas de parler français. Notre tragédie serait de ne maîtriser parfaitement ni le français… ni nos langues nationales.

Nous créerions alors une génération suspendue entre deux univers, incapable d’exprimer toute la richesse de sa pensée dans l’un comme dans l’autre. Et pendant que nous débattrons de symboles, le monde recrutera des compétences.

Hier, les Sénégalais occupaient des postes prestigieux dans les organisations internationales, les banques africaines, les agences des Nations unies, les institutions régionales et les grandes entreprises.

Pourquoi ? Parce qu’ils étaient réputés pour la qualité de leur formation. Pour leur rigueur intellectuelle. Pour leur élégance d’expression. Pour leur capacité à écrire, convaincre, négocier et représenter.

Le savoir ouvrait les frontières. Aujourd’hui, la concurrence est féroce. Le Ghana forme des anglophones compétitifs. Le Maroc investit massivement dans les langues. Le Rwanda avance. Le Kenya accélère. Le Nigeria impose son poids démographique et linguistique. Et nous ?

Nous débattons pour savoir s’il faut encore parler correctement la langue dans laquelle nous obtenons nos diplômes.

Le monde, lui, ne recrutera ni nos frustrations ni nos slogans. Il recrutera ceux qui savent. Ceux qui écrivent. Ceux qui pensent. Ceux qui convainquent. Ceux qui communiquent.

Car les langues sont des ponts. Jamais des prisons.

L’Afrique a besoin de réhabiliter ses langues nationales. Absolument. Il est même urgent de produire davantage de connaissances scientifiques, juridiques, économiques et médicales en wolof, en pulaar, en sérère, en diola, en soninké et dans toutes nos langues.

C’est cela, la véritable souveraineté intellectuelle. Mais en attendant que cette révolution soit pleinement accomplie, pourquoi sacrifierions-nous l’outil qui nous permet d’accéder au savoir mondial ?

La souveraineté n’est pas l’autarcie. L’authenticité n’est pas le repli. La dignité n’est pas le refus d’apprendre. Un peuple libre ne craint aucune langue. Il les maîtrise toutes.

Car chaque langue supplémentaire est une liberté supplémentaire. Chaque langue maîtrisée est un marché supplémentaire. Chaque langue parlée est une frontière qui tombe.

Le vrai combat n’est donc pas entre le français et nos langues nationales. Le vrai combat oppose la compétence à la médiocrité. La connaissance à l’approximation. L’excellence aux excuses.

Le Sénégal n’a pas besoin de citoyens qui parlent moins de langues. Il a besoin de citoyens qui parlent mieux. Le wolof avec fierté. Le pulaar avec amour. Le sérère avec respect. L’anglais avec ambition. Le français avec précision. Et surtout… Le langage universel de la compétence.

Au bout du compte, ce ne sont jamais les langues qui humilient les peuples. C’est l’abandon de l’excellence. Car les nations ne se développent pas en choisissant entre leurs racines et le monde, elles grandissent lorsqu’elles transforment leurs racines en force pour conquérir le monde.

Le patriotisme n’est pas le refus des langues étrangères, il est la capacité de faire rayonner sa propre intelligence dans toutes les langues qui ouvrent des portes.

 

 

Peut être une image de une personne ou plus, barbe, salle de presse et texte

Charles FAYE
Maderpost

 

 

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