Mauritanie – HABY AU PARLEMENT : L’IRRUPTION DU RÉEL DANS L’HÉMICYCLE

Une affranchie ; une affranchie récente ; dénuée de formation universitaire, dépourvue de titres, vierge de tout viatique académique. C’est en cela même que réside l’ascension qui fait la grandeur d’une Nation.

Car, qu’est-ce que la grandeur d’une Nation, sinon la capacité qu’elle a à se hisser au-dessus de son propre déterminisme, à extraire, de ses marges les plus obscures, de ses nuits les plus longues, la lumière de sa représentation ?

Son parcours est admirable ; non pas d’une admiration convenue, mais d’une admiration ontologique. Il est admirable parce qu’il est l’incarnation même de la résilience anthropologique. Ce n’est point là une ascension de synthèse, fabriquée dans les laboratoires du népotisme, adoubée par les salons feutrés de Nouakchott et les filiations de sang : c’est une femme qui s’extirpe des limbes de la servitude, qui s’arrache à l’archéologie de l’asservissement, pour pénétrer le front haut et le pas souverain dans le sanctuaire de la représentation nationale.

Et, de ce fait, les petits racistes du Parlement ne dorment plus.

Tant mieux !

Elle a, par sa seule présence, banalisé leur prestige usurpé ; elle a profané leur totem. Durant des décennies, ils avaient fait de l’hémicycle un cénacle, un temple réservé aux héritiers ; un conclave où le mandat se transmettait comme une rente foncière, comme un bien meuble, de père en fils, d’oncle en neveu. Le Parlement était devenu leur apanage, leur chasse gardée, leur entre-soi endogamique.

Haby vient d’en fracturer la porte. Elle y est entrée sans frapper, sans s’excuser d’exister. Son corps même, marqué par l’histoire, est un discours ; sa présence seule est une abrogation.

Dès lors, les arrivistes s’offusquent ; les proxénètes de la chose publique, ces maquereaux de la politique qui monnayèrent la misère et capitalisèrent sur le mépris, fulminent ; les flagorneurs, les thuriféraires du système, les courtisans de l’ordre esclavagiste, se courroucent.

Et tant mieux ! Leur courroux est notre baromètre ; leur insomnie est notre victoire ; leur agitation est la preuve irréfutable que l’Histoire la grande Histoire s’est enfin mise en branle, et que le socle de leurs privilèges tremble.

Car, qu’est-ce qu’un Parlement ? Est-ce une académie ? Est-ce un musée des parchemins ? Est-ce une exposition de diplômes encadrés ?

Non

Un Parlement est le peuple et le peuple, pour être véritablement représenté, doit l’être par ses couches les plus défavorisées, par ses strates les plus meurtries, par ses voix que l’on a séculairement condamnées au silence et à l’invisibilité : C’est là la définition même, étymologique et politique, de la représentation.

C’est cela, un Parlement et rien d’autre.

Ce que le mouvement IRA, sous la houlette de Biram Dah Abeid, vient d’accomplir, est un coup de maître d’une portée mémorable ; un geste d’une intelligence stratégique absolue. Ils ont administré la preuve que la dignité ne se quémande point, qu’elle ne se négocie point dans les antichambres du pouvoir, mais qu’elle se conquiert, qu’elle s’arrache par la lutte, par l’organisation, par la foi inébranlable en l’Homme.

D’une esclave, ils ont fait une députée ; d’une ombre, ils ont fait une législatrice ; d’une invisible, ils ont fait une incarnation de la Nation.

Quelle force tellurique ! Quelle leçon magistrale administrée à toute la Mauritanie, à l’Afrique et au monde !

L’entrée de Haby au Parlement n’est point l’entrée d’une femme : c’est un peuple entier, un peuple tenu en laisse pendant des siècles, qui fait son retour dans sa propre maison.

 

Sidahmed Khlil

 

 

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