Mauritanie et Francophonie : le paradoxe d’une candidature

La récente volonté de la Mauritanie de présenter une candidate au poste de secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) soulève de nombreuses interrogations politiques, culturelles et symboliques. Au-delà de toute considération personnelle sur la candidate, cette démarche met en lumière une contradiction structurelle profonde dans la politique linguistique et identitaire du pays. La Mauritanie affirme officiellement son ancrage arabo-islamique, faisant de l’arabe la langue exclusive de l’administration, de l’enseignement et de la vie publique. Dans ce processus, les langues nationales africaines (pulaar, soninké, wolof) sont largement marginalisées, tandis que le français, pourtant historiquement central, est progressivement relégué à un rôle secondaire. Pourtant, le pays demeure membre actif de la Francophonie et aspire aujourd’hui à en diriger l’institution. Ce contraste alimente un sentiment d’incohérence, voire de décalage politique, entre la pratique interne et les ambitions diplomatiques externes.
Cette candidature semble s’inscrire dans une logique de positionnement stratégique. La Mauritanie cherche à renforcer sa visibilité internationale, à consolider ses alliances africaines et à maintenir un lien diplomatique fort avec l’espace francophone, tout en affirmant son identité arabe. Quel paradoxe linguistique ! Cette posture traduit une diplomatie d’équilibre, oscillant entre affirmation identitaire interne et pragmatisme international. Toutefois, cette stratégie donne l’impression d’une instrumentalisation politique de la Francophonie, perçue davantage comme un levier d’influence que comme un véritable projet culturel partagé.
La principale interrogation reste celle de la légitimité symbolique : peut-on prétendre diriger une organisation fondée sur la promotion du français et de la diversité linguistique lorsque ces principes sont peu valorisés sur le plan national ?
Cette contradiction fragilise la crédibilité institutionnelle de la candidature, en particulier auprès des défenseurs du plurilinguisme, des communautés linguistiques minorisées et des intellectuels francophones mauritaniens. Ce débat révèle un malaise identitaire plus profond. Pays carrefour entre le Maghreb, l’Afrique subsaharienne et le monde arabe, la Mauritanie peine à construire une identité inclusive et équilibrée.
La centralisation linguistique et culturelle tend à occulter la richesse plurielle de la société mauritanienne, alimentant frustrations et incompréhensions. Dans ce contexte, la Francophonie apparaît moins comme un espace naturel d’appartenance que comme un outil diplomatique externe, parfois déconnecté des réalités sociales internes. La candidature mauritanienne à la Francophonie est stratégiquement compréhensible, mais symboliquement paradoxale. Le véritable enjeu n’est pas la personnalité de Coumba BA, mais la cohérence entre le discours international et les pratiques nationales. D’ailleurs, nous tenons à témoigner ici que Coumba BA est connue comme étant une femme généreuse et sociable. Personnellement, nous avons partagé avec elle des moments de prière à la zawiya de Fès lors du dernier Mawlid. C’est une femme pieuse. Donc nous faisons la différence entre la candidate et la stratégie du gouvernement Mauritanien. Nous pensons qu’une politique linguistique plus inclusive, respectueuse de la diversité culturelle et ouverte sur le multilinguisme renforcerait considérablement la crédibilité de la Mauritanie sur la scène francophone et internationale. Enfin, il convient de rappeler que la Mauritanie est une République des paradoxes, où l’idéologie politique, les méthodologies et les fondements de l’éducation de base destinés aux enfants sont quotidiennement bafoués sans oublier la discrimination de certains communautés.
@Yoo Alla Faabo !
Abdoul GUISSÉ, Informaticien

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