Mauritanie – Esclavage moderne et traite des personnes, le rôle des parlementaires au cœur d’une réflexion initiée par Free The Slaves et SOS Esclaves

Rôle des parlementaires dans la lutte contre l'esclavage moderne et traite des personnes

L’Authentic.infoL’ONG américaine Free The Slaves (FTS) et son partenaire SOS Esclaves ont lancé samedi 31 janvier 2026 à l’hôtel Azalai à Nouakchott, un atelier de capitalisation du projet FTS/NED et de sensibilisation sur le rôle des parlementaires dans l’application des lois et textes juridiques contre l’esclavage moderne et la traite des personnes.

Cet atelier a regroupé les principaux acteurs des droits humains qui ont eu à bénéficier de l’appui de FTS, notamment IRA, SOS Esclaves, ALCD, ainsi que le réseau des journalistes.

Ouverture officielle

Au cours de l’ouverture officielle de la rencontre, le représentant au niveau national de l’ONG Free The Slaves, Dame Bâ, a souhaité la bienvenue aux deux parlementaires présents, Marième Mint Cheikh pour l’opposition et Youssouf Sylla pour la majorité, ainsi que les participants. Il a remercié au passage l’Etat mauritanien, à travers l’Instance nationale de lutte contre la traite des personnes et le trafic des migrants, son vis-à-vis au niveau de l’autorité publique ainsi que sa tutelle, le Commissariat aux Droits de l’Homme, sans lesquels, dira-t-il en substance, FTS n’aurait pas eu la latitude de mener ses activités.

Dame Bâ a ensuite expliqué que cette rencontre sera l’occasion de faire le bilan de l’institution qu’il représente durant la période 2022-2026 et qu’un débat sera ouvert pour enrichir le rapport à partir des recommandations et observations des organisations présentes.

Marième Mint Cheikh

Auparavant, Marième Mint Cheikh s’était exprimé sur le rôle très limité des parlementaires, eu égard aux nombreux disfonctionnements observés au sein de la chambre, où durant ses trois années de présence, aucune loi n’a été proposée par les députés. Elle déclare que l’Assemblée nationale est réduite à une simple chambre d’enregistrement où les projets de loi proposés par les membres du gouvernement passent comme des lettres à la poste. A cet égard, elle trouve très peu probable de voir les députés de la majorité aller à l’encontre de la commande publique, tandis que l’opposition ne dispose pas d’une majorité pour influer sur les décisions. D’où selon elle, l’amputation de l’Assemblée nationale de sa principale fonction, le droit de légiférer.

D’autre part, elle trouve que l’application des lois continuent de se poser avec acuité, notamment dans le domaine de la lutte contre l’esclavage, face à une justice dominée par des magistrats formés à l’école d’un droit musulman qui considère l’esclavage comme un pilier de l’Islam.

D’autre part, elle accuse les députés de s’intéresser plus à leur business qu’à défendre les droits des citoyens qui les ont élus.

Youssouf Sylla

Pour sa part, Youssouf Sylla trouve qu’il ne faut pas mélanger les rôles. Selon lui, le rôle des députés est de voter des lois dont l’exécution leur échappe car relevant du domaine du pouvoir exécutif et du pouvoir judiciaire.

D’autre part, il affirme être issu d’une longue lignée qui a toujours combattu l’esclavage depuis le temps colonial, la famille Sylla de Kiffa qui trouve que l’esclavage est la plus abjecte des pratiques humaines.  Il a également mis en exergue la volonté politique d’éradiquer ce phénomène depuis 1905 sous administration française, depuis 1961 sous la Mauritanie indépendante. Des efforts qui se sont accumulés selon lui dans les années 1981 avec la loi sur l’abolition de l’esclavage, en 2007 avec sa criminalisation, en 2015 avec son élévation comme crime imprescriptible contre l’humanité, et en 2020 avec les textes de loi réprimant la traite des personnes et le trafic des migrants.

Aujourd’hui, selon Youssouf Sylla, l’esclavage est résiduel, presqu’insignifiant comparé au passé et que le problème essentiel réside dorénavant dans ses séquelles. Et de préciser les efforts déployés par l’Etat à travers l’Agence TAAZOUR, pour soulager les victimes de l’esclavage. L’accès à l’école constitue aussi selon lui l’autre facette des efforts déployés par les pouvoirs publics pour extirper le mal par sa racine.

Mohamed MBareck

Le Secrétaire général de SOS Esclaves, Mohamed MBareck est intervenu pour remercier FTS pour son accompagnement durant toutes ces années des organisations de défense des droits de l’homme en Mauritanie, notamment le dynamisme de son représentant Dame Bâ.

Il a par la suite insisté sur la non application des textes de loi contre l’esclavage et leur traitement inique au niveau des juridictions, constatant que des centaines de dossiers restent à nos jours non traités. Il a par la suite relevé l’absence de toute transparence dans les aides apportées par TAAZOUR vis-à-vis des victimes bien avant que le dossier des compensations ne soit transféré à l’Instance nationale de lutte contre la traite des personnes et le trafic des migrants. Là également, les conditions d’accès au fonds d’appui restent selon draconiennes, car sur plus d’une centaine de cas, seuls 15 auraient été traités, selon lui.

Ces points de vue contradictoires ont nourri les débats et mis en lumière la nécessité pour tous les acteurs d’unir leurs efforts pour éradiquer complètement du champ national l’esclavage sous toutes ses formes.

Il faut noter que ces échanges ont été précédés et suivis par la présentation faite par Oumar Mbaye, consultant, sur les activités menées par FTS de 2022 à 2026 en Mauritanie.

Capitalisation du projet FTS

Au cours de la présentation synthétique du rapport de Capitalisation du projet FTS 2022-2026 dans le domaine de l’esclavage moderne et de la traite des personnes, le consultant Oumar Mbaye a passé en revue les actions menées par FTS dans le cadre de son partenariat avec les organisations de la société civile et les entités de l’Etat. Le lieu, selon lui, d’associer dans les prochaines étapes les parlementaires dans cet effort collectif d’éradiquer l’esclavage moderne et la traite des personnes ainsi que le trafic des migrants.

L’objectif de cette capitalisation, selon Omar MBaye, est de documenter et d’analyser les actions menées pour en tirer des enseignements. Il s’agit aussi de formuler des recommandations stratégiques, à l’attention des parlementaires pour renforcer la réponse nationale et soutenir la pérennisation des actions.

Il a rappelé dans ce cadre le contexte national marqué par l’existence d’un arsenal juridique conséquent, lois, législation et instruments internationaux majeurs.

Selon lui, la persistance de ces injustices sociales s’explique par le faible accès à l’éducation, la vulnérabilité économique, la pauvreté et les discriminations, notamment.

Il s’est félicité de l’apport des partenaires dans cette capitalisation, notamment la société civile, les acteurs institutionnels, les femmes leaders et les médias.

Les activités menées par FTS au cours des quatre dernières années se résument à des formations initiales, des renforcements de capacité, de la sensibilisation, des forums citoyens, ainsi que des opérations de plaidoyer, l’accompagnement des victimes et l’accès à la justice.

Ainsi, 425 personnes ont bénéficié de formation sur les textes de lois nationaux et les conventions internationales relatifs à la lutte contre l’esclavage moderne, la traite des personnes et le trafic des migrants, qu’il s’agisse des organisations de la société civile, des journalistes ou des acteurs publics.  A cet égard, Oumar Mbaye a indiqué que 50 agents publics, une trentaine de femmes leaders et autant de journalistes ont bénéficié de ces formations qui ont été dispensées à travers une dizaine d’ateliers, trois campagnes de sensibilisation et un forum.

FTS a aussi contribué au renforcement organisationnel et stratégique de plusieurs structures de la société civile, créé plusieurs réseaux, en élargissant certains ou en les redynamisant. Il a contribué aussi à coordonner des réseaux comme ceux regroupant hommes des médias et société civile.

Cela sans compter, la formation de parajuristes à Sebkha, El Mina, Ryad et Dar-NaÏm.

Enfin, Oumar Mbaye a énuméré les forces et défis mais aussi les enseignements tirés de l’expérience vécue par FTS et ses partenaires tout au long de la période 2022-2026.

 

 

Cheikh Aïdara

 

 

Source : L’Authentic.info (Mauritanie)

 

 

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