Mauritanie – Augmentez, augmentez… Tant va la cruche à l’eau….

Le Calame – Face à l’escalade des tensions géopolitiques au Moyen-Orient et à la flambée du baril de pétrole, le gouvernement mauritanien a annoncé une série de mesures d’urgence. Officiellement, il s’agit de contenir l’inflation énergétique et de protéger les citoyens les plus vulnérables. Mais, sur le terrain, ces décisions suscitent incompréhension et inquiétude, tant leurs effets risquent d’accentuer la précarité des ménages et d’éroder davantage une classe moyenne déjà fragile.

Urgence aux accents d’austérité

Pour atténuer le choc, les autorités mettent en avant plusieurs mesures. Ainsi il a été décidé d’augmenter le salaire minimum. Il est fixé à 50 000 ouguiyas au lieu de 45 000 ouguiyas. Pour chacune des familles les plus défavorisées, inscrites au registre social, au nombre de 124 000, un chèque de 30 000 ouguiyas lui sera remis.

En outre, les employés du secteurs public, civils et militaires dont le salaire est inférieur à 130 000 ouguiyas par mois, recevront un chèque de 45 mille MRO, afin d’absorber les augmentations du prix du gaz.

Pour le gaz domestique, le format B12 (grande bouteille), qui coûte 9011 ouguiyas, sera mis sur le marché à 5 000 ouguiyas, soit une subvention de l’État à hauteur de 4011 ouguiyas. Pour ce qui est du format B6 (bouteille moyenne), son prix est 4 325 ouguiyas et sera vendu à 2 400 ouguiyas, soit un soutien de l’État à hauteur de 1925 ouguiyas. Quant à la petite bouteille, son coût est de 1 982 ouguiyas et sera vendue à 1 100 ouguiyas, avec un soutien de l’État à hauteur de 882 ouguiyas.

Pour chaque litre de gasoil, l’État subventionne pour 282 ouguiyas. Concernant l’essence, un soutien de 88 ouguiyas est enregistré mais le prix de l’électricité ne changera pas.

Le gouvernement a également décidé dans ce cadre une lutte contre la spéculation et la rétention de stocks ; un renforcement des capacités de stockage stratégique pour sécuriser l’approvisionnement ; des mesures d’austérité dans l’Administration (limitation des missions à l’étranger, interdiction de l’usage des véhicules tout-terrain officiels, rationalisation énergétique…).

Dans un geste présenté comme symbolique, le président de la République a renoncé à un million MRO de son salaire mensuel, tandis que les membres du gouvernement ont aussi consenti à des réductions salariales.

Une pression accrue sur les ménages

Malgré ces annonces, la réalité quotidienne des Mauritaniens est marquée par une hausse brutale du coût de la vie. Le prix du gaz domestique a fortement augmenté : la bouteille de 12 kg est passée d’environ 3 000 à 5 000 MRO ; celle de 6 kg atteint désormais 2 400. Ces hausses impactent directement les dépenses essentielles des ménages, notamment pour la cuisson.

À cela s’ajoute une conséquence redoutée : l’augmentation des coûts de transport, qui devrait entraîner une hausse des prix des denrées de base (riz, blé, sucre, huile), malgré les tentatives de plafonnement. En Mauritanie, les effets d’entraînement sont bien connus : toute hausse sur un produit stratégique se répercute rapidement sur l’ensemble des prix. Les commerçants appliquent souvent de nouveaux tarifs, même sur des stocks anciens, dans un contexte où le contrôle étatique reste limité.

Une opinion publique dubitative

Au-delà des difficultés économiques, plusieurs interrogations agitent l’opinion : Pourquoi ces décisions ont-elles été prises sans concertation préalable avec les acteurs du secteur, notamment celui du gaz ? Pourtant producteur de ressources naturelles (gaz, pétrole, fer, or, poisson), le pays ne devrait-il pas mieux amortir ce type de choc ? À qui profitent réellement les hausses budgétaires enregistrées ces dernières années ? Les mesures sociales annoncées seront-elles suffisantes pour soutenir les plus fragiles, les retraités ou les travailleurs informels ? Dans les quartiers périphériques, les premières victimes sont souvent les petits revendeurs, notamment des femmes, dont l’activité dépend du transport et de l’accès à des produits désormais plus coûteux.

Silences politiques et mobilisation timide

La réaction de la classe politique est jugée, elle aussi, timorée. À l’exception de certaines formations comme le RMD de Yacoub ould Lemrabott, qui appelle à manifester, ou encore le mouvement Mauritanie en Avant de Nouredine Mouhamedou, la majorité de ces acteurs se montre prudente. L’INSAF, le parti au pouvoir, a déclaré « comprendre » la décision des autorités. Ce contraste interroge, d’autant plus que les Mauritaniens s’étaient récemment mobilisés contre des taxes visant des produits jugés non essentiels. Aujourd’hui, face à la hausse des prix des produits vitaux, la mobilisation reste limitée.

Entre résignation et colère sourde

Au final, un sentiment domine : celui d’un fardeau supplémentaire imposé à une population déjà éprouvée.

 Comme le suggère l’image du chameau, symbole de résistance et d’endurance, les Mauritaniens donnent l’impression de supporter, encore et toujours, des charges de plus en plus lourdes. Mais jusqu’à quand le pourront-ils ?

Dalay Lam

Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

 

 

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