L’interpellation de MENA Rights Group et de ses partenaires remet sur la table l’une des pages les plus douloureuses et les plus sensibles de l’histoire contemporaine mauritanienne : le passif humanitaire et le sort des personnes disparues.
Au cœur de cette bataille se trouve la loi d’amnistie de 1993 sous le régime du génocidaire Ould Taya, obstacle à tout règlement du passif humanitaire. Et derrière cet obstacle juridique depuis 33 ans, les observateurs pointent le sort des personnes disparues, les 28 soldats assassinés à la base militaire d’Inal, au Nord du pays en 1990.Une amnistie ne peut pas remplacer la vérité. Les veufs et orphelins attendent depuis 33 ans les corps des Martyrs pour des sépultures dignes. La stabilité du pays ne saurait signifier l’impunité. En demandant justice et vérité à Ould Ghazouani sous couvert du commissariat aux droits de l’homme, MENA Right Group et ses partenaires mauritaniens ne veulent pas fracturer la Mauritanie, encore moins appeler à la vengeance. La revendication essentielle n’est pas communautaire mais républicaine. A ce titre, l’Etat mauritanien est appelé à ouvrir le dossier car le vrai danger n’est pas la vérité mais son étouffement depuis 33 ans. Le véritable enjeu est de sortir le passif humanitaire de l’affrontement mémoriel. La véritable réconciliation ne se décrète pas mais elle exige que la nation soit capable de regarder son histoire en face. C’est à une institution judiciaire indépendante qu’il appartient d’établir individuellement les responsabilités des exactions commises contre ces soldats.
Cherif Kane
Coordinateur journaliste
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