– Son absence est particulièrement remarquée. Depuis le début de la Coupe d’Afrique des nations (CAN), qui s’est ouverte le 21 décembre 2025 pour quatre semaines au Maroc, le roi Mohammed VI n’a pas fait la moindre apparition dans l’une des neuf enceintes sportives retenues pour la compétition : Casablanca, Fès, Tanger, Marrakech, Agadir, et quatre stades à Rabat. Lors de la cérémonie d’ouverture du tournoi, ce n’est pas le souverain du pays hôte qui a donné le coup d’envoi de cette 35ᵉ édition de la CAN, mais son fils aîné, Moulay Al-Hassan, saluant la foule, bras levés, depuis le rond central du terrain du complexe prince Moulay Abdellah de Rabat.
A chaque étape importante du parcours des Lions de l’Atlas, le surnom de la sélection nationale, c’est encore le prince héritier, 22 ans, qui a pris place en tribune présidentielle. Et il y a fort à parier qu’il en sera de même, mercredi 14 janvier, à l’occasion du match entre le Maroc et le Nigeria qui enverra l’une des deux équipes rivales en finale du tournoi.
« Mohammed VI n’est certes pas un adepte des bains de foule et des grands raouts, mais son absence est tout de même surprenante, observe Pierre Vermeren, professeur d’histoire du Maghreb contemporain à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne et auteur de plusieurs ouvrages sur le royaume. La Coupe d’Afrique des nations est la plus grande compétition sportive que le Maroc accueille sur son sol et, qui plus est, elle fait figure de répétition générale de la Coupe du monde 2030. Compte tenu de la dimension paroxystique que revêt le football au Maghreb en général et au Maroc en particulier, cette CAN est cruciale pour la monarchie marocaine », insiste l’universitaire. A cette volonté d’apparaître comme une nation moderne, capable d’organiser une manifestation sportive majeure, se mêle l’ambition de remporter un deuxième titre continental, après celui de 1976.
L’invisibilité du monarque alaouite durant cette compétition, longue séquence de soft power, paraissait par conséquent difficile à justifier. Pire, elle risquait de réactiver les rumeurs sur l’état de santé du roi, traité pendant des années à la cortisone sans que l’on connaisse la nature exacte de sa maladie, tant le secret est bien gardé. Un communiqué de son médecin personnel, publié samedi 10 janvier, au lendemain de la qualification des Lions de l’Atlas pour les demi-finales, est venu combler ce vide.
« Narratif très maîtrisé »
« Sa Majesté le Roi souffre d’une lombosciatalgie mécanique, associée à une contracture musculaire, sans aucun signe de gravité », a indiqué l’agence officielle MAP, reprenant les explications du professeur Lahcen Belyamani. « Ces douleurs au niveau du bas du dos nécessitent, selon la prescription du médecin personnel de Sa Majesté le Roi, un traitement médical adapté et une période de repos fonctionnel », a ajouté l’agence de presse.
« Le terme de lombosciatalgie signifie simplement que le patient souffre d’une douleur qui part du bas du dos et qui descend dans la jambe par l’arrière, éclaire Francis Berenbaum, chef du service de rhumatologie de l’hôpital Saint-Antoine, mais cela ne dit rien sur l’origine de la douleur. » « Cette compression probable du nerf sciatique peut s’expliquer par une hernie discale, de l’arthrose lombaire, une tumeur », expose le praticien, qui précise que certaines formes de lombosciatalgie sévères peuvent en effet immobiliser le patient et nécessiter un repos total.
Durant la visite d’Etat du président français, Emmanuel Macron, au Maroc, en octobre 2024, le monarque, dont la santé faisait déjà l’objet de spéculations médiatiques, était apparu appuyé sur une canne, en raison d’une « sciatique », selon des journaux locaux. Fin 2024, il avait été opéré à l’épaule gauche à la suite d’une « fracture de l’humérus » causée par une chute « au cours d’une activité sportive », selon un communiqué officiel publié alors.
Agé de 62 ans, Mohammed VI affiche une santé fragile que plusieurs personnes attribuent, sous le couvert de l’anonymat, à une sarcoïdose, une maladie rare qui atteint, dans la plupart des cas, les poumons, avec des complications ultérieures sur d’autres organes. Il a fait face, par ailleurs, à deux importantes interventions chirurgicales en 2017 et 2020.
Le bulletin de santé du 10 janvier, actant l’absence du roi, s’inscrit dans « un narratif très maîtrisé », selon Pierre Vermeren. « Depuis près de deux ans, Moulay Al-Hassan est mis en avant pour que tout le monde sache que Mohammed VI a un héritier. Mais la monarchie n’est pas prête à lui donner des responsabilités politiques, nuance l’historien. La CAN lui offre un rôle purement honorifique. »
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