Manque de tolérance

L’énergie issue de la différence n’arrive malheureusement pas à alimenter la flamme de la tolérance dans l’arène du monde musulman. Dans ce contexte, être un véritable mukallaf, c’est avoir l’audace et l’intelligence d’accrocher son manteau d’appartenance à l’entrée du temple de la tolérance. Le véritable problème des musulmans ne réside pas dans la divergence entre leurs enseignements et les cultures, mais dans la difficulté à tolérer la différence, aussi bien en interne qu’avec les autres confessions. La première solution se trouve dans le Coran, qui pose des principes universels clairs. Il est nécessaire de remettre ces versets au centre de l’enseignement religieux, au lieu de privilégier des interprétations juridiques ou identitaires rigides : • La dignité de tout être humain : « Nous avons honoré les fils d’Adam » (Coran 17:70). • La diversité comme volonté divine : « Nous avons fait de vous des nations et des tribus pour que vous vous connaissiez » (49:13). • L’absence de contrainte religieuse : « Nulle contrainte en religion » (2:256). La deuxième solution consiste à faire coexister l’éthique et le dogme. Une grande partie de l’intolérance provient d’une éducation religieuse trop légaliste, centrée sur le ḥaraam/ḥalaal, le permis et l’interdit, au détriment de la miséricorde (raḥma), de la sagesse (ḥikma) et de la finalité éthique (maqaaṣid). Il convient donc de promouvoir une pédagogie spirituelle et morale fondée sur : • l’apprentissage du vivre-ensemble dans la différence ; • le développement de l’esprit critique ; • la compréhension de la pluralité des interprétations en islam. La troisième solution repose sur la réhabilitation de deux principes fondamentaux de l’islam : le pluralisme et la coexistence. Il s’agit de restaurer la tradition du pluralisme islamique, qui reconnaît la légitimité de plusieurs écoles juridiques, admet les divergences théologiques et encourage la coexistence pacifique avec les juifs, les chrétiens et les autres croyances. À cela s’ajoute la nécessité de promouvoir une véritable théologie du vivre-ensemble, fondée sur le respect mutuel, la coopération entre les sociétés et la responsabilité collective face aux défis contemporains. Ainsi, la foi ne doit pas produire de la domination, mais de la compassion en passant par la passerelle de la transformation de nos pensées. Pour illustrer cette démarche, nous convoquons la pensée de Cheikh Ibrahima Niasse (rta), dont la vaste culture du monde musulman lui valut le titre de Cheikh al-Islam. Il recommandait aux fils et petits-fils des chefs religieux d’être des modèles exemplaires de tolérance, afin que l’ensemble de la société puisse s’en inspirer, notamment pour le cas du Sénégal et de la Mauritanie, etc. Par conséquent, nous invitons les prétendus « héritiers de la foi » à tout mettre en œuvre pour emprunter le véritable chemin de la tolérance, avec sincérité, responsabilité et sans langue de bois. Enfin, tous les acteurs de nos sociétés sont appelés à s’élever en mettant en berne leurs manteaux de statut, d’orgueil et d’étiquette, à l’aube du 21ᵉ siècle. Toutefois, pour lever toute ambiguïté, mettre en berne ces étiquettes ne signifie pas renier nos valeurs culturelles, dès lors que celles-ci sont compatibles avec la tolérance et le vivre-ensemble.

@Yoo Alla jogo en, joganoo en !

Abdoul GUISSÉ, Informaticien

Diffusion partielle ou totale interdite sans la mention : Source www.kassataya.com

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page