Mali-Sénégal : vers une nouvelle crise des conteneurs ?

RFI« Plus de 4 000 conteneurs vides sont bloqués au Mali » et attendent d’être reconduits au port de Dakar. C’est ce qu’indique un communiqué diffusé mardi 3 février par le Conseil malien des chargeurs, rattaché au ministère des Transports. En novembre dernier, ce sont les conteneurs pleins qui attendaient au Sénégal d’être livrés au Mali qui avaient suscité des tensions entre les deux pays. Le problème se pose donc désormais également dans l’autre sens. Il est principalement – mais pas uniquement – dû au risque sécuritaire lié aux attaques jihadistes, et pourrait avoir de graves conséquences.

« Cette situation est devenue une préoccupation majeure pour la chaîne logistique nationale et régionale » : les autorités de transition, via le Conseil malien des chargeurs, s’inquiètent de la « raréfaction critique des conteneurs vides au port de Dakar », des « perturbations dans l’approvisionnement du Mali » et du « risque réel de durcissement des conditions d’exploitation des opérateurs économiques maliens par les armateurs ».

En conséquence, Bamako exige la restitution des plus de 4 000 conteneurs en souffrance – dont 2 800 appartiennent à la compagnie MSC et 700 à Hapag-Lloyd, selon le communiqué officiel.

Sollicités par RFI pour préciser l’origine du problème, ni le Conseil malien des chargeurs, ni le ministère des Transports n’ont donné suite.

« On ne peut pas les forcer à prendre le risque ! »

Un entrepreneur malien, qui confie avoir lui-même des conteneurs à renvoyer à Dakar, assure ne pas demander mieux : « Les autorités veulent donner un bon signal aux compagnies maritimes, mais elles n’ont aucune solution à proposer ! Nous ne trouvons pas de transporteur pour faire le trajet », justifie ce chef d’entreprise, qui rappelle que les attaques jihadistes dans la région de Kayes, à la frontière sénégalaise, se sont multipliées ces derniers mois. « On ne peut pas les forcer à prendre le risque ! » Dernier exemple en date : jeudi dernier, lorsqu’au moins une douzaine de camionneurs ont été tués dans l’attaque d’un convoi, pourtant escorté par l’armée.

« Dans le sens des retours, les conteneurs vides ne sont pas escortés », relève encore ce patron malien, qui évoque également la crainte des mines artisanales déposées par les jihadistes et l’état très dégradé de la route, qui oblige à rouler lentement et expose d’autant plus au risque.

« Des camions sont aussi restés bloqués à Bamako par manque de carburant », pointe un autre chef d’entreprise malien, en référence à l’embargo décrété début septembre par les jihadistes du Jnim, progressivement contenu par l’armée malienne mais qui continue de perturber fortement l’approvisionnement du pays en essence et en gasoil.

Lourdeurs aux douanes

Plusieurs opérateurs dénoncent également des lourdeurs administratives aux douanes de Bamako : « Les conteneurs peuvent attendre plusieurs jours avant d’être descendus d’un camion, puis plusieurs semaines voire des mois avant que toutes les formalités soient réglées », témoigne l’un d’entre eux, évoquant par surcroît des problèmes de corruption.

« Il arrive que les conducteurs, fâchés, repartent sans le conteneur », déplore ce patron malien. Le passage en douane à Bamako a récemment été accéléré, mais uniquement pour les camions-citernes entrants, afin de faciliter la distribution du carburant et de limiter les effets de l’embargo jihadiste.

Manque à gagner pour les armateurs et risque d’inflation

Le prix des conteneurs neufs varie selon les tailles et les modèles, mais il peut être estimé à 5000 euros en moyenne. Multiplié par 4 000 conteneurs toujours dans la nature, cela signifie que les armateurs cherchent à récupérer quelque 20 millions d’euros de matériel. Surtout, un conteneur vide et immobile est un conteneur qui ne travaille pas, qui ne transporte pas de marchandises. « C’est un manque à gagner très important pour les compagnies maritimes », explique un économiste malien.

Autre enjeu : le risque d’augmentation des prix pour les consommateurs. « Les coûts logistiques sont immédiatement répercutés sur les prix des produits », avertit l’économiste malien, qui rappelle le précédent récent du ciment, dont les prix avaient explosé pendant l’été, et qui précise que près de 70 % des importations maliennes transitent par le port de Dakar. L’enjeu est donc de taille. À l’approche du ramadan, les autorités maliennes de transition ont à plusieurs reprises affirmé leur mobilisation pour assurer l’approvisionnement du pays et lutter contre l’inflation des prix.

Sens inverse

Autre problème, dans le sens inverse : les conteneurs remplis de marchandises qui attendent au port de Dakar d’être acheminés au Mali, bien au-delà de la durée règlementaire. En novembre dernier, le Mali avait obtenu du Sénégal l’annulation totale des pénalités de stockage (« frais de surestaries », dans le jargon) pour les sociétés maliennes et accordé un délai de trois mois pour leur évacuation.

À l’époque, plus de 2000 conteneurs étaient en souffrance au port de Dakar. La ministre malienne des Transports, Dembélé Madina Sissoko, s’était rendue en personne à Dakar pour plaider la cause du Mali.

Désormais, il ne reste plus que 304 conteneurs en attente au port de Dakar, selon le Conseil malien des chargeurs, qui donne jusqu’au 24 février prochain à leurs propriétaires pour « procéder urgemment à leur « enlèvement »  ». Passé ce délai, « aucune dérogation ne sera accordée ».

À ce stade, les compagnies maritimes ont choisi de ne pas communiquer directement et ont laissé les autorités maliennes de transition relayer leurs doléances, exprimées lors d’une réunion le 20 janvier dernier à Dakar. Il y a trois mois, CMA CGM et MSC avaient brièvement suspendu leurs livraisons destinées au Mali, invoquant le contexte sécuritaire et la pénurie de carburant. Ces mesures avaient été rapidement levées, après des négociations avec les autorités maliennes de transition dont le contenu n’a jamais été rendu public.

David Baché

Source : RFI

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