RFI – La Mauritanie exprime sa « vive protestation » et son « refus catégorique des actes qui ont eu lieu aux abords de son ambassade à Bamako ». C’est ce que l’ambassadeur du Mali en Mauritanie s’est vu signifier, jeudi 21 mai au soir lors de sa convocation au ministère mauritanien des Affaires étrangères. En cause : une manifestation organisée jeudi 21 mai devant l’ambassade de Mauritanie à Bamako, au cours de laquelle une organisation qui soutient les autorités de transition a ouvertement appelé à la violence contre les Mauritaniens vivant au Mali.
Une poignée de manifestants s’est rassemblée, jeudi 21 mai dans la matinée, devant l’ambassade de Mauritanie à Bamako : le Collectif cinq ans ou plus, dont le nom exprime sans équivoque son soutien inconditionnel au régime militaire en place (une référence à la durée de la période de transition, pendant laquelle les militaires auteurs du coup d’État d’août 2020 s’octroient le droit de rester au pouvoir sans organiser d’élections), accuse la Mauritanie de servir de « refuge » et de « base logistique » aux « groupes terroristes opérant contre le Mali ».
« Œil pour œil, dent pour dent »
Lisant une déclaration soigneusement préparée, le porte-parole du collectif appelle à incendier les boutiques tenues par des Mauritaniens, en représailles aux véhicules brûlés par le Jnim, lié à al-Qaïda, dans le cadre du blocus décrété par les jihadistes sur la capitale Bamako. « Œil pour œil, dent pour dent », justifie-t-il sans détour.
Des représentants des manifestants ont ensuite été reçus dans l’ambassade par le chargé d’affaires mauritanien, qui s’est efforcé d’apaiser les esprits. L’épisode s’est clos sans incident. Des journalistes de la télévision d’État ORTM étaient présents.
Caution des autorités ?
« Les autorités maliennes de transition cautionnent-elles ces sorties dangereuses ? », s’interroge l’opposante Kadidia Fofana, qui vit hors du Mali. En clair : les manifestants étaient-ils téléguidés par le régime ? Les accusations proférées devant l’ambassade sont en tous cas en ligne avec le discours officiel qui ne cesse de pointer les « sponsors étrangers des groupes terroristes » : la Mauritanie, l’Algérie ou encore la France sont ainsi visées.
L’appel explicite à la violence du Collectif cinq ans ou plus a été filmé et diffusé sur les réseaux sociaux. À ce stade, le pôle anti-cybercriminalité ne s’est pas saisi de l’affaire. Dans un communiqué diffusé le 28 avril, ce pôle judiciaire spécialisé assurait qu’il ne tolérerait pas les « appels à la haine et à la justice populaire ».
Relations tendues
Dans le communiqué diffusé jeudi soir, le ministère mauritanien des Affaires étrangères demande au Mali d’ « empêcher la répétition de tels actes », et rappelle son attachement à régler « toute problématique entre les deux pays » (…) « par les voies diplomatiques habituelles ».
Le ministère malien des Affaires étrangères n’a pas communiqué sur le sujet et, sollicité par RFI, n’a pas donné suite. Les relations entre les deux pays sont très tendues depuis plusieurs mois. En mars-avril notamment, les incidents sécuritaires s’étaient multipliés le long de la frontière. Des ressortissants mauritaniens avaient même été tués au Mali par l’armée malienne. À chaque fois, Nouakchott s’est efforcé de défendre ses intérêts et ses ressortissants, tout en évitant l’escalade.
Source : RFI
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