– Kemi Seba est sous le coup d’un nouveau mandat d’arrêt en Afrique du Sud. Alors que sa demande de remise en liberté sous caution, liée à une autre affaire, était examinée par un juge de Pretoria, vendredi 22 mai, le tribunal a été informé que la requête d’arrestation provisoire déposée par le Bénin auprès des autorités sud-africaines avait été validée.
Jusqu’à présent, l’activiste béninois de 44 ans était visé par des accusations de violation de la loi sur l’immigration, pour être resté dans le pays plus longtemps que son visa ne l’y autorisait – une affaire dont l’examen va se poursuivre le 8 juin. Kemi Seba doit désormais aussi faire face à des poursuites pour « blanchiment d’argent » et « apologie de crime et incitation à la haine et à la violence ».
Même si, dans la première affaire, la cour accepte sa libération conditionnelle, « malheureusement, avec ces développements, il devrait rester en détention », regrette Bill Kobras, l’un de ses avocats. A ses côtés, sur le banc des accusés, se tenait son fils, ressortissant français de 18 ans, arrêté avec son père dans un centre commercial de Pretoria, le 13 avril, de même qu’un troisième accusé, membre d’un groupuscule afrikaner.
D’après les éléments présentés par la procureure ces dernières semaines, Kemi Seba est entré en Afrique du Sud fin 2025 grâce au passeport diplomatique nigérien qu’il possède en sa qualité de conseiller spécial du chef de la junte, le général Abdourahamane Tiani. Lorsque son visa de 90 jours a expiré, en février, il aurait entrepris d’organiser une « fuite illégale » du pays, afin d’éviter les mandats d’arrêt internationaux émis par la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet) du Bénin et relayés par Interpol, qui l’accusent notamment d’avoir soutenu la tentative de coup d’Etat de décembre 2025.
La procureure sud-africaine avait poursuivi en détaillant comment, grâce à des connexions russes et une société de sécurité privée sud-africaine, le militant suprémaciste noir prévoyait de s’échapper vers le Zimbabwe, où un avion militaire devait venir le récupérer, « le 17 ou 18 avril », dans l’optique d’aller commettre des « attaques terroristes ».
Cette dernière accusation avait fait sourire le principal intéressé, Stellio Gilles Robert Capo Chichi de son vrai nom, qui n’a pas pris directement la parole lors de ces précédentes audiences, mais a dénoncé dans la déclaration sous serment lue par son avocat, des allégations qui « ne reposent sur aucune base », complètement « sensationnalistes ».
Alliance déroutante
Le Béninois, déchu de sa nationalité française en 2024 et plusieurs fois condamné dans l’Hexagone, notamment pour incitation à la haine raciale, se présente comme un « leader panafricain » politiquement persécuté par le régime de Patrice Talon [l’ancien président béninois], Paris et les services secrets sud-africains.
L’ex-chef de file de la Tribu Ka, organisation dissoute en France en 2006 pour antisémitisme, n’a pas hésité à convoquer, devant la cour, la mémoire du militant anti-apartheid Steve Biko (1946-1977) afin d’expliquer ses combats, comme il l’avait déjà fait avec Winnie Mandela (1936-2018) sur son compte Facebook, suivi par plus de 1,5 million d’abonnés. « Je ne représente aucun danger pour la population », a-t-il ajouté par la voix de son représentant légal.
Kemi Seba comparaît aux côtés un troisième accusé : François van der Merwe, 27 ans, à la tête d’un groupuscule afrikaner, les Bittereinders, un terme qui renvoie au combat des Boers contre les forces britanniques au début du XXe siècle. Une alliance déroutante, entre un militant d’extrême droite blanc et un influenceur anti-occidental, fondateur de l’ONG Urgences panafricanistes.
Les deux hommes affirment qu’ils ne se connaissaient pas avant la rencontre qui a mené à leur arrestation, mais ils possèdent tous les deux des relations à Moscou. François van der Merwe s’est déjà rendu en Russie à plusieurs reprises, légalement, comme il l’a confirmé dans sa déclaration sous serment. Et, selon ses propres révélations dans une publication Facebook, Kemi Seba affirme avoir contacté l’idéologue ultranationaliste russe Alexandre Douguine.
Cette figure intellectuelle proche du régime russe aurait mis Kemi Seba en relation avec des contacts sur place, afin de monter l’opération visant à exfiltrer le Béninois et son fils vers le Zimbabwe. Les entremetteurs auraient alors fait appel à François van der Merwe, un homme déjà connu du système judiciaire sud-africain, puisqu’il est poursuivi dans une autre affaire pour une altercation avec la police lors d’une manifestation de fermiers blancs. Le Sud-Africain aurait été payé 250 000 rands (13 000 euros), selon le parquet, pour s’attacher les services d’une compagnie de sécurité, qui était en fait infiltrée par des policiers.
« On peut dire que les procédures d’extradition commencent à partir d’aujourd’hui », a détaillé l’avocat Bill Kobras. L’examen de ce nouveau dossier devrait se poursuivre le 14 juillet pour ce qui s’annonce comme le début d’un très long processus, d’autant qu’il n’existe pas de traité d’extradition entre Pretoria et Porto-Novo. De leur côté, Kemi Seba et son fils ont déposé sur place une demande d’asile, le 28 avril, affirmant que leur vie serait en danger s’ils étaient renvoyés vers le Bénin.
