Makh Khoudia Keita, artiste : « Les personnes atteintes d’albinisme peuvent se dépasser et révéler les défis »

Le Soleil  – Artiste musicienne bassiste, actrice humanitaire et cofondatrice de l’association Care Albinos, Makh Khoudia Keita est une figure inspirante de la lutte contre l’exclusion des personnes atteintes d’albinisme au Sénégal. En cette journée internationale de sensibilisation à l’albinisme célébrée chaque 13 juin, elle revient dans cette interview sur son parcours artistique, son engagement social et son combat pour l’acceptation de soi.

Pouvez-vous revenir sur votre enfance ?

Mon enfance a été tout à fait normale, j’ai grandi dans un environnement familial très présent, notamment en compagnie de mon père. J’ai intégré l’école dès l’âge de 4 ans et suivi un parcours scolaire classique de la maternelle jusqu’au secondaire.

Une particularité de mon enfance réside dans les nombreux déménagements liés à ma scolarité. J’ai ainsi vécu dans plusieurs régions du Sénégal, notamment à Dakar, Fatick, Louga et Diourbel. Je dirais donc que mon enfance a été très stable jusqu’à l’âge de 12 ans, avant de devenir plus nomade jusqu’à mes 18 ans.

Vu votre enfance très marquante, est-ce que vous avez une anecdote particulière à partager ?

Je n’ai pas d’anecdote particulière parce que je n’ai pas réellement vécu la stigmatisation des personnes atteintes d’albinisme comme plusieurs d’entre mes confrères l’ont vécu. Lorsqu’une personne avait la mauvaise idée de se moquer de moi dans la rue, je réglais cela en coup de poing. Parce que c’était la seule solution pour moi. C’était le seul moyen de défense que je connaissais à cette période-là.

Parlant d’albinisme, quelles sont les difficultés rencontrées au quotidien ?

Je ne parlerai pas de difficulté mais plutôt d’obstacle et cela était lié à mes problèmes de vision. C’était un peu difficile, surtout à l’école, pour pouvoir recopier les exercices à la même vitesse que mes camarades. Mais j’avais la chance d’avoir des camarades qui plaidaient ma cause. Ils suggéraient au prof de prendre mon table-banc et de le mettre devant le tableau et on serrait mon table-banc sur le devant de l’estrade pour que je puisse aller au même rythme que les autres.

En secondaire, j’ai eu aussi des camarades qui me prêtaient leurs cahiers pour que je recopie les exercices. Et c’est grâce à la solidarité de mes camarades que j’ai pu avoir une scolarité tout à fait normale et je n’ai jamais redoublé de classe.

Vous parlez tantôt des problèmes de vision. Quels sont les autres défis rencontrés au niveau de la santé ?

Les défis de toutes les personnes atteintes d’albinisme, c’est surtout, comme j’ai dit, la vision, la peau. Il y a de rares personnes qui ont des problèmes buccodentaires. Pour ma part, j’ai eu des dents très fragiles. Il y a aussi des problèmes capillaires parce que notre cure chevelure est plus fragile que celle des autres et c’est pour cela qu’on a des vaisseaux capillaires plus fragiles.

Est-ce que vous pouvez nous dire comment cela a joué sur votre estime de soi et votre rapport aux autres ?

Quand j’étais enfant, je ne me posais pas de questions par rapport à ça. Tu restes une enfant avec tout ce que cela comporte comme innocence. C’est à l’adolescence que commencent les questionnements. Tu n’as pas de doute, mais tu te questionnes par rapport à ton avenir, sur le regard des autres, sur comment les autres te voient quand tes yeux bougent, par exemple.

Comment aussi les autres te voient lorsque ta peau change de couleur au moment où tu t’exposes un peu trop au soleil ?

Il y a aussi ce questionnement vis-à-vis des garçons. Tout ça, ce sont des interrogations qui se bousculent dans ta tête quand tu es adolescente. Mais c’est en grandissant avec des expériences, des rencontres personnelles et des personnes avec d’autres particularités, et tu gères ça comme tu peux.

Comment vos rencontres avec ces personnes aux nombreuses particularités vous ont inspiré à fonder l’association ‘Care Albinos’. Pouvez-vous nous en dire plus ?

J’ai cofondé cette association avec mon père en 2012. À l’époque, j’étais dans un groupe musical et mon image commençait à être associée à la musique. Et je me suis dit qu’il fallait que j’en fasse quelque chose de positif en partageant ce que j’ai avec les autres.

Notre objectif n’était pas d’avoir la compassion ou la pitié, mais de montrer que les personnes atteintes d’albinisme peuvent se dépasser, de révéler les défis et de contribuer au développement de la société. À travers Care Albinos, nous voulions porter un message d’espoir, de résilience et d’inclusion.

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OUO-OUO KOULEMOU (Stagiare) – Amadou BA (vidéo)

 

 

 

Source : Le Soleil (Sénégal)

 

 

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