Le HuffPost – Des mots qui ne sont pas passés inaperçus. Jacob Coxon, un chercheur en intelligence artificielle de 27 ans, a décidé de quitter l’industrie avec des mots très durs pour les deux géants américains du secteur. Le Britannique, parti d’Open AI pour rejoindre Anthropic, qu’il jugeait plus prudent, a accusé mardi 8 septembre les deux entreprises de « jouer avec nos vies » dans leur course au développement d’IA capables de s’améliorer toutes seules.
« Aucune des deux entreprises n’agit de manière responsable », a écrit sur X cet expert qui travaillait depuis trois ans sur le pré-entraînement, l’étape où les modèles absorbent d’immenses quantités de données. Anthropic et OpenAI « foncent tout droit vers une superintelligence capable de s’améliorer elle-même et jouent avec nos vies », prévient-il dans une série de messages, dont le premier cumulait plus de 87 millions de vues ce mercredi en fin d’après-midi.
« Les gens qui construisent l’IA croient sincèrement qu’elle pourrait tous nous tuer d’ici la fin de la décennie. Ce n’est pas un coup marketing », a-t-il ajouté.
« Nous croyons sincèrement que l’IA pourrait tuer tous les humains »
Sans surprise, ces mots ont trouvé un fort écho dans la presse, et ce aux quatre coins du globe. En France, Le Figaro, Le Monde ou encore franceinfo ont repris les déclarations de Jacob Coxon. Côté américain, les avertissements du chercheur ont interpellé des médias de référence comme CNN – qui parle de « révélations alarmantes et sérieuses » – ou le Wall Street Journal.
Les propos de Jacob Coxon figuraient aussi en tête du site du HuffPost américain ce mercredi après-midi, qui résumait l’affaire en une phrase : « He quits and spills » (il démissionne et raconte tout). L’écho est aussi important en Europe, comme en témoignent les articles d’El País, qui fait état de déclarations « fracassantes » et « extrêmement virales » ou de Der Spiegel, qui évoque en titre la « course dangereuse » à l’IA.
Quelle réaction du côté des entreprises pointées du doigt ? Evan Hubinger, un responsable de la sûreté d’Anthropic, a pris la parole sur X… pour donner raison à Jacob Coxon. « Nous croyons vraiment sincèrement que l’IA pourrait tuer tous les humains », a-t-il écrit, estimant à titre personnel ce risque à « plus de 10 % » dans la décennie.
Il a ajouté qu’Anthropic faisait « de son mieux » mais n’avait « pas encore de plan » pour s’assurer qu’une IA surpassant des capacités humaines obéisse encore à ses concepteurs, tout en jugeant « faible » le risque posé par les modèles actuels. La démission de Jacob Coxon intervient alors qu’Anthropic prépare une entrée en Bourse géante, après un été marqué par des piratages menés, sans autorisation, par des outils d’IA en test de plusieurs laboratoires.
« Sollicitées par l’AFP, les deux entreprises n’avaient pas réagi immédiatement », précisait l’agence de presse française dans sa dépêche en début de journée ce mercredi. Les champions de l’IA disent voir approcher le stade de « l’auto-amélioration récursive », au-delà duquel un modèle concevrait seul son successeur, hors de tout contrôle humain.
« Ils sont enfermés dans une course » en dépit du « risque »
Selon Jacob Coxon, ses collègues emploient les termes « crunchtime » (moment décisif) et « endgame » (fin de partie) pour décrire cette trajectoire. Il juge sincères les efforts d’Anthropic, mais estime qu’aucune entreprise ne peut développer de manière responsable une IA surpassant les humains sans l’intervention des États ou un ralentissement coordonné.
« Chez Anthropic, les enjeux sont bien compris, mais ils sont enfermés dans une course pour y parvenir les premiers : ils pensent que personne d’autre n’agira de façon responsable, donc qu’ils doivent le faire eux-mêmes, malgré le risque », a-t-il écrit. En février, Anthropic a retiré de sa charte de sûreté l’engagement de suspendre le développement de ses modèles si elle ne parvenait pas à en maîtriser les risques.
Au motif qu’une pause unilatérale laisserait les acteurs les moins prudents dominer la compétition, sans contre-pouvoirs. Fin juillet, plus d’un millier d’employés du secteur, dont le patron d’Anthropic Dario Amodei, ont demandé à Washington de préparer un mécanisme de freinage. OpenAI a suspendu deux semaines en août une partie de ses entraînements et Anthropic a appelé l’industrie à adopter « dès que possible » un mécanisme « vérifiable » de ralentissement coordonné.
Dimanche, le chef scientifique d’OpenAI, Jakub Pachocki, a écrit que « le moment actuel exige une extrême prudence » et que la coordination internationale devait devenir « une priorité absolue » des gouvernements. Aucune loi fédérale n’encadre ces modèles aux États-Unis, où l’administration Trump privilégie une approche légère. Le sénateur Bernie Sanders et l’élu démocrate Greg Casar ont déposé début septembre une proposition de loi visant à suspendre le développement jusqu’à la création d’un régulateur.
Maxime Dhuin avec
Source : Le HuffPost (France)
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