
Mali Tribune – Cher grand-père, La semaine dernière, j’ai été témoin d’une scène qui m’a profondément troublé : un journaliste à la barre d’un tribunal de la cybercriminalité. Oui, grand-père, de la cybercriminalité cet ensemble d’activités illégales et d’infractions commises à travers les technologies de l’information et de la communication.
Des crimes du cyberespace… et désormais du journalisme. Quel terrible coup porté à la démocratie !
Dis-moi, grand-père, l’architecture juridique qui a placé le journalisme sur le parvis de la cybercriminalité a-t-elle seulement pris la mesure du rôle fondamental de la presse dans une démocratie ? A-t-elle considéré la liberté d’opinion, la liberté de pensée, le droit d’informer et de dénoncer ? L’architecte de ce temple juridique s’est-il, ne serait-ce qu’un instant, mis dans la peau d’une victime d’abus ou de violation de droits ? A-t-il imaginé ce que signifie, pour un citoyen, l’absence d’une presse libre ?
Alors même que le monde s’efforce de dépénaliser les délits de presse et de protéger le journaliste dans l’exercice de sa mission, ô combien difficile : informer, dénoncer, éclairer. Tout cela, grand-père, pour renforcer la démocratie, favoriser de meilleures décisions publiques, et permettre au peuple de voir clair. Oui, grand-père, le journaliste est cet éclaireur indispensable.
Je vois le militaire jugé par ses pairs, le travailleur ou le commerçant entendu par des juges qui connaissent les réalités de leurs métiers, afin qu’aucun ne soit lésé par l’ignorance d’un néophyte. Et je vois, dans le même temps, le journaliste comparaître devant un tribunal de la cybercriminalité.
Pourtant, au Mali, la loi sur la cybercriminalité avait un objet précis : réprimer sévèrement les infractions de droit commun commises dans le cyberespace. Des peines lourdes, parfois extrêmes. Des poursuites faciles, presque automatiques. Une loi pensée pour museler, pour restreindre les libertés numériques. Et voilà que le journaliste se retrouve englouti dans ce dispositif. Vade-mecum funeste, grand-père : j’ai perdu foi.
Oui, grand-père, j’ai perdu espoir en ce grand rêve porté par Me Mountaga Tall. Ce rêve partagé par toutes les grandes démocraties : voir, un jour, la presse totalement dépénalisée, libérée des poursuites pénales, et soumise uniquement au régime des sanctions civiles, comme toute autre entreprise.
Mais hélas, grand-père…
À mardi prochain pour ma 336ᵉ lettre, Inch’Allah.
Lettre de Koureichy
Source : Mali Tribune
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