« Les souffrances endurées représentent un obstacle à toute nouvelle tentative de remariage »

Le Soleil  – Le second mariage suscite souvent plus d’interrogations que le premier du fait de la pression sociale, des blessures émotionnelles et des réalités économiques. C’est ce qu’explique le sociologue Souleymane Lo. Dans cet entretien, il revient sur les freins, les peurs et les conditions nécessaires pour aborder sereinement un nouvel engagement.

Le Soleil : Pourquoi de nombreux futurs mariés, surtout ceux ayant vécu un divorce, éprouvent-ils des craintes au moment de s’engager à nouveau ?

Souleymane Lo : Le mariage constitue un des faits sociaux les plus contraignants au sein des sociétés africaines. À l’âge où il devient une possibilité, la société ne reconnaît aucun prétexte valable pour qu’un individu puisse s’y soustraire. À cet égard, la pression sociale est telle, en fonction des milieux et de la durée du célibat, qu’on ressent souvent une obligation, malgré soi, de s’engager. Cela implique que le désir de se marier n’est pas nécessairement en adéquation avec nos propres aspirations. Ainsi, se marier pour la première fois est une démarche qui s’impose.

Toutefois, en cas d’échec, il est judicieux d’opérer une réflexion avant de s’engager à nouveau. C’est pourquoi, les hésitations se manifestent fréquemment chez ceux qui ont connu des expériences douloureuses telles que le divorce. Elles peuvent être interprétées à travers des facteurs psychologiques, économiques et moraux.

Le Soleil : Quels sont justement ces facteurs psychologiques, économiques et moraux ?

Souleymane Lo :  L’expérience des souffrances endurées, souvent perçue comme un effet pervers d’un idéal de vie épanouie tant convoité, représente fréquemment un obstacle à toute nouvelle tentative de remariage. En effet, il est courant de projeter sur le nouveau partenaire l’image de l’ancien, qui, loin de répondre aux promesses, a engendré plus de souffrances que de bonheur. Ce phénomène de projection est un des pièges psychologiques dans lesquels l’individu peut se retrouver après une relation amoureuse avortée.

Au plan économique, les conditions de vie difficiles rencontrées lors des précédentes unions poussent à reconsidérer l’idée du mariage, amenant à comprendre que l’amour ne se réduit pas à un simple jeu de sentiments ou à de belles paroles. Dans cette optique, pour la femme, il est primordial de rencontrer l’homme providentiel, plutôt que de fantasmer sur le prince charmant. Pour l’homme, l’accent est mis sur les qualités et la stabilité financière de la partenaire plutôt que sur des considérations esthétiques. Cela traduit une approche où le comportement adopté avant un second mariage s’inscrit davantage dans une rationalité pragmatique que dans une rationalité valorielle (une forme de rationalité où la valeur de l’action prime sur le résultat).

D’un point de vue moral, l’hésitation à s’engager de nouveau résulte souvent de la peur d’être stigmatisée en tant que femme ou homme au destin malheureux, dont les parents sont peu conscients de la sacralité du mariage. La perspective d’un second divorce pèse lourdement sur l’homme ou la femme, l’amenant à éprouver des réticences à l’idée de s’engager avec un nouveau partenaire.

Le Soleil : Quelles sont les astuces pour mieux appréhender cette phase ?

Souleymane Lo :  Compte tenu de ces facteurs, il est essentiel de comprendre que la réussite d’un second mariage ne repose pas uniquement sur une évaluation des éléments économiques, moraux ou psychologiques qui ont pu contribuer à l’échec du premier. Bien qu’il soit crucial de réfléchir à ces dimensions afin d’en tirer des leçons et d’éviter les erreurs passées, il est tout aussi important de ne pas laisser ces facteurs négatifs devenir des poids lourds qui pèsent sur notre chemin vers un nouveau bonheur.

En effet, faire de ces éléments un véritable « ange gardien » peut parfois nous éloigner de l’essence même de l’engagement matrimonial qui est un acte sacré dans de nombreuses cultures et religions. Ainsi, convient-il de trouver un équilibre délicat entre la sagesse acquise de nos expériences précédentes et l’ouverture d’esprit nécessaire pour accueillir la nouveauté d’une relation.

Il serait bénéfique d’aborder cette nouvelle étape avec un esprit positif, en se concentrant sur les enrichissements que peut apporter un nouveau partenaire tout en restant conscient des défis que peuvent poser les échos du passé. Avoir un soutien social solide, tel que des amis ou des conseillers de couple et participer à des activités qui favorisent le bien-être émotionnel peut également être crucial pour traverser cette phase avec confiance et optimisme.

 

 

Propos recuillis par A.NDIAYE

 

Source : Le Soleil (Sénégal)

 

 

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