Ceci n’est pas un hommage. Il en faudra plus. Plus de temps et d’énergie. Tellement, la plume sera rude et les mots seront plus forts pour marquer toute une admiration.
Pourquoi n’avons nous pas à la place des 7 ans d’un parti politique désuet, des journées d’hommage à des sommités ? C’est dommage. C’est dommage de ne pas avoir des rencontres où l’on célèbre le savoir à la place du dérisoire. Des journées de saveurs intenses avec le goût de la passion pour le beau, le juste, le vrai.
Quelle d’échéance intellectuelle portons-nous ?
Pr Abdel Wedoud, Oumar Diagne, feu Ousmane Moussa Diagana (dont la réputation d’érudition, de simplicité et de bonté m’a été rapportée par tant de personnes !), feu Cheikh Saadbou Kamara, ainsi qu’une poignée de femmes et d’hommes, sont de la trempe des intellectuels que j’affectionne profondément.
Ce qui les distingue n’est pas seulement l’étendue de leur savoir. La véritable érudition allie l’humilité à la transmission et au sens du bien commun. Elle rappelle aussi une vérité fondamentale : on ne peut pas justifier l’injustifiable, quelles que soient les circonstances, les appartenances ou les intérêts. L’intellectuel digne de ce nom ne met pas son intelligence au service de l’excuse ou de la complaisance, mais de la vérité, de la justice et de l’élévation des consciences.
Lorsque j’ai mis mon neveu et ami, Salihina Moussa, en contact avec Oumar Diagne, auteur de Serengeti ou à l’ombre et d’Afrique aimée – Terre de mes peines, celui-ci m’a confié : « Je ne pensais pas voir un autre jeune Mauritanien écrire aussi bien. » Ce témoignage, venant d’un écrivain de cette stature, en dit long sur son regard bienveillant envers la jeune génération mauritanienne qui n’a pas besoin de mentorat. Tonton Oumar entretient d’ailleurs des liens d’amitié aussi bien avec le Pr Abdel Wedoud qu’avec l’écrivain guinéen Tierno Monénembo.
Le Pr Abdel Wedoud est professeur émérite de sociologie et d’anthropologie. Son parcours est également nourri par la philosophie. C’est une véritable bibliothèque vivante. Si vous le croisez un jour à Nouakchott, prenez le temps de vous arrêter pour échanger avec lui, lui demander conseil, voire solliciter une prière. C’est un intellectuel sincère, dont le savoir est indissociable de l’humilité et de la générosité. Dieu accepte ses bénédictions.
Il y a quelques années, je lui avais proposé de participer à un live. Il m’avait répondu avec une modestie qui le caractérise qu’il ne maîtrisait pas les outils numériques comme notre jeune génération. Puis il m’expliqua que le sujet que je souhaitais aborder méritait mieux qu’un échange en ligne. Il se disait disponible pour venir jusqu’à Bordeaux afin d’en débattre dans le cadre d’une conférence, estimant que certaines personnes de générations plus anciennes pourraient percevoir un live comme une forme d’animosité plutôt que comme un véritable débat d’idées.
C’est cette sagesse qui force mon admiration. Je suis fier, lorsque j’échange avec des amis d’autres pays, de pouvoir dire que nous comptons parmi nous des intellectuels de cette envergure. Lors de son passage à RFI, il dira : « La présence des cadres Noirs est presque inexistante ». Il ne ruse pas avec ses principes. Des femmes et des hommes qui nous rappellent que le savoir n’a de valeur que lorsqu’il éclaire, rassemble, transmet et demeure fidèle à la vérité.
Souleymane Sidibé
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