Les amalgames / Par Abdel GUISSÉ

Levons l’équivoque entre la visibilité médiatique et la réalité technique de l’intelligence artificielle. Le discours public sur l’intelligence artificielle souffre aujourd’hui d’une confusion conceptuelle majeure, souvent alimentée par une méconnaissance des mécanismes de modélisation et de traitement des données. Il est impératif de rappeler que l’IA ne saurait se réduire à sa seule composante générative. Elle s’inscrit dans un écosystème technologique bien plus vaste, qui englobe des paradigmes variés allant de l’IA symbolique à l’apprentissage automatique et profond (Machine Learning, Deep Learning, réseaux de neurones, etc). Si l’IA générative occupe actuellement le devant de la scène notamment en raison de la démocratisation des interfaces et de l’augmentation des capacités de calcul elle ne représente que la partie émergée d’un socle technologique beaucoup plus profond et structurant. Dans le milieu industriel, qui constitue notre domaine d’intervention, l’essentiel de la valeur ajoutée repose encore sur des modèles prédictifs et prescriptifs non génératifs. La maîtrise de ces technologies devient, par conséquent, un levier de souveraineté incontournable pour les entreprises engagées dans la transition numérique de leurs processus de création de valeur. Il convient également de souligner que tous les acteurs ne parlent pas le même langage dans ce vaste chantier. Certains s’attachent à en faire la pédagogie avec une approche technique et opérationnelle, tandis que d’autres journalistes ou écrivains contribuent à une mise en récit médiatique, parfois spectaculaire, sans nécessairement avoir eu l’occasion de concevoir ou d’entraîner eux-mêmes des modèles d’intelligence artificielle. Au cœur des enjeux d’adaptabilité et de transformation, l’Afrique fait face à une réalité implacable : le manque de financement et surtout l’insuffisance de savoir-faire. Certes, nos pays ont réalisé des avancées notables dans certains secteurs, notamment la banque, les assurances et, dans une moindre mesure, l’organisation des entreprises à travers le recrutement et la gestion de la paie. Mais ne nous voilons pas la face. Parler aujourd’hui de souveraineté numérique relève davantage du slogan que de la réalité. Comment prétendre à cette souveraineté lorsque nous ne maîtrisons pas encore la gestion de nos propres serveurs ni de nos centres de stockage de données ? Il est temps d’arrêter de rêver et de s’attaquer, avec lucidité et responsabilité, aux véritables fondations du numérique. Nos pensées vont vers nos frères mauritaniens et africains qui s’intéressent au numérique. Bonne méditation technologique.

 

@Yoo Alla Faabo !

 

 

 

Abdel GUISSÉ, informaticien

 

 

 

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