So Foot – En seulement six saisons, Zinédine Zidane est devenu l’un des entraîneurs les plus légendaires du Real Madrid, grâce au triplé historique en Ligue des champions. Son parcours en Espagne laisse à penser qu’il est le seul à avoir l’antidote pour répondre à la kryptonite espagnole. Pourtant, sa philosophie de jeu est plus proche de Didier Deschamps qu’on ne l’imagine.
Zinédine Zidane manque-t-il d’expérience comme entraîneur ? Avec trois Ligues des champions dans son armoire à trophées, en plus des huit autres titres dont deux championnats, à la tête du Real Madrid, la question est volontairement provocatrice. Les 263 matchs passés sur le banc des Merengues semblent pourtant faibles par rapport aux 414 rencontres durant lesquelles Didier Deschamps a officié avant de prendre les rênes de l’équipe de France. Au-delà du palmarès, ces six saisons madrilènes (en deux expériences distinctes) donnent un échantillon trop flou pour définir ce qu’est vraiment le style de coach Zizou.
La tactique et les hommes
Interrogé sur son projet tactique lors de sa conférence de presse d’intronisation, le néo-sélectionneur a permis à l’auditoire de se lécher les babines sans pour autant donner beaucoup plus de détails : « Ce que je peux vous dire, c’est que suis animé par le jeu. J’étais un numéro 10, ce qui m’anime, c’est d’aller marquer des buts. Bien sûr, il faut un équilibre d’équipe, c’est le plus important. Mais ce qui m’anime, c’est le jeu. » Plus brouillon que dans le rond central, le double Z peine à présenter son style, mais ça ne semble pas inquiéter la France du foot, prête à boire chaque parole de l’idole.
Derrière un projet de jeu, il y a de la tactique. Yaz’ est un grand tacticien, mais il va toujours s’adapter à un effectif en place. Mais vous vous voyez établir un projet de jeu avec un ego comme Cristiano Ronaldo, vous ?
Sept entraîneurs l’ayant côtoyé de très près ont été interrogés dans le livre Zidane : roulette, tonsure et première étoile de So Foot et n’ont pas réussi à mettre davantage de mots sur cette philosophie ayant ramené le Real sur le toit du monde. « Derrière cette volonté insatiable de gagner, il y a aussi une volonté de profiter du ballon tout en recherchant de l’équilibre dans la manière de construire ses occasions », imageait Juan Carlos Unzué, adversaire lors de ses passages dans le staff de Luis Enrique au Barça et sur le banc du Celta de Vigo, et qui a noté des évolutions tactiques entre les deux passages de Zidane. Guy Lacombe, son ancien formateur à l’AS Cannes et l’Unecatef, balayait d’un revers de main les critiques sur un supposé manque de science tactique : « Derrière un projet de jeu, il y a de la tactique. Yaz’ est un grand tacticien, mais il va toujours s’adapter à un effectif en place. Zidane ne prend pas de feuille blanche en disant : ‘Je veux lui, lui, lui…’ Cruyff ou Guardiola, c’est plutôt dans ce style-là. Mais vous vous voyez établir un projet de jeu avec un ego comme Cristiano Ronaldo, vous ? »
Autant dire que le costume de sélectionneur risque de lui aller à merveille. Après avoir dû gérer des egos tous plus gros les uns que les autres à Madrid, il va presque passer du bon temps dans le vestiaire des Bleus. Dans un podcast, Gareth Bale, qui préférait la méthode de Carlo Ancelotti, avait dévoilé les grandes lignes de la journée type de l’entraîneur français : « Zidane, lui, ne s’occupait pas beaucoup de tactique, on faisait le strict minimum : entraînement, possession, tirs, et c’est tout. Un quart d’heure de tactique défensive. Mais il avait gagné le respect par ses qualités de joueur. » À la manière d’un Didier Deschamps, donc.
DD, ZZ ou les deux ?
Si les liens entre les deux champions du monde 1998 semble distendus et que la passation de témoin ne s’est pas faite en main propre, les suiveurs de l’équipe de France n’auront pas besoin de se mouiller la nuque en septembre puisque les principes devraient rester les mêmes, avec une grande responsabilisation des individualités, un attrait certain pour les transitions offensives et une capacité rare à faire basculer les matchs dans l’irrationnel. « Tous les supporters n’ont rien à redire sur ce qui s’est passé durant toutes ses années, mais on va faire différent. DD c’était DD, Blanc c’était Blanc, Zizou c’est Zizou. Je vais essayer de faire ce que je sais faire. Il n’y a pas de rupture, je pense que c’est de la continuité de simplement de pouvoir mettre tout en place pour que l’équipe de France continue à gagner, c’est mon seul objectif », a soufflé le nouveau coach des Bleus, mardi. Élevés dans la rigueur défensive de Marcelo Lippi et Aimé Jacquet, les milieux offensif et défensif n’ont pas que la culture de la win en commun. « Le titre en 1998, gagner grâce aux copains, grâce à Aimé (Jacquet), c’est la plus belle chose qui me soit arrivée dans ma vie », a d’ailleurs déclaré Zizou, oubliant bien vite son amour pour le jeu au profit des trophées.
Si l’absence d’une rupture trop marquée dans le jeu est évidemment largement bénéfique à la pérennité de ce collectif qui enchaîne les derniers carrés de grandes compétitions depuis dix ans, les critiques ayant touché Deschamps en plein cœur seront-elles similaires pour Zidane ? Même s’il semble intouchable dans l’opinion publique, le nouvel arrivé se sait tout de même attendu – autant sur le plan des résultats que sur le jeu proposé si l’on en croit les 14 dernières années. Pour faire mieux que son prédécesseur, il faudra évidemment se lever tôt, mais son don de transformer tout ce qu’il touche en or semble unique.
Il n’y a pas que le match contre l’Espagne. Quand vous devez gagner, vous devez gagner toutes les équipes. L’Espagne est coriace, je connais très bien comment le foot espagnol évolue, mais ce n’est pas la priorité.
En plus de décrocher une troisième étoile, la seule sans DD sur la photo, et un Euro, ce que n’a pas réussi ce dernier sur le banc des Bleus, l’ancien numéro 10 peut gagner un crédit monstre en battant l’Espagne lors de la prochaine confrontation face à cette bête rouge. Deschamps a terminé son mandat avec trois échecs contre la Roja, que son successeur a eu le temps d’appréhender après 25 ans de vie de l’autre côté des Pyrénées. Interrogé sur l’importance de ce match, il a préféré botter en touche : « Il n’y a pas que celui-là. Quand vous devez gagner, vous devez gagner toutes les équipes. L’Espagne est coriace, je connais très bien comment le foot espagnol évolue, mais ce n’est pas la priorité. » S’il s’inscrit dans la lignée de son prédécesseur, pas sûr qu’il trouve la recette pour dominer le milieu espagnol, même si les miracles, ça le connaît.
Enzo Leanni
Source : So Foot (France)
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